‹ Contes français (volume 2)Chapitre 23 sur 43 · LE HÉROS DE TAUROENTUM · texte numérisé non relu

LE HÉROS DE TAUROENTUM

Lorsque Massalie prit parti pour Pompée contre César, elle causa un tel dommage aux projets du vainqueur des Gaules que celui-ci voulut sans tarder briser à tout prix la résistance. Il vint donc en toute hâte pour mettre le siège devant la ville qu'il considérait comme rebelle.

Nous pourrions à cette occasion raconter l'aventure du fameux bois sacré dans lequel il fût le premier à porter la hache et maintes autres légendes de cette époque qui devaient laisser dans l'esprit des populations des souvenirs tenaces. Mais nous nous contenterons cfé parler dii héros de Tauroentum.*

Massalie était une des places de guerre les

plus fortes de l'antiquité ; très difficile à atteindre par terre et, d'ailleurs ; pouvant être considérée comme impossible à investir tant qu'elle posséderait une marine suffisante pour commander la liberté des abords du port.

C'est pour cela que César se préoccupa de la faire attaquer par mer, en même temps qu'on pousserait son siège vigoureusement par terre; et on sait que la flotte romaine se réunit dans le port de Tauroentum, en attendant le moment de venir bloquer étroitement la baie de Lacydon.

Les Massaliotes comprirent qu'il fallait à tout prix vaincre cette flotte avant d'être bloqués par elle ; aussi à un moment donné firent-ils sortir leurs navires qui vinrent dans la baie où se trouve actuellement La Ciotat, pour livrer bataille navale aux Romains.

Le combat fut terrible, on le sait, et les deux adversaires firent des prodiges de valeur. Le succès resta en fin de compte du côté des Romains.

Néanmoins les Massaliotes se couvrirent tellement de gloire» que toute défavorable qu'ait été, en somme, cette bataille navale

pour leurs intérêts, ils purent avec orgueil parler d'elle, et dire qu'ils avaient fait tout ce qu'il était humainement possible de faire pour résister.

Parmi les nombreux traits de bravoure qu'accomplirent ce jour-là les Massaliotes, il faut parler ici de celui d'un obscur matelot qui mérita ce jour-là de passer à la postérité* :r En -effet, racontèrent ceux qui avaient assisté à ce mémorable combat, à un moment donné deux navires : un massaliote et un romain, étaient abordés côte à côte.

Le navire massaliote faisait pleuvoir sur son adversaire une grêle de traits qui tuaient sûrement les soldats de César. Le danger devint si grand pour eux, que le pilote comprit qu'il n'y avait plus de chance de survivre que par une fuite précipitée.

Il commanda donc aux matelots, de faire force de rames, pour tâcher d'échapper aux étreintes des Massaliotes; et sous l'impulsion de ces rameurs, voilà que le navire romain se met en mouvement,

Le capitaine massaliote, qui voit que sa proie va lui échapper, s'acharne sur elle pour la retenir, sentant bien que de minute en minute il diminue sa résistance, et que s'il

peut prolonger encore un instant le combat, c'en est fait de son ennemi. '

- 11 commande. donc d'envoyer les grappins d'abordage sur le navire romain; mais les[ Chaînes de ces grappins sont coupées k mesure. Il ordonne à ses hommes d'engager leurs avirons dans les rames de l'ennemi ptfuii paralyser; son mouvement. • - - •• ' ;- 'Mais malgré toits ces efforts, lestât i ment romain glissant comme- une couleuvre, allait échapper définitivement au* coups dei Massaliotes. "'.'!'. s £ • La poupe du romain commençait même à s'écarter du navire massaiiote, quand Ainguerrier de la colonie phocéenne, enflammé de courage, et sentant bien qu'il fallait à tout» prix retenir, ne serait-ce qu'un instant,^ proie qui se dérobait, saisit cette poupe delar main droite pour retenir les deux navires l'un contre l'autre. '.•::.".

- Les Romains qui voient que cette main- va' causer leur perte, se précipitent sur elle,- et un violent coup de hache la sépare dû- bras:

du hardi Massaiiote, qui ne songeant pas-à^sa blessure, et n'étant pas arrêté parla dcvuliùr,; saisit le navire de la main gauche, ce -qui continue à paralyser son mouvement de fuite.-

Un second coup de hache sépare la main gauche, comme le premier avait fait de la droite, et les Romains crurent qu'ils avaient réduit ce héros à l'impuissance en lui coupant les deux bras. Mais lui se précipite sur cette poupe romaine, où il avait perdu successivement ses deux mains, et la saisissant avec les dents donne le temps à ses compatriotes de tuer les soldats Romains, et de capturer cette galère, qui aurait échappé par la fuite aux attaques Massaliotes, si elle n'avait pas été retenue ainsi dans son mouvement.

Nous devons dire que tandis que les Massaliotes racontaient l'aventure de cette manière, les Romains la revendiquaient, de leur côté, à leur actif; de sorte qu'on est en droit de se demander si elle est bien réelle ; d'autant que les Grecs la racontaient, bien avant, comme appartenant à la bataille de Marathon, et disaient que Cynégire était le le nom du héros dont il est question.

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