‹ Contes francs-comtoisChapitre 10 sur 15 · HISTOIRES DE VIEUX · texte numérisé non relu

HISTOIRES DE VIEUX

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LFS POMMES DE 93

r^\l^ E soleil qui luit malgré tout, avait C~Y.T^ fait cette année-là mûrir les pommes,

les grosses pommes de reinette. Ma grand'mère avait quatre ans, étant née le jour de la prise de la Bastille. Fille de bourgeois paisibles, elle n'avait point connu les terreurs des riches. Ses deux sœurs plus âgées, son frère et elle, avaient été envoyés aux champs, bien que la cloche sonnât les jugements, et que la ville fût toute remuée. Aussi les quatre enfants, armés d'une corbeille,

LES POMMES DE g?

furent-ils bientôt sous les pommiers du verger, cueillant ou abattant les pommes.

Grand'mère, avec son petit bonnet relevé en pointe sur le front, son beau dcvantla blanc, et sa petite jupe à fleurs, était partie très gaie: malheureusement n'ayant point la taille ni la force, elle ne put ramasser qu'une toute petite pomme chétive, dont son frère et ses sœurs rirent beaucoup, et qu'elle cacha soigneusement dans sa bavette blanche.

Puis, comme le jour tombait , el que la maman avait recommandé d'être de retour de bonne heure, les quatre enfants reprirent le chemin de la ville avec leurs panières pleines. Seule grand'maman ne portait rien, rien que sa toute petite pomme de reinette.

Elle ne l'avait point mangée , parce que d'abord la pomme était trop petite, et aussi parce qu'elle était la seule que la mignonne ait pu ramasser dans sa journée. Les sœurs et le frère avaient été moins avares : ils puisaient à belles mains dans le tas.

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