‹ Contes;Chapitre 40 sur 56 · A FEMME AVARE, GALANT ESCROC · texte numérisé non relu

A FEMME AVARE, GALANT ESCROC

Il \ oui autrolois n Milan un soUlat allemand, nommé Gulfait, qui passai! pour un Tort lionuèto homme, et qui était lidèlcment attaché au prince qu'il servait, qualité (pii n'est jias ordmaire aux gens de sa nation. Comme il se faisait un jioiiit (riionneur de rendre ponctuellement ce qu'il empruntait, il trouvait sans peine de l'argent, et à très-petit intérêt, quand il en avait besoin. Ce bon soldat devint amoureux d'une très-belle dame, nonnuée Ambroise, mariée à Gasparin Sagastrace, riche négociant de Milan, qui le connaissait particulièrement, et qui l'aimait beaucoup. 11 sut si bien s'y prendre, que le mari ni personne ne s'aperçut de l'auiour dont il brûlai! |iour elle. Croyant avoir rcuiarcpié t|u'il ne déplaisait pas, il se hasarda à lui l'aire parler,

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[loiir l:i |)ricr ilr piivcr d un li'iiilic iclinii li's stMiliiiiciils (|u clic Ini avail ins|iir('>. Ini |n cunilliuil de s'eri rendre dij^nc par son cnipressenient à l'aire loiit te (|ni piiurrail lui élre af(réable. La belle, après bien des façons, consentii à se rendre à ses désirs, à condition qu'il garderait un secret inviolalih', et ipril lui donnerait deux cents écus dont elle avait l)esoin.

(iuli'art l'ut si choqué de l'avarice de la dame, dont il ne rauniit jamais soupçonnée, que peu s'en fallut (pie son amour ne se changeât en avei'sion; cepeuilant il S(! radoucit, et résolut de la tromper. Dans cette idée, il lui fit dire qu'il était prêta faire ce qu'elle désirait . (pi'il voudrait être pln> ricin- pmu' Ini nITrir une plus forte somme; qu'elle n'a\;iit t\\\'i\ l'instruire du jour et du nuunctil au.\{piels il pouvait aller la trouvei-, cl (pril Ini remettrait l'argent (pTcIlc ini demandait. Cette femme méprisable lui manda (juc son mari partait bieut(M pour Gènes, et qu'elle ne nianipierait pas de l'envoyer chercher le jour méuu' de sou départ .

(îull'art, sachant ijuc (iasparin devait hicntùl l'aire ce voyage, se hâta de l'aller voir. <( J'aurai besoin, lui dit-il, de deux cents écus, et vous m'obligerez sensiblenu'ut de me les prêter, au même intérêt (pie vous m'avez toujours prêté jusqu'à présent. » Gaspai'in lui rendit ce service avec plaisir, et compta la somme sur-le-champ, à la grande satisfaction du militaire.

Ouehjues jours après, le négociant partit |ionr tiènes. Sa l'emine envoie dire aussit(")t au galani ipi'il pouvait venir et (pi'il ii'onMiàt pas d"ap|iortcr la souinn' convenue. Gull'ait, cpii avait intérêt de trouver la itelic en compagnie, et qui craignait qu'elle ne fût toute seule, se lit accompagner |iar un de ses amis et lui dit, en la présence de cet ami et d'un commis cjui était avec elb' dans ce iiHiincnt : « Voilà, madame, deux cents écus bien comptés que je vous prie de remettre à voire mari (piand il sera de retour de son vovage. » Elle les prit, J

sans entendre d'autre malice aux |)aroles de dnllart, si ce n'est qu'il avait parlé 1

ainsi par |inrc poliliipn' cl jionr (piHn ne soupçonnât pas (pic cet argent était le |)ri\ (ju'cllc a\ait mis à ses la\eurs. C'est pouicpini clic Ini répondit (pi'elle ne inan(|uer;iit |ias de s'acquitter de la commission à Tinslant nume di' son arrivée, n Mais voyons, ajouta- t-elle, si la somme est conqilète. » Elle se met aussitijt à la conqiter sur une table ; et voyant (|u'il n'y man(piait pas une obole, clli- la remil dans le sac et dit ensuite tout lia> à (inllail de repasser sur la brnm-, parce (ju'elle serait seule. Il n'y manipia pas ; et la licllc l'avant condnil dans .sa chainbic-, ils passèrent la nuit ensemble. Le galant ne s'(-n tint pas à cette nuit- là; il sut engager inadaine Ambroise à |)arlager jdiisicurs antres fois son lit avec lui pendant l'absence de son mari.

Quand celui-ci fut de retour à Milan, Gulfart saisit le iiiomeiit(pril était avec sa lemme pour entrer l\h/. lui, acconqiagué de son ami. « Cias|)arin, lui dit-il après les premiers conqilinicnls, les di-nx cents cens (pu- vous nu- |iietàtcs a\ant

IIIITIÈME JOURiNÉE. 595

votre voyage m'ayant été inutiles pour l'objet auquel je les destinais, je les rendis, le jour niènic de votre départ, à votre femme, qui les comiUa aussitôt devant moi ; ainsi, je vous prie de vouloir bien les rayer de votre livre. » Le mari, se tournant vei's sa femme, lui demanda si elle les avait rc(;us; et, comme clic voyait devant elle le témoin qui les lui avait vu compter, elle ne put le nier et s'excusa 'sur son peu de mémoire de ce qu'elle ne lui en avait point encore parlé. « Soyez tranquille, dit alors Gasparin à Gulfart, j'en déchargerai mon livre aujourd'hui, sans plus larder. » Alors le galant se retira fort content d'avoir ainsi puni sa maîtresse de son avarice et d'avoir su adroitement jouir longtemps de ses faveurs, sans qu'il lui en eût coûté une obole. Un imagine aisément combien la dame dut être sensible à un pareil tour.

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