LA MORT PAR AMOUR DE DURAND D'ESTOC
Il y avait jadis à Puimoisson, un riche et brillant seigneur qui s'appelait Durand d'Estoc. Il était doué de toutes les belles qualités qu'on peut imaginer, parce qu'il avait reçu à sa naissance le don d'une pierre précieuse qui était un merveilleux talisman.
Or tant qu'il conserva cette pierre, qu'il portait toujours sur lui, il réussit en tout ce qu'il entreprit ; mais le malheur voulut qu'un jour il la perdit, et il fut alors frappé de la plus horrible catastrophe qu'on puisse imaginer.
En effet, Durand qui faisait des vers charmants, qui chantait admirablement, qui était aussi vaillant que distingué, était
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amoureux de sa cousine Barbe de Balpes, de la célèbre maison des Baux; et sa cousine le lui rendait.
Tout avait marché dans leur liaison au gré de leurs souhaits, grâce au talisman; mais voilà que, le jour où Durand perdit sa pierre précieuse , Barbe , sa bien-aimée , tomba gravement malade.
Elle fut atteinte d'une mauvaise fièvre qui mit sa vie en danger, au grand désespoir de Durand qui suivait avec la plus poignante anxiété les péripéties de cette maladie.
Enfin, un jour, Barbe tomba en léthargie.
Tout le monde crût qu'elle était réellement morte, et quand on apprit la fatale nouvelle à Durand, il mourût lui-même tout à coup de douleur.
Les parents désolés résolurent d'enterrer les deux amants côte à côte, afin qu'ils fussent unis dans la tombe, puisqu'ils n'avaient pas pu l'être pendant leur vie; de sorte qu'on leur fit des funérailles magnifiques.
Au moment de descendre les cercueils dans le caveau, voilà que tout à coup Barbe donna quelques signes de vie, elle revient à elle et on la remporte h la maison. Tout 1q monde se précipita sur le cercueil de Durand^
espérant que lui aussi allait revenir à la vie. Mais la mort avait fait son œuvre d'une manière irrévocable pour le pauvre amoureux, et il fallu se décider à l'ensevelir.
Quand Barbe fut guérie, elle apprit la funèbre aventure ; elle fut tellement pénétrée de douleur qu'elle entra au couvent, où elle pleura jusqu'à sa mort la mémoire de celui qui l'avait aimée d'une manière si pure et si intense, qu'il était mort d'amour quand il avait cru qu'elle lui était ravie.
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