‹ Contes françaisChapitre 65 sur 89 · LA BICHE BLANCHE · texte numérisé non relu

LA BICHE BLANCHE

du lit de son fils et l'embrassa. En se levant le lendemain, le prince reçut la visite de son père, qui lui demanda pourquoi i était resté si longtemps absent du palais. Le jeune homme soutint qu'il revenait de la chasse et qu'il n'y était resté qu'une journée. On crut qu'il plaisantait.

Quelque temps après, le prince alla se promener avec deux jeunes seigneurs de ses amis. Ils entrèrent dans un des douze moulins du roi et y virent une belle demoiselle qui y était comme servante. Tous trois prétendirent la posséder. Ils convinrent de venir la trouver chacun leur tour pendant trois nuits.

Un des seigneurs arriva le soir et s'introduisit en secret dans le moulin. Il allait entrer dans le lit auprès de la servante, quand elle lui commanda de couvrir les tisons du foyer afin d'avoir du feu pour le lendemain. Le jeune homme prit la pelle et les pincettes et se mit au travail. Le feu continua toujours à brûler malgré ses efforts. Trois heures sonnèrent à l'horloge : il n'avait point réussi. De colère, il jeta les pincettes sur le pavé et fit un tel bruit que le meunier se leva et le mit en fuite.

Le lendemain, l'autre seigneur vint trouver la demoiselle. Elle lui donna à vider dans la cour un vase plein d'eau. Il eut beau verser; le vase resta toujours plein. Il n'avait point terminé à deux heures du matin. Prenant le vase malen-

contreux, il le jeta sur une pierre et le brisa. La meunière se leva et chassa encore le seigneur.

C'était au tour du prince. Il arriva au moulin et alla trouver la servante qui lui dit :

« Vous ne coucherez avec moi qu'après avoir changé de chemise. En voici une; mettez-la. »

Le fils du roi ôta sa chemise et voulut la remplacer par celle qu'on lui donnait. Il ne put y parvenir : il en avait à peine une demi-aune sur le corps qu'elle se retirait d'une telle façon que le prince découragé déchira la chemise et la jeta par la fenêtre. Le bruit attira le meunier qui chassa le jeune homme à coups de fouet. Le fils du roi ne se vanta de rien, comme on doit le penser.

Un autre jour, il entra chez un cordonnier pour y acheter des souliers. La^ fille de celui-ci était belle; elle plut au prince qui voulut l'épouser. Ses parents cherchèrent en vain à l'en détourner. Le mariage fut convenu. Les noces devaient durer trois jours. On y invita les douze meuniers du roi avec leur famille. La Biche Blanche, déguisée en servante, y fut appelée. Elle parut tout à coup avec une robe couverte de pierres précieuses. La cordonnière lui témoigna le désir de posséder la robe.

« Je vous la donnerai, » lui répondit la meunière, « si vous voulez me laisser passer la nuit avec le prince. »*

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