‹ Contes françaisChapitre 40 sur 89 · LU · texte numérisé non relu

LU

LA MORT JOUEE

(artois)

Dans un village de l'Artois vivait une bonne vieille femme dont le plus grand plaisir était de soulager les malheureux. Tous ceux qui se présentaient à sa porte étaient sûrs de s'en retourner avec quelques sous et un bon morceau de pain blanc. Aussi les mendiants des villages voisins ne manquaient jamais de passer par la maison de la vieille femme.

Un grand saint, dont je ne me rappelle plus le nom, avait dîné bien des fois avec la bonne femme lorsque ses affaires l'avaient appelé en Artois dans les environs du village; et un jour, il dit à son hôtesse :

« Le bon Dieu m'a donné le pouvoir d'accom-

plir le souhait qu'il vous plaira de faire. Réfléchissez bien, et dites-moi ce que vous voulez. » La femme réfléchit longtemps et finit par dire: « J'ai un grand prunier dans mon jardin. Je veux que j'y puisse faire rester à ma fantaisie quiconque montera dessus pour en cueillir les fruits.

— Votre souhait est bien bizaire, ma bonne femme. Mais enfin, puisque vous le voulez, je vous accorde ce que vous me demandez. »

Et le saint prit congé de la femme et retourna au ciel.

Dix ans plus tard, la Mort vint à passer par la maison de la vieille.

a Elle a bientôt quatre-vingts ans ; elle a vécu sa part. Je vais l'emmener aujourd'hui ! » se ditelle.

Et la Mort entra dans la maison.

« Tiens, c'est toi, la Mort? Je t'attendais depuis longtemps. Je suis prête à partir sans regrets. Ah! si; je me trompe; je voudrais bien manger quelques prunes avant de quitter cette terre.

— Ce n'est que cela; attends un instant »

Tout courant, la Mort alla au jardin, grimpa

sur le prunier, cueillit des prunes et voulut descendre. Mais la vieille femme la guettait et elle commanda :

« Je veux que la Mort ne puisse descendre sans ma permission. »

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