LA MORT DE MAXIMIEN-HERCULE
Les Provençaux de la période gallo-romaine, racontaient avec les détails très ex* traordinaires, que nous allons rapporter, l'épisode de la mort de l'empereur Maximien- Hercule, dont la vie avait été très agitée, on le sait; et qui, jusqu'à son dernier moment, fut animé d'un esprit d'intrigue et de fourberie qui, joint à ses persécutions contre les chrétiens, lui a valu une triste place dans l'histoire.
Si nous avions à nous occuper de Maximien-Hercule, pour d'autre chose que les événements qui accompagnèrent ses derniers jours, nous raconterions assurément des aventures bien étranges : celle par exemple,
du mariage de sa fille Fausta, avec ConstaiTtin. Mais ce serait une longueur inutile dans le cas actuel, aussi ne nous y arrêterons-nous pas davantage.
Cet empereur, fut obligé d'abdiquer à deux reprises différentes, et la dernière fois, il avait été forcé de se réfugier auprès de son gendre, l'empereur Constantin, qu'il détestait cependant.
Celui-ci l'accueillit avec bienveillance et le traitait en parent affectionné. Mais le vieil intrigant, ne pouvait se résoudre au rôle effacé qu'il était obligé' de jouer désormais. Donc, il rêva aux moyens de renverser son, gendre, pour régnera sa place* ;
. Les barbares d'Outre-Rhin, donnaient à cette époque fort à faire aux empereurs, par A leurs incursions fréquentes sur le sol de la; Gaule.
La meilleure politique des Romains était alors, soit de leur opposer une résistance vigoureuse, lorsqu'ils se mettaient en mou- 4 vement invasif; soit de chercher à susciter des discordes, entre les diverses peuplades de .
l'autre côté du Rhin, quand elles étaient en, repos.
Dans ce dernier cas, une fois les conflits
intérieurs soulevés, on s'attachait habilement à prendre parti tour à tour, pour une nation et pour l'autre, de manière à exploiter leurs aspirations belliqueuses, pour les faire s'entregorger, et par conséquent, rester à l'état de faiblesse politique et militaire.
Or, au moment ou Maximien Hercule vint auprès de son gendre Constantin, il le trouva occupé à construire un pont sur le Rhin pour pouvoir aller plus facilement châtier une peuplade barbare qui avait commis quelques déprédations sur le sol de l'empire.
- Maximién mis au courant sans défiance de la situation politique, des offres que telle et telle fraction de barbares faisaient, de l'animosité qui existait entre telle et telle, enfia de la nécessité qu'il y avait à affaiblir certaines d'entre ces hordes de sauvages, entrevit un moyen de perdre son gendre et de monter de nouveau sur le trône à son détriment.
C'est pourquoi il lui conseilla de réunir des troupes et de pousser une pointe offensive assez loin au-delà du Rhin. Il fit tant et si bien, il présenta si habilement la chose que Constantin tomba dans le piège et se décida à se metttr* en marche.
Maximien raccompagne pendant plusieurs étapes et lorsqu'il le voit assez loin et assez engagé pour ne pas pouvoir se retirer facilement en quelques jours des embarras de cette campagne, il l'abandonne sous un prétexte futile.
Rentrant en toute hâte en Gaule, il répand le bruit que les barbares ont entouré l'armée, l'ont écrasée, ont tué l'empereur, de sorte qu'il suscite un mouvement militaire.
Il profite alors de l'émotion pour se faire nommer empereur ; et sans tarder, prenant les trésors de son gendre, il en fait des largesses pour attirer les dissidents à lui.
- Puis aussitôt, il se met en marche vers Arles à petites journées, en mangeant ou détruisant les provisions du pays qu'il traversait avec un soin minutieux, de manière à empêcher Constantin de pouvoir le poursuivre avec une armée quelque peu considérable.
Mais Maximien avait compté sans les ressources d'esprit de Constantin. Celui-ci, apprenant sa trahison, se hâta de traiter avec les barbares et se mit sans retard à sa poursuite.
La chose se fit si vite que Maximien n'eût
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pas le temps de défendre Arles et s'enfuit jusqu'à Marseille, qui était la plus puissante place-forte de la région.
Constantin vint mettre le siège sous Marseille ; il tenta aussitôt un assaut qui ne réussit pas d'abord, parce que les échelles ne se trouvèrent pas être assez longues. Maximien pénétré de joie devint insolent outre mesure.
La légende raconte que Constantin étant au pied des remparts, reprochait à son beaupère sa noire trahison; et que celui-ci le gourmandait et riait de sa colère.
Elle ajoute pour accroître le dramatique de la situation, que pendant que Maximien triomphait, ainsi insolemment, se croyant à couvert des tentatives de son gendre à cause de l'échec du premier assaut, quelques soldats de Constantin avaient réussi sur un autre point d'attaque et avaient pris la ville.
De sorte, que tout à coup le traître, qui se considérait comme victorieux fut pris et désarmé.
Maximien prisonnier de Constantin aurait dû être tué sans merci ; mais en considération de sa femme, celui-ci ne voulut pas faire mourir son beau-père. Il ne le mit même
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pas en prison-, il se contenta de le laisser aux arrêts dans son propre palais. Bientôt même il accepta ses excuses à la prière de sa femme, et lui pardonna entièrement.
. Un autre que Maximien eût été désormais assez sage pour ne plus ourdir de complot contre Constantin. Mais le perfide vieillard avait un trop grand amour de l'intrigue pour se recoudre à rester tranquille.
•Aussi ne tarda-t-il pas à renouer uti nouveau complot. En effet, un jour après avoir pris mille précautions, il engagea, dit la légende, sa fille, Fausta à s'allier à lui pour tuer son mari Constantin.
On comprend tous les détails dans lesquels le conteur peut entrer avec une pareille donnée. Suivant qu'il est plus ou moins ingénieux, il prolonge les situations à plaisir plus pu moins longtemps.
Quant à nous, ayant besoin d'écourter notre récit, nous dirons seulement qu'en définitive la fille promit à son père ce qu'il lui demandait, de laisser la porte de la chambre nuptiale ouverte pendant la nuit suivante; tandis que d'un autre côté, mue par tel ou tel sentiment, elle prévint son mari du complot tramé par son propre père contre lui.
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/ Constantin voulant prendre son coupable beau-père en flagrant délit, appelle un des ennuques de son palais, le fait revêtir de ses habits et le fait coucher dans le lit impérial auprès de Timpératrice Fausta. Puis se cache dans le voisinage avec des gardes armés. . . -
.Au milieu de la nuit Maximien arrive; il rencontre dans l'antichambre les sentinelles ordinaires; mais il leur dit : «j— Laissez-moi passer, j'ai un songe très importante révéler sur l'heure à mon gendre.
Grâce à ce subterfuge il pénètre dans/la chambre à coucher.
Là, il va résolument vers le lit, plonge son poignard dans la poitrine de l'ennuque qui mourut du coup sans mot dire,
: IV sort de la chambre à coucher de l'empereuf, . l'arme ensanglantée à la main, en disant aux soldats : — Je viens de tuer Consi t&fttin, reconnaissez-moi maintenant, pour votre, chef; et allons aussitôt me faire proclamer -empereur par les légions qu'on réveillera d'office sur mon ordre.
! -Mais, il n'avait pas fini de dire cela qu'une fto.rte latérale s'ouvre avec fracas et le meur-. trier voit son gendre plein de vie et de santé
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apparaître entouré de vingt gardes armés qui s'emparent de lui et qui le mettent absolument hors d'état de nuire à personne dé* sormais.
Cette fois Constantin était bien résolu à en finir avec lui, aussi le fit-il jeter dans une prison et lui dit : Il faut mourir.
Or, comme vous êtes dans une situation particulière, je ne veux pas faire du scandale et ne vous traduirai pas devant un tribunal.
Mais vous n'avez plus qu'à choisir le genre de mort que vous voudrez.
Voici un poignard.
Voilà du poison.
Il y a là une corde.
Décidez lequel des trois moyens vous enlèvera la vie,
Cela dit, il fit refermer la porte du cachot. Le lendemain, matin lorsqu'il y revint, il trouva son beau-père pendu.
Maximien avait choisi ce genre de supplice et s'était fait justice lui-même. Son corps fut enseveli sans apparat ; et ne jouit pas du repos éternel, ajoute la légende, car plusieurs siècles après il fut déterré un jour et jeté avec horreur dans le Rhône, aussitôt qu'il eût été reconnu.
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Ce corps était tellement bien la proie du démon que, lorsqu'il fut jeté dans le fleuve, les eaux s'écartèrent de lui pour ne pas être souillées. Puis, quand elles eurent repris leur cours normal, on vit s'élever, de l'endroit où il avait disparu, une énorme fumée noire et empestée, entremêlée de flammes