‹ Contes;Chapitre 33 sur 56 · L.V fKMML; ADLLTKUi:, 01 LA LOI IIKIUUMLL · texte numérisé non relu

L.V fKMML; ADLLTKUi:, 01 LA LOI IIKIUUMLL

Dans iii xiilc (le l'ialu, il \ avait aulrulois conile les Iciiiiiics uiif lui hicii rigoureuse, ihmm ne piis iliic injuste et cruelle. Par cette loi, celles (jui claienl sur|»rises j>ar leurs maris en adultère devaient cire brûlées vivantes sans miséricorde. 11 n'y avait pas longtemps <jue cette dure loi avait été publiée, lors(|u'nne dame, nommée l'bilippe, jeune, jolie, de complexion l'oi't amoureuse, l'ut surprise une nuit dans sa cluunbre, par Uenaul de liugliési, son mari, entre les bras d un icune et beau genldlKiiiiiiic de la même ville, nonnnc Lazarin Ouassaglioli, (pTillc aimait plus ([ue sa pi'opie vie. Le mari, justement indigné d'un (el all'mnl, ini Idiilcs les peines du monde à retenir son ressentiment, (pii le poussait à les tuer l'un el l'antre ; mais la crainle (pi'il eut pour sa propre vie renipccba de lenler Tavenlure. Il crut d'ailleui's <ju'il serait assez veugé'par la mort de l'inlidrle : cl imiime il avait autant de })reuves qu il lui en fallait pour constater le ddil, il alla, tiès la pointe du jour, sans pi-endre conseil de personne, l'accuser devanl le juge, el la lit assigner. Les parents et les amis de la dame, ipii la regardaient déjà comme une l'ennne perdue sans ressource, lui conseillèrent de ne pas comparaître el de prendre la luite : mais comme elle avait l'àmc grande et courageuse, ainsi cpie l'ont ordinairement les personnes (jui savent l)ien aimer, elle iirél'éra de mourir en béroine, après avoir confessé la \érilé, plulôl i|Me de vivre lioiih iiseiiienl en e\il, el de faire voii' i)ar cette fuile (jnelle était indigne d'un amant aussi aimable (juc celui avec leipiel elle avait été surprise. Elle parut donc devant le juge, accompagnée d'un grand nombri' de personnes de l'un et de l'autre sexe, (|ui l'exbortaient à nier le fait, el lui denuiuda avec un visage serein el d'un ton ferme ce cpi'il voulait d'elle. Le juge, la voyant jeune et belle, et jugeant par sa fermelé (pfelle n'avait pas moins de grandeur d'ànu' ipu' d'agrément et de beauté, commença à s'intéresser à son sort, à craindre (pi'elle n'avouât le lail, el ipi'en consé- (|ucnce il ne fut obligé de la condamnera mort. Ne pouvant loulefnis différer l'interrogatoire, il lui dit en avocat plutôt (pi'en juge : « Votre mari, iiiadaiiic. i|ue vous vovez ici présent, se plaint de vous, et dit (pi'il vous a surprise en adultère. Il denuinde cpie vous sovez punie selon la loi : mais je ne puis vous condamner, si \nu> ne iiiiiir>-e/. \(Oi>-meme le crime, \iivez manilenaiil ce i)ue

-^vi

La Feniiiie ailultère ou la loi réformée

vous avez à répoiiflro, ft ditos-moi co qui en est. — Il est vrai, monsieur, rcpnndiUelle, sans rien rabattre do sa lierté, qnc Ronaut est mon mari, et qu'il m'a Ironvée entre les bras de Lazarin, que j'aime et qnc j'estime de tout mon oœiir : je n'ai garde de nier un pareil l'ait. Mais, monsieur, vous êtes trop éclairé pour ne pas savoir que les lois qu'on crée dans un Etat doivent être communes aux délinquants, ou faites du moins avec le consentement des personnes qu'elles touchent de plus près. C'est ce qu'on n'a point pratiqué dans la création de celle dont il s'agit. Non-seulement elle n'est que contre nous autres malheureuses femmes, qui, en amour, pouvons pourtant beaucoup mieux que les hommes satisfaire à plusieurs ; mais même aucune femme n'a été consultée lorsqu'on la créa, et aucune ne l'a acceptée. Cette loi ne peut donc qu'être injuste et mauvaise. Si vous voulez l'exécuter aux dépens de ma vie et de votre conscience, vous en êtes le maître ; mais avant do prononcer, je vous sup]ilie de m'accorder une grâce : c'est de demander à mon mari si toutes les fois qu'il a voulu goiitcr avec moi les plaisirs amoureux, je me suis jamais refusée à SCS désirs. » Renaut, sans attendre que le juge lui fit cette question, répondit que cela était vrai, qu'il ne pouvait (|uo louer la bonne volonté et la complaisance de sa femme sur cet article. La dame, reprenant aussitôt la parole, dit au juge ; « Je vous demande donc, monsieur, après que mon mari a pris de moi tout ce qu'il a voulu, et qui lui était nécessaire, ce que je devais et ce que je dois faire du reste? Fallait-il le jeter aux chiens? N'était-il pas plus raisonnable d'en gratifier un gentilhomme aimable, qui m'aime plus que lui-même, que de le laisser perdre ou gâter? »

Cette affaire avait fait un si grand biuit, (ju'cUe avait attiré au palais prcs(juc tous les habitants de Prato. Une si plaisante apologie fit rire tous les assistants, qui crièrent tout d'une voix c[ue madame Philippe avait raison : de sorte qu'avant qu'on sortît, la loi, par l'avis du juge, fut interprétée, modifiée, disant qu'elle devait seulement s'entendre des femmes qui, pour de l'argent ou pour un sordide intérêt, seraient infidèles à leurs maris. Renaut, confus d'avoir échoué dans sa folle entreprise, se retira au bruit des huées ; et la dame, délivrée de la peine du feu, s'en retourna triomphante dans sa maison.

55(5 CONTES llK IlOCCACK.

Iii'ciiilic mes luiliils, tioiis Iroiivciidiis (jiifliiiu' cxciisi': mais, si \(iiis lui hiimi/' cl (iii'il me voio en cet élal, il ii'v aura pns iih)\('I1 d't'ii liouvci-, — llaliilli'/.-voiis |iiiiin|it(niont, dit la lidie cu se ravisant ; |ircm'/. ensuite votre tilleul dans vos liras, cl écoule/, liicii ce que je dirai à mou niaii, alin (|ue ce (|ue vous direz, de voire c(")ló, s"accorde avec ce ipie j'aurai dit : dé|)è(iie/.-vous seulement, et laissezmoi le soin de nous dis(\il|M r. » (lela dit : <( .le suis à vous dans le moment, » cria-t-elle à sou maii. Mlle cour! eusuile lui ouvrir la polle, il lui dil, d'un visage p;ai : o Vous saurez, mon ami, ipie iVère lieu:ml, notre coiiiiu re, est venu noiis voir l'oi't à jiropos. Cesi un coup du ciel ; sans lui nous perdions aujourd'hui notre entant. »A ces derniers mots, lebonliomnui de mari faillit à se tron- \ermal. Il iii lui loiil inleidil, et n'ouvrit la iMniilie (pie puni' (leiiiaiider le mallieur ipii elail ai i ivi'. » Mêlas ! eoiilinua-t-elle, ce pan\ i c petit est toni à coup touillé dans une telle Jaililesse (|ue je le erovais mori, .le ne savais (■ommeiil HIV picndre pour le l'aire revenir, lorscjue i'rère llcnaul est entré. Il Ta e\amim''. Ta pris eiilie ses bras : Ce soni des vers, ma commère, m'a-l-il dit, ipii lui luontenl au cœur, cl qui réloutlcraicnl si l'on n'y remédiait promplement. ^'e vous cliagiinez pas, je les enchanterai, el, avant que je sorte d'ici ils seront tons morts, cl vous verrez votre enfanl aussi sain et aussi bien poi laiil ipi'avaiit sa i'aiblesse. Comme vous étiez nécessaire ici, continua la dame, pour dire certaines oraisons, et (|ne la servante n'a pu vous tromcr, licre Iteuaiil les a l'ail dire à son compajinon au plus liaul étage de la maison, .le suis ciiln''c i<i avec Ini, parce que personne aulic (pie le père ou la mère de I Cnraiil ne peut assister à cet enchantemenl. Nous nous sommes donc enl'eiiiii''s pour n'être inlerroni|)ns |)ar (pii (pie ce l'ùt. Il tient encore en ce momeiil iiolic i lier lils entre ses luas, cl il pense ipic, loisipie son KUiipaniKui aura aclicM'' de dire ses oraisons, tout sera l'ail : car rciilanl csl ilcjà licaucoiip iiilcu\. » •

Ce récit déconcerta Icllciniiil le pamic liciict de mari, ipii idoiàliail sou lils, 1

(|n'il prit tout cela pour argent comptant. « Hélas ! tpieje le voie, dit-il en soupirant. — l!arde/.-vous-en bien, reprit .Agnès, vous gâteriez tout. Attendez encore un peu. Je vais savoir si vous pouvc/ ciilrcr, ne vous étant pas Irouvi'' au commeneeiiieut : je vous appellerai ciisuilc. »

l''r(''rc lieiiaul, à ipii ce r(''cil, dont il u'avail rien perdu, .i\ail iloiuii'' le temps de shahiller, jirit l'eulant dans ses bras ; el, vovani (jiic le mari a\ail donné dans le panneau, il cria tout haut : ((Ma commère, n'esl-d' pas le coin|ière ipie j'entends? — C'est moi-mémi', mou i(''\(''i'ciiil pere, r(''piuidit le mari. — Avancez donc, s'il vous plaît, » re|irit le iikuiic. I,c ImiiiIioiiiihc s'elaul ap|iroehé : « Tenez, \ni|-i \(i|ic ciilaiil en pai lai le s;ml(''. Toiil ce ipic je \ous ibriiiaiiilc pour le service (pie je viens (le vous icildlc, ( (si (|uc vous lassiez, liiellic un elllaill de (Ile, de la uiaiiileiir du V("i|rc, devant rimage de saint Amliroise, par les m(''riles (lu(|U(d le Seij;nem- vous a l'ait celte ^r.'ice. » 1,'eiiraiil, vovaiit sou p(''re, couiul aiissih'it

SEPTIÈME .lOURNÉE. ôr.7

à lui et le caressa à sa manière. Le pcrc! le prit dans ses liras en pleurant de tendresse, et ne se lassait point de le liaiscr, ni de remercier le charilaltle compère qui l'avait guéri.

Le compagnon de frère Rcnaut, (pii avait déjà enseigné à la jeune servante, non pas une seule, mais au moins quatre paten(Mres, cl (pii lui avait fait présent d'une bourse de soie qu'il avait reçue d'une nonnain, n'eut pas pliilôl eu-

tondu le mari, qu'il sortit du grenier el vint sur la pointe des pieds se mettre dans un endroit d'où il pouvait voir et entendre parfaitement ce qu'on faisait. Ouand il vit (\uv tout s'était liien |iassé, il eiilra daus la diamine en disant : « Frère licnaut, j'ai «lit en entier les quatre oraisons dont vous m'avez chargé. — Tu as bien fait, mon cher confrère, el j'admire la force de Ion haleine. Je voudrais en avoir une aussi bonne ; car je n'en avais encore dit que deux lorsipie mon compère est arrivé. Mais le ciel a eu égard à ta peine et à la mienne, el a LTiiéri l'enfant à ma grande salislaclion . » le bon cocu III aussitôt anporler du

.158 c.dNïr.s m; luu c \(:r..

nii'illcill- vin iivoc di's coillitlircs, cl tl;iit;i du iiiiriix iiii'il lui lui iinssililc les (IciiN relijji(Mix, qui avaient liooiii de réparor Ictus tnrccs. Il les acconipafiua ensuite jns(pi'à la porte, et Iriii nnonvela ses reinercinienls en leur disant allieti, il n'eut lien île plus pressé ipie de ciiiiiiiiander la statue de eire, ipi'mi plai.a el'feeliveiiient devant nn saint Aiiiluoise ipii n'est pas eeliii de Milan.

NOUVKLLi: IV

Page 1