‹ Contes français (volume 2)Chapitre 30 sur 43 · LES EXPLOITS DE SAINT BEUVON · texte numérisé non relu

LES EXPLOITS DE SAINT BEUVON

Les Sarrasins, qui occupaient jadis la presque totalité de la Provence, étaient de si grands et de si impies coupables, que Dieu résolut d'abattre leur puissance. Pour cela il fit naître Beuvon qui reçut pour mission de libérer le pays de leur joug.

Beuvon naquit de parents sages et religieux, il fut élevé dans, la crainte de Dieu et la haine des infidèles; il arriva ainsi à Tâge d'homme, étant resté pur et pieux.

Un jour, qu'il était en voyage par une forte chaleur, il se laissa aller au sommeil au pied d'un arbre lorsqu'il eut une vision : Saint Pierre lui apparut et lui dit :

• Lève-toi sans tarder et marche contre les

ennemis de la religion que tu chasseras de leur citadelle centrale de Peyrempi. Une fois chassés de là, il te sera facile de les poursuivre jusqu'à ce que tu les aies expulsé entièrement du pays ».

Beuvon se leva, et se mit en marche contre la citadelle de Peyrempi; mais il n'était suivi que de trois soldats seulement, et il semblait que sa tentative était insensée.

Quand les Sarrasins qui veillaient sur les murs de leur forteresse virent arriver Beuvon et ses trois compagnons, ils se mirent à rire et méprisèrent leur attaque. Mais Beuvon implora le nom de Dieu, et le secours que saint Pierre lui avait promis, en se mettant à genoux et en priant dévotement.

Or, chose remarquable, à mesure qu'il priait des flèches tombaient sur les assiégés et les transperçaient cruellement. Le nombre des blessés et des morts fut bientôt tellement grand, que les Sarrasins renoncèrent à se défendre; et allèrent s'enfermer dans les casemates de leur forteresse.

Bien qu'il ne rencontrât plus de résistance de la part des assiégés, Beuvon n'avait pas remporté une victoire complète, car les remparts de la citadelle étaient si élevés, les

fossés étaient si profonds, qu'il aurait fallu une armée entière pour la prendre d'assaut.

Mais saint Beuvon avait l'appui de saint Pierre, et devait triompher des infidèles sans difficulté.

En effet, il s'approcha des fossés et, se mettant à genoux, il commença à prier.

Bientôt un pont se bâtit de lui-même d'une manière surnaturelle, de sorte que la prière finie, les quatre combattants chrétiens n'eurent qu'à marcher devant eux pour arriver sur les remparts.

Les Sarrasins terrifiés eurent beau barricader les portes de leurs casemates; d'un seul signe de croix ces portes tombèrent, et les trois soldats de Beuvon n'avaient plus qu'à frapper pour exterminer les infidèles.

Mais lui, plein de mansuétude, voulut faire mieux. Aussi lorsqu'il leur eut montré qu'ils étaient vaincus sans ressources, il les convertit; sauvarft ainsi leur âme au lieu de les précipiter dans la mort éternelle.

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