‹ Contes françaisChapitre 28 sur 89 · LES TROIS FÉES VOLEUSES · texte numérisé non relu

LES TROIS FÉES VOLEUSES

porte, les lutins les reçurent à grands coups de hache et tuèrent l'aînée. L'autre dut encore s'enfuir, mais elle jura de se venger.

Les lutins creusèrent un grand trou dans un autre sentier et recouvrirent cette fosse de branchages et de gazon, après y avoir caché deux gros ours.

Le lendemain, la fée rencontra encore le daim de la veille.

« Peux-tu m'indiquer le château des lutins?

Surtout ne te trompe plus comme hier.

— Je me suis donc trompé ? N'avez-vous point pris sur votre gauche?

— Non, tu m'avais dit de prendre le sentier à droite.

— C'est que je n'étais pas tourné du même sens que vous, et ma droite était votre gauche.

— Alors, le premier sentier à ma gauche?

— C'est cela même. »

La fée continua son chemin, prit le sentier à sa gauche et tomba dans la fosse. Les deux ours se précipitèrent sur elle pour la dévorer, mais elle prit une de ses épingles à cheveux et creva les yeux des deux animaux féroces. Elle eut le temps de prononcer quelques paroles magiques et de sortir de la fosse. Elle courut tout d'une traite vers le château des lutins. Elle n'avait plus qu'un petit ruisseau à traverser. Sans s'apercevoir qu'un précipice était à côté, elle fit un saut pro-

digieux et se brisa sur les rochers au fond du précipice.

A l'instant le daim reprit sa forme, et pendant quarante jours les lutins de la vallée se livrèrent à des repas, à des festins et à des danses sans fin pour célébrer la mort de leurs mortelles ennemies, les trois fées voleuses.

(Conté en i883 par un jeune Canadien, M Adolphe Vautros.)

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