LA RICHE BLANCHE
Cela déplaisait fort à la cordonnière. Mais la robe était si belle ! . Elle accepta et fit coucher la Biche Blanche dans le lit du jeune roi. Elle ordonna aux valets de mêler de l'opium au vin du prince, de sorte qu'il s'endormit en se couchant. La Biche Blanche voulut le réveiller. Il continua à dormir de plus en plus fort.
« Ah ! beau prince,» s'écria-t-elle, « si tu savais que je suis celle qui te tira des mains de ma méchante mère, tu repousserais bientôt la vilaine cordonnière que tu dois épouser dans deux jours! Mais on t'a endormi ! »
La Biche Blanche fut obligée de se lever de grand matin. Elle sortit du palais pour rentrer bientôt après avec une robe encore plus belle que la première. Elle la céda à sa rivale aux mêmes conditions que l'autre. On endormit encore le prince. Il ne put entendre ce que- lui dit la Biche Blanche. Un des valets avait tout écouté. 11 raconta tout au jeune homme à son réveil. Celui-ci se promit de ne pas boire de vin de toute la journée.
Le soir la meunière se présenta avec une robe toute blanche qu'elle offrit encore à la cordonnière. Celle-ci n'en voulait point. La fille de la fée fit éteindre tous les flambeaux et l'on vit une robe de feu qui éblouissait les yeux par sa lumière. La cordonnière prit Fhabit et fit entrer la Biche Blanche dans le cabinet du prince. Le jeune
homme se coucha bientôt après et écouta ce que disait la jeune fille. Il la reconnut et lui jura de l'épouser.
Le roi son père fut bien étonné lorsqu'il vit son fils lui amener une belle princesse et lui dire :
« Sire, voici une jeune fille qui m'a sauvé la vie dans la forêt où j'avais été chasser. Elle m'avait recommandé de ne point me laisser embrasser par personne à ma rentrée. On l'a fait sans doute, car je ne me rappelais plus rien. Elle se nomme la Biche Blanche; je veux l'épouser à l'instant.
— Mais, la cordonnière?
— On lui donnera cent écus et on la mettra à la porte. »
Les noces durèrent trois jours encore. J'y assistais. J'eus le malheur de laisser tomber un plat; on me donna un coup de pied dans le derrière pour m'envoyer vous raconter ce conte.
(Conté en janvier 1878, par A. Haboury, d'Acheux
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