Contes;
Jean Boccaccio ou Boccacr, issu de parenis peu riches, quoique ses aïeux eussent lonp^lemps occupe à Florence les premières places de la magisirature, naipiil en l"»i5, à Cerlaldo, ]KHite ville de Toscane, peu éloignée de la capilale. Il fil ses premières éludes sous Jean de Strada, fiimeux grammairien de son temps, qui tenait son école à Florence. Ses progrès rapides, et le goût qu'il montrait pour la littérature, n'empêchèrent point Bticcacio di CItellino, son père, de le destiner au commerce. Il l'obligea de renoncer au latin pour se livrer à larithmétique ; et dès qu'il fut en état de tenir les livres de compie, il le plaça chez un négociant qui l'amena à Paris.
Plus fidèle à ses inclinations qu'à ses devoirs de commis, Boccace, dégoûté du commerce, négligea les affaires du négociant, et le força, par ce moyen, d'engager ses parenis cà le rappeler. De retour dans sa pairie, après six ans d'absence, on lui fil étudier le droit canonique, dont ' la science conduisait alors aux honneurs et à la fortune ; mais l'étude des lois était trop aride pour flalter le goût d'un jeune homme épris des charmes de la littérature, et doué d'une imagination aussi vive que
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fecondo; aussi doiiiia-l-il plus de lonips à la Icchirc des poiMos, des orateurs el des Iiisluriens du siècle d'Auguste, (jiiaux lerous du fameux Gino de Pistole, qui expliquait alors le Code; et quand il fui devenu son maitre, par la mort de son père, il ne cultiva plus que les muses.
[jC premier usage de sa liberté fut d'aller voir Pétrarque à Venise, (pii, charmé de son esprit et surtout de son caractère, |)ar l'analogie qu'il avait avec le sien, se lia avec lui de l'amitié la plus élroite et la plus digne d'être projioséc pour modèle aux gens de lei 1res. Ouoi(prils courussent tous deux la même carrière, on n'apercjoit pas (pie la plus légère aigreur ait jamais altéré leurs sentiments. Personne n'a plus loué Pétrarque et ses ouvrages que Boccacc ; et personne n'a numlré plus d'estime pour Boccace que ce poëte célèbre.
Pendant son séjour à V(Miise, Boccace eut occasion de connaître un savant de Thessaloniqne, fort versé dans la lilléralure grecque, nommé Léonce Pilate. Comme il était jaloux d'apprendre la langue d'Homère et de Tluicydide, ])our lire dans l'original ces auteurs qu'il ne connaissait que par des liaduclions latines, il persuada à ce savant d'aller s'établir à Florence, el le prit ebez lui juscju'à ce qu'il lui eût procuré une chaire de professeur pour expliquer les auteurs grecs. C'est ce qu'il nous apprend lui-même dans son livre de la Généalogie des Dieux, écrit en latin, et où il le cite souvent ; non que ce professeur eût composé des ouvrages, mais parce que Boccacc avait en soin d'écrire, dans ses recueils, plusieurs des choses qu'il avait apprises de lui dans la conversation.
La famille de Pétrarque avait été chassée de Florence avec les Gibelins, dès le commencement du quatorzième siècle. La célébrité que ce poète, alors retiré à Padoue, s'était acquise par ses ouvrages et par les honneurs distingués qu'ils lui avaient mérités, détermina les Florentins à lui députer un ambassadeur chargé de négocier son retour, en offrant de lui rendre, des deniers publics, tous les biens que son père Petraccolo avait possédés. Boccace fut choisi d'une voix unanime pour celte commission. 11 eut ensuite l'honneur d'être employé à des négociations plus importantes. Ses concitoyens lui confièrent plusieurs fois les intérêts de la iépiibli(|ue auprès des princes qui pouvaient lui imiie ou la protéger; el, dans toutes ces circonstances, il jiislilia l'opiiiimi (pToii avait eue dt; son zèle et de son habileté.
Les biographes italiens et français (pii parlentde Boccace s'étendent beaucoup sur ses ouvrages, et ne disent presiiue rien des événements de sa vie.
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Aucun n'en fixe les époques ; on ne connaît de bien positives que celles de sa naissance et de sa mort. On sait qu'iV voyagea longtemps, qu'il parcouiiil les principales villes d'Italie; mais on ignore en quel temps de son âge. Voici ce que nous avons recueilli de plus intéressant dans les différents auteurs qui ont écrit sa vie ou commenté ses écrits.
Après qu'il eul (piilU' la France, il se rendit h Naplcs, où il passa quelques jours. Là, se trouvant par hasard sur le tombeau de Virgile, il se sentit saisi d'un si profond respect pour ce grand poète, qu'il baisa la terre qui avait reçu ses cendres. Le souvenir du plaisir qu'il avait éprouvé à la lecture de ses ouvrages réveillant son premier goût pour les lettres, il jura dès ce moment de renoncer entièrement à l'étal qu'il avait d'abord embrassé par condescendance pour ses parents.
Il lit un second voyage à Naples; et comme il était déjà connu par plusieurs ouvrages, il fut bien accueilli à la cour. Robert était alors sur le trône de Sicile; et s'il faut en croire le Tassoni, Sansovino et quelques autres auteurs, Boccace devint amoureux et obtint les faveurs de la fille naturelle de ce prince. Un grave historien' assure qu'il brûla aussi du plus tendre amour pour. Teanne, reine de Naples et de Jérusalem, et que c'est d'elle-même qu'il a voulu parler dans son Decameron, sous le nom de Fiammella ou Flamelle. Ce qui est certain, c'est qu'il était né avec un penchant extrême pour les femmes; qu'il les a aimées passionnément, et que !'hai)it ecclésiastique qu"il prit, avec la tonsure, vers l'âge de vingtquatre ans, ne l'empêcha pas de leur faire publiquement la cour. C'est pour elles, pour les amuser, pour se les rendre favorables, qu'il composa ses Contes, ainsi qu'il en convieni lui-même dans l'espèce de préface qu'il a mise à la tête de la quatrième Journée. U eut plusieurs enfants de ses maîtresses; une fille entre autres nommée Violante, qui lui fut chère, et qui mourut fort jeune.
Son goût pour la galanterie ne s'éteignit qu"à l'âge de cinquante ans. 11 vécut depuis dans la plus exacte régularité, se repentant sincèrement de tous les égaremcnis qu'il avait à se reprocher, et qu'il n'eût sans doute pas portés si loin, si les mœurs de son temps avaient été moins libres. Comme il n'eut jamais d'ambition, il passa la plus grande partie de ses jours dans la pauvreté ; car il avait vendu, pour acheter des livres, le peu de biens dont il hérita de ses parents. 11 passa les dernières années de sa
' Antoine Ciccatelli, dans son Hùtoire des Pnpcs, vie d'iibain Yl.
vili vii: dk unccACE.
vie à Ccrlaldd, (h"i il iiKiiiriil en 1.17,'), rei;rellé de Iniis ceux qui ravalent connu.
Boccace «'lail diine ligure agréable, quoique peu régulière. Il avail le visage rond, le nez un ]>eu écrase'', les lèvres grosses, mais vermeilles, nue pelile cavili' au menldu, (|iii lui dnimail un sourire agréahle. Ses yeux élaienl vils el pleins de l'eu. Il avail la physionomie ouverte el gracieuse. 8a taille était liante, mais un jjeu épaisse. Toi est à peu près le jtorlrait que Philippe Villani, son contemporain, nous fait de sa personne.
Uuant à son caractère, il était doux, affable et fort gai, on plutôt fort jo\<'ux ; car Boccace faisait plus rire qu'il ne riait lui-môme. Tels ont été parmi nous Rabelais el La Fontaine, ses imitateurs. Ami tendre, il eut toujours celle indulgence pour les défauts d'aulrui sans laquelle il n'est point d'amitié durable el solide. 11 fut lié avec tous les gens de lettres de son temps.
Son savoir était immense pour son siècle, où l'on ne jouissait pas encore des richesses littéraires que riniprlmerie a si prom[)tement répandues. C'est à lui (|u'on doit la conservation d'un gi'and nombre d'auteurs grecs anciens.
Outre le Decameron, il a laissé plusieurs autres ouvrages qui, pour être moins connus, n'en sont pas moins estimables. La plupart sont écrits en latin el d'nii style digne dn siècle d'Auguste. Tel est celui qui a pour litre De la Généalogie des Dieux, suivi d'un traité des montagnes, des mers, des fleuves, etc., ouvrage inrinimenl utile |)our rinlelligence des poêles grecs vX latins. Il l'ut inqirlmé à Bàie en 1552, avec des noies de Jacques Mlcylliis.
Il composa plusieurs poèmes dans la langue toscane, qui annoncent une imagination aussi féconde que brillante. Les plus répandus sont le IS'infdiie Fiesulano, où il chante les amours et les aventures d'Affrico el de .Meus(da, personnages de son iiiventiini ; el la Théséide, ou les actions de Thésée, eu stances de huit vers; manière de versilier qu'il a le premier emjiloyée dans la poésie héroïque, el qui a eu beaucoup d'iniilateurs parmi les jidëles ilaliens. Le plus connu de ses ouvrages en prose, après le Décainéron, est celui cpii a pour li Ire : // Luhtjrinlu d'Amore ou l'Amorosa Ì isione.