‹ Contes françaisChapitre 36 sur 89 · LE DIABLE SANS CORNES · texte numérisé non relu

LE DIABLE SANS CORNES

(NORMANDIE

Un paysan cassa un jour sa fourche en faisant une meule de foin. Il alla chez tous les forgerons des environs, mais aucun d'eux n'avait le temps de lui faire une nouvelle fourche. Notre homme ne savait que faire, car c'était l'époque de la moisson. Enfin il se résolut à aller voir le Diable, qui, à cette époque, demeurait dans un grand château au bord de la mer.

« Qui est là? dit le Diable, en entendant frapper à sa porte.

— Moi, le fermier de Neuville. »

Et quand le Diable eut fait entrer le paysan: a Que veux-tu de moi ?

— J'^i cassé ma fourche, et je n'en puis trouver upe autre.

— Alors tu voudrais que je t'en donne une ?

— Justement. Je vous la payerai ce que vous demanderez.

— C'est bon ; j'en ai ici une toute neuve qui jamais ne pourra se briser. Je te la céderai volontiers.

— A quelles conditions?

— Nous verrons tout à l'heure. Dînons toujours en attendant. »

Et le Diable et le paysan se mirent à table.

Quand on fut à la fin du repas, le Diable dit à son compagnon ;

« Je n'ai besoin ni d'or ni d'argent. Tu me donneras ton âme en échange de la fourche. Voici un parchemin que tu vas signer et tout sera dit.

— Mon âme, vous n'y pensez pas, maître Satan ! Jamais je ne signerai un pareil écrit.

— Tu oublies donc que tu es dans le château du Diable, et que je puis te jeter en Enfer?

— Je vous répète que je ne signerai rien. Conservez votre fourche et laissez-moi aller.

— Buvons toujours un coup en attendant, » dit le Diable.

Et, croyant n'être pas vu de l'homme, il jeta dans le verre de son compagnon une certaine poudre pour l'endormir. Le paysan s'en aperçut, et profitant d'un instant où le Diable se baissait pour ramasser son chapeau à plumes, il changea les verres.

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