‹ Contes français (volume 2)Chapitre 40 sur 43 · L'ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

L'ANTIQUITÉ

Déodat le temps de se défendre il ordonna à ses gens de le lier et d'aller le jeter à la mer pour le noyer comme un chien.

Ce qui fut dit fut fait, seulement, au moment de disparaître dans les flots, Déodat adressa une prière à son patron pour le prier de faire éclater son innocence au grand jour. Voici comment cette prière fut exaucée.

Le lendemain du jour où il avait commandé de jeter son fils a la mer le marquis eut du regret de sa sévérité et il fit chercher le corps du jeune homme pour l'ensevelir.

Ce corps n'étant pas retrouvé par ses domestiques, il se mit à le chercher lui-même pendant plusieurs jours.

Pendant ce temps la marâtre triomphait, mais bientôt elle se sentit triste, elle eut des remords et, enfin, elle confessa la vérité à son mari. Le marquis d'Hyères fut désolé, on le comprend, et il désira plus vivement que par le passé retrouver le corps de l'innocente victime pour réhabiliter sa mémoire par des obsèques magnifiques.

Or un jour, pendant qu'il était sur le rivage, il rencontra un moine à figure véné- , rable qui lui demande ce qu'il cherche, et qui, apprenant le but de ses désirs, lui ûit :

« Venez, je vais vous faire retrouver votre fils. »

En effet, avec une branche d'olivier qu'il tenait à la main, le moine frappe la mer qui s'entrouvre, ils marchent tous les deux sur le fond mis à sec et ils arrivent bien loin sous les eaux dans une grotte sous-marine, où le père trouve son fils endormi, garroté, avec une grosse pierre attachée à son cou.

Il le délie aussitôt, le réveille et le ramène a la maison. Pendant le chemin Déodat lui apprit qu'au moment où il avait été jeté dans l'eau un moine de Lérins, du nom d'Honorat, l'avait reçu et l'avait vivement transporté dans la grotte où il était resté endormi jusque là.

Le père pensant que c'était le moine qui l'avait conduit lui-même jusqu'à la grotte, en refoulant la mer avec sa branche d'olivier, voulut exprimer sa reconnaissance au saint homme, mais celui-ci avait disparu.

Pénétré de reconnaissance pour saint Honorât, et pour le remercier du grand miracle qu'il avait fait, le père et le fils vont en pèlerinage à Lérins. Là le marquis d'Hyères, désireux de savoir le nom du moine qu'il avait rencontré sur la plage, demande des

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renseignements au supérieur du couvent, qui lui répond qu'aucun de ses moines ne s'est absenté.

Le père insistant, le supérieur lui montre le portrait de tous les membres de l'ordre pour voir s'il reconnaît les traits du moine dont il parle. Le voilà, s'écrie le père, voilà le moine que j'ai rencontré. Or, c'était le portrait de saint Honorât lui-même qu'il désignait.

Tout le monde tomba à genoux pour rendre des actions de grâce au grand saint, et quand le père se releva, Déodat lui déclara qu'il voulait se vouer à saint Honorât pour lui témoigner sa reconnaissance. Déodat fut admis aussitôt dans le monastère et passa sa vie saintement dans

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