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il v eut aulrclois à l'aiis un gentilhomme iloreiiliu, que son peu de loitnne avait engagé d'entier dans Ic'conimerce, et où il réussit si bien (ju'il de\inl très-riche en fort peu de temps. Il n'avait qu'un fils unique, nommé l.ouis. Il ne crut pas devoir en faire un négociant ; mais, pour iju'il n'oubliât |)oint la noidessc de ses aïeux, il lui lit embrasser le métier des armes, et lui obtint de l'emploi dans les troujies du roi de France. Peu de temps après, il lui procura une cbarge à la cour, où il se lit estimer jiar la sagesse de sa conduite et par les sentiments d'honneur (ju'il avait puises dans la société des gentilshommes avec lesquels il avait été élevé. Ce jeune militaire étant donc à la cour de France, se trouva un jour dans la compagnie de certains chevaliers nouvellement arrivés de Jérusalem, où ils avaient été visiter le saint sépulcre. Ces chevaliers s'entretenaient de la beauté des femmes de Fiance, d'Angleterre et des autres |)ays par lesquels ils avaient passé ; l'un d'eux soutint qu'il n'avait jamais rien vu de si beau et de si bien t'ait (|ue la feniine d'Egano de Galussi, babitante de li(Milo;^iic, et connue sons le lunn de maduine iiéatrix. Ses compagnons de
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vovaiic lurent tous d'accord avec lui, cl ne tarissaicnl |ioinl s\ir les clmniics cl les éloges de cette dame.
Louis, qui n'avait point encore été amoureux, le devint de cette lielle sur le simple récit qu'il entendait faire de ses agréments merveilleux. Elle occujia, dès ce moment, tontes ses pensées, et brûlant du désir de la voir et de se iixer auprès d'elle, il dit à son père qu'il voulait partir pour Jérusalem, et en obtint la permission sans beaucoup de |ieine. H prit congé de ses amis et alla' droit à Boulogne, où il prit le nom d'Hanneq\iin. Le basard voulut qu'il vil, le lendemain de son arrivée, la dame dont il était épris. Elle était à ime i'enèlre et elle lui parut encore plus belle qu'il ne se l'était figurée. Son amour en redoubla de vivacité ; et, dans un des transports de sa passion, il fit serment de ne sortir de Boulogne qu'il n'eût gagné son amitié et obtenu ses faveurs. Après avoir bien rêvé aux moyens qu'il devait ]iiendre pour faire connaissance avec elle, il imagina que le meilleur était de se mettre au service de son mari, si la chose était possible. Il vend ses cbevaux dans cette intention, concerte avec ses gens la conduite qu'ils doivent tenir pendant son séjour dans cette ville, les exhorte sur toutes choses à ne pas faire semblant de le connaître, en quelque lieu qu'ils le rencontrassent ; et, après avoir pris ainsi ses mesures, il s'adressa à son hôte et lui dit qu'il l'obligerait beaucoup s'il pouvait le faire entrer dans la maison de quelque seigneur. « J'ai précisément votre affaire, lui répondit l'hôte : il y a dans cette ville un gentilhomme nommé Egano, qui a besoin d'un domestique, et qui les aime de votre taille et de votre figure ; je lui eu parlerai et vous rendrai réponse. » En effet, il lui en parla; et d'après le jiortrait avantageux qu'il fit du jeune homme, il fut accepté et bien accueilli ipuind on l'eut vu et entendu.
Hannequin, de son côté, ravi d'être à portée de voir plusieurs fois le jour celle qu'il adorait, servit son maître avec tant de zèle et d'affection qu'il accpiil bientôt toute sa confiance. Bref, il s'en fit tellement aimer qu'il lui donna le soin de ses affaires les plus importantes. Il ne faisait rien sans son avis, et le créa son intendant.
Un jour que messire Egano était allé à la cliasse, el qu'llannequiu élail demeuré au logis, madame Béatrix, qui ne s'était point encore aperc^ue de sou amour, mais qui se sentait pour lui un attachement particulier à cause des bonnes qualités qu'elle lui connaissait, lui proposa de jouer avec elle aux échecs. On sent avec quel plaisir il accepta la proposition. Notre amoureux, (pii voulait lui plaire, se laissait gagner, et le faisait avec tant d'adresse, qu'il n'était pas aisé de s'en apercevoir. La belle en avait beaucoup de joie. (Juand quelques dames du voisinage, qui étaient vemu>s voir madame Béatrix, et qui les regardaient jouer, se furent retiiées, llauneipiin, continuant toujours sa pallie, laissa échapper nu prohmd sdupir. « Ou'avez-vous donc? lui dil la daiiir