LA MORT JOUÉE I
Et la Mort eut beau se démener, menacer, prier, crier, tempêter, elle ne put descendre du prunier.
Pendant six mois personne ne mourut sur la terre. Les infirmes, les blessés, les malades souffraient horriblement et appelaient la Mort qui ne venait pas. Les plus malheureux de tous étaient encore les médecins, qui ne pouvaient arriver à faire mourir la plus chétive créature. L'un d'eux, grand ami de la Mort, vint pour l'aider à descendre de l'arbre et ne réussit qu'à partager son sort.
Enfin, de tous côtés on vint prier la femme de laisser aller la Mort. La bonne vieille le voulut bien et mit pour condition qne la Mort ne viendrait la prendre que lorsqu'elle l'aurait appelée par trois fois.
La Mort descendit de l'arbre et se remit à frapper les vivants comme par le passé, au grand soulagement des uns, au grand désespoir des autres.
Quant à la vieille femme, elle devint bientôt si cassée, si usée, si infirme, qu'un beau jour elle appela la Mort par trois fois et qu'elle alla en Paradis prendre la place que ses bonnes actions lui avaient réservée.
(Conté en février 1881, par M. Bonnette, de Thièvres [Pas-de-Calais]).