‹ Contes;Chapitre 47 sur 56 · A BON RAT BON CHAT · texte numérisé non relu

A BON RAT BON CHAT

Saflie/. (l'alioiil (|u"il y avait jadis à l'ioiencc un ;;loiitoa reiioimiK', (jinm appelait Cliia()ii('. Tiuit son extérieur prévenait en sa laveur. Personne ne parlait avec plus de grâce et ne tournait si plaisamment ce qu'il voulait dire. Comme ses revenus ne [touvaient sul'lire à sa dépense, ses talents le faisaient recevoir dans toutes les sociétés, et il avait grand soin de clioisir celles où l'on laisail la meilleure chère.

Dans le même temps, et dans la nièuie ville, un nommé Blondel, d'une taille très-petite, mais line et proportionnée, fort élégant dans ses habits et dans sa frisure, faisait le même métier que Chiaque. Ce Blondel, un matin de carême, venait d'acheter au marché deux très-grosses lamproies pour messire Vieri de Cher(jui, lors(iu'il fut aperçu de Chiaijue, qui s'approche aussitôt de lui et lui demande ce (|u"il veut faire de ces lamproies. « Hier au soir, réjiond lìloudcl, on en envoya trois beaucoup plus grosses que celles-ci, accompagnées d'un esturgeon, à messire Corse Donat ; mais n'en ayant pas assez pour régaler plusieurs gentilshommes qu'il a invités à dîner, il m'a envoyé acheter ces deux poissons. Ne viendras-tu \yds en manger? — Je n'ai garde d'y manquer; tu me connais trop bien pour imaginer que je laisse écha])per une si belle occasion. » L'heure du diner venue, il se rendit à la maison du seigneur Corse. « Que veut monsieur (lii;i(|uc' lui dit celui-ci. — Monsieur, je viens dîner avec vous et votre compagnie. — Vous clés un galant lionmie, et vous me faites grand plaisir. Passons dans la salle à manger, car il est temps. » On se mit à table. Iles ])ois chiches, de la tonine grasse, une friture de poissons d'.Vrno, voilà tout ce (lu'on servit. Chiaiiue s'apen.ut fort bien (|ue Hlondel avait voulu le jouer. La honte d'avoir donné dans ce panneau lui iiis|iiia le désir de la vengeance, cl d ne tarda pas à trouver l'occasion de le remplir.

jiitiiidrl, ipii s'était beaucoup amusé à ses dépens, en ricunliiiil à (jui voulait l'entendre le tour qu'il lui avait joué, le rencontre, l'aborile : « Kh bien ! lui dit-il, conmieiit as-tu trouvé les lanq)roies de messire Corse? — Avant qu'il soit huit jours, tu le sauras mieux (puî moi. » Sans |)erdre de temps, il va trouver im f'a"ne-deuier, convient de prix avec lui, lui remet mie bouteille de verre entre les main-, le cdiiduit prènde la halle de (iav iiiiidli, lui iiionlrc uu clieNalit'i',

NEUVIEME .lOIRNEE. 485

iKumné iiiessire Philippe Aryonti, lidiume crune fort grande taille, emporté, vain, bizarre : « Tu vois ce chevalier, dit-il à son gagne-denier, va le trouver, et lui dis : Monsieur Blondel m'envoie vers vous, et vous prie de vouloir bien lui enruhiner ce flacon de votre excellent vin clairet, parce qu'il veut régaler quelques-uns de ses amis. Garde-toi bien de le laisser approcher de toi, crains qu'il ne Le saisisse au collet; tu ferais fort mal tes affaires et tu gâterais les miennes. — Est-ce là tout? dit le gagne-denier. — Oui ; va, répète ce que je t'ai dit ; reviens me trouver, et je te payerai. » Le commissionnaire part, cl

remplit sa commission. Philippe, qui avait un cerveau prompt à s'enflammer, croyant que Blondel, «pi'il connaissait fort bien, voulait se moquer de lui, se lève le visage en feu, les yeux ctincelants : « Que veut dire ceci? s'ccria-t-il : de quel enrubinement, de quels amis est-il question ? Oue le diable vous emportt! l'un et l'autre! » Tout en prononçant ces imprécations, il étendait le bras pour saisir le gagne-denier; mais celui-ci, qui était sur ses gardes, ne perdit pas un moment pour fuir, et s'en retourna bien vite vers Chiaque, à qui il rendit compte de sa commission, et de (pii il reçut la somme dont ils étaient con-

Chiaque n'eut plus de repos qu'il n'eût trouvé Blondel. Dès qu'il le rencontra : « Va-l-il longtemps, lui dit-il, que tu n'as été à la halle de CavicciuUi? — Non ; mais pourquoi cette question? — C'est que messire Philippe te fait chercher partout, et je ne sais ce qu'il te veut. — J'y vais donc de ce pas, et je

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lui |iiii'l('rMÌ. 0 IJuiUiil r>l Ii'l lui |i;ii'li. (iliÌMi|U(' li' miÌxII de juin |iiiiir clii' |i''iiiiiiii

(le rnvciitiirc, M('s^i^(• l'Iiiliiniu, (|MÌ ii^vnit |mi at(rai>cr le gai^iio-dciiicr, (■tait l'iicorc toni lioiiillaiil (!<■ cdliTc, nv pdiivaiit licii coiniuemlie dans le nicssaf^o i|iie IMoiidi'l lui avait adressé, sinon (|u'il avait voulu se niociiicr ile lui. HilTéicntcs pensées l'agitaient sur co s\ijet, liusipie lUondel entra. Mes (|ue l'lii!i|i[)e raperi-oit, il s'élaneo vers lui, et délinic |i,ir lui ;i|i|ili(|U('r un grand inu; de poing sur le ne/. « |ti<'n ! s'écrie IHondel, ildimli de c itio réeeption inattendue, (jne signifie i-ehi, monsieur'.' » rhili|i|ii' le prend |i,n- les cheveux, lui arrache sa coil'l'e, jette son eapiudion par terre, et le l'rap|iant rudement : « Ti-aître, je t'apprendrai ce qnc ('(da signide. Mais voudrais-tu hien nre\plii]uer toi-même ce (pie veulent dire eet tiiriibiiu'))Uitt et ees amis, et tout ce (jue tu m'as envoyé dire? Me prends-tu pour un enlaiit'.' penses-tu l'amuseï' de moi'.'» Tout en disant cela, il faisait londier sur le visage du pauvre iîlondel une grêle de coups: il arrachait ses cheveux., le traînait |Kir terre et déehiraitson hahit. il était si occupé de ielle besogne, que jamais lilondcd ne [)nt lui l'aire entendre un seul mot, ni lui demander la raison de cet étrange traitement. Les mots d'amis, d'ennibiiifmeiit avaient frappé son oreille; mais de (pioi l'instruisaienl-ils'.' Les voisins, ipii i''taient accourus, mirent cnlin un terme à la l'uiciir de l'Iiilippc, en lui arrachant des mains le malhcincux Hlondel. Ce fut alors (pTon l'inali ni>il des raisons qui avaient allumé une si grande colore; poin- le consoler, on lui lit (jnelques remontrances, on tâcha de lui l'aiic sentir combien il était dangei'cux de se jouer ;i messire Philippe, et on lui reconnuanda d(^ n'y plus revenir; lilondid, tout en larmes, jurait i|ui' jamais il n'avait envoyé clierché de vin chez messire Philippe. IJuoi qu'il en soit, il garda les coups et les remontrances.

il ne fut j)as longtemps à imaginer (|ne cette aventure était un coup de vengeance de la part de Chiaque. .Mais, connncnt lui liposter'.' se teuii' coi. ne dire mot était le parti le j)lus sage, et ce lut celui qu'il miìmI. Il g^iida la maison jusfm'à ce que renq)reinte des poings de me.ssii-e Plnlqi|)e fut effacée. A sa ])remière sortie, il rencontra Chiaque. « Eh l)ien, iîlondel! lui dit celui ci, en riant, cimiment as-tu trouvé le vin de messire Piiilippe'.' — Hue n'as-tu trouvé de même les lamproies de messire Corse! — (Juand tu \oudras me donner un dîner semblable à celui que tu m'as fait faire clic/ lui, je te donnerai à boire (•onnne lu as bu chez messire Philippe. »

lilondcl, qui vil bien (pi'il ii'x a\ail ricii de lion à gagner en billaiit cmitre (^hia(pu'. pria Ihcii de r,iirc ,sa paix avec lui. Haii^ la suite, il eut gland soin de ne |)as se moquer de lui.

NOUVELLE LX

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