‹ Contes;Chapitre 49 sur 56 · LA JUMENT DU COMPERE PIERRE · texte numérisé non relu

LA JUMENT DU COMPERE PIERRE

Il y avait, l'année dernière, à Barlette, un prêtre nommé messire Jean de Rarole. Son bénéfice ne lui suffisant pas pour vivre, il conduisait, de côté et d'autre, dans les foires de la Fouille, différentes marchandises .sur une jument (pii lui appartenait. En courant le pays, il avait fait rencontre d'im certain Pierre, du village des Trois-Saints, qui faisait, avec un ànc, le même métier que lui. Il ne l'appelait, selon l'usage du pays, que le comjière Pierre, à cause de l'étroite familiarité qui les unissait. Toutes les fois (ju'il venait à Barlette, il le menait avec lui, le couchait, le régalait du mieux qu'il pouvait. Leurs honnêlctés étaient réciproques. Compère Pierre, qui n'avait à Trois-Saints qu'une petite maisonnette à peine suffisante pour loger son âne, sa femme, jeune et belle, et lui, en faisait les honneurs à messire Jean, quand il lui faisait l'honneur d'y venir. Cependant, quand il s'agissait de coucher, compère Pierre ne pouvait salislaire sa bonne volonté, n'ayant (|u'un lil ipi'il partageait avec sa femme ;

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il l'allail iliiiu' ipic incssii-o Jcaii coiicliiil sur un |i('ii de |ihÌIIi', m n'Aó de sa jiiiiient, (ini (-tail loiféo, avec l'àiiP, dans nnc écurie lori étroite. Madame Jeannette, qui n'iu'norail pas les bons traitements (|iic son mari recevait à Barlette, de la part (in curé, avait proposé plusieurs fois d'aller eouclier avec une de ses voisines, nonnné Zite Calaprise, et de laisser sa place an bon prêtre. Celui ci avait toujours refusé cet arran;,fenicnt. In jour, entre autres, poiu" prétexter son refus : « ComuK're Jeanne, lui dit-il, ne vous inquiète/, pas de moi : je ne suis pas aussi à plaindre (pie je le jiaiais. Cette jument (pie vous me connaissez, je la cliìini^e. (piaïul je veux, eu une liclle lille, et lui rends sa premii're forme. Croyez (pie je ne puis ni ne veux rabauiloiiner. » Jeannette, (|ui était simple d'esprit, nnt ce prodige, et eu lit |)art à son luaii. « Si le curé, ajoutât-elle, est aussi véiilalileiiient ton ami que tu le dis, (|ue ne te conlie-t-il son secret? tu ferais de moi une jument, et avec l'ànc et moi, tes alfaires iraient mieux : nous ferions double profit. » Com|)èic l'iene, ipii n'était rien moins ipiiiii riisi'' compère, crut aussi au pro(lij;e, se reudil au cmiscil de sa l'eiimie, et, sans perdre de temps, sollicita messile Jean de lui apprendre son secret. Celui-ci s'efforça de le détourner de cette idée : mais n'en pouvant venir à bout : n Puisque absolument vous le voulez, lui dit-il, demain matin, à notre ordinaire, soy(^ns levés avant le jour, et je vous ferai part de tonte ma science. » Vous imaginez bien ipie l'attenlc et riiii|iatieiice eiiipécli(''rent comj)ère Pierre et commère Jeannette de fermer r(eil peiidaiil une ]iarlie de la nuit. Dès (pie le joui- eonmieuça à poindre, ils se levèiriil et a|i|ielrrent le emé. « Il n'y M jieisdime au iiioiide, dit eehii-ei en se levant, à qui je Miiiliisse découvrir mon secret ; mais vous l'avez exigé, je ne puis rien vous refuser. Cependant, si vous voulez être bien instruits, observez très-exactement ce que je vous prescrirai. » .\près (pTon lui eut tout promis, messire Jean prend nue cliandelle, et la met entre les mains du compère Pierre, en lui disant : « liegarde bien tout ce que je ferai, et reliens fidèlement les paroles que je prononcerai ; mais, sur toutes clioses, mon ami, garde-toi de rien dire, quoique je fasse : le moindre mot gâterait tout, et il serait impossible d'y revenir. Fais des vœux seulement pour que je puisse biiMi attaclier la queue ; car c'est le jilus difficile de l'ouvrage. » Compère Pierre prend la cliandelle et jure de suivre on tous les ordres du magicien.

Alors messire Je.iii l'ail (hqKiiiiller Jeannette de tous ses vêlements, sans en excepter un seul, la lait eouelier sur ses mains et ses |)ieds, dans la posture d'une jument ; puis, lui toncbant le vi.sage et la tête : « (Jue ceci, dit-il, soit nue b(dle tête de jument. » De là pas-sant aux cbeveux : (( Oue.ceci soit belle crinière de jument. » Ijisiiite, pmlant la main sur la poitrine, on il .sentit deux globes élasli(pics et durs, dont le mouvemenl et la dureté se comnnniiipièreiit bieiit(M à une des pallies seirètes de messire Jean : « One ceci, dit-il, .soit beau

|)oilrail de jument. » Il eu lit autant sur le ventre, sur les cuisses, sur les jambes et sur les bras. 11 ne restait plus (juc la (|uene à l'ornier on plulòt à placer. Le curé se poste derrière le cul de Jeannette, et, tandis qu'il appuie une de ses mains sur la croupe, il prend de l'autre l'outil avec lequel on plante les hommes, et l'introduit dans sa gaine naturelle ; mais à peine l'y a-t-il enfoncé, que Pierre, qui, jusqu'à ce momejit avait tout regardé attentivement et sans mot dire, ne trouvant pas cette dernière opération de son goût, s'écria : « Halte là, messire Jean; je n'y veux point de queue, je n'y veux point de

queue : aussi bien l'attachez-vous trop bas. » Le curé ne démarrait point ; le mari courut le tirer par sa soutane. « Peste de nigaud ! dit messire Jean tout chagrin, car il n'avait pas bien achevé sa besogne ; ne t'avais-je pas recounnandé de garder le [)lus proi'ond silence, quelque chose que tu visses? la métamorphose allait s'opérer dans l'instant ; mais ton maudit babil a tout gâté, et ce qu'il y a de pis, c'est que je ne puis recommencer. — Vraiment, répondit Pierre, je n'y voulais pas une telle queue, et vous l'attachiez beaucoup trop has; et, s'il en fallait une absolument, poiinpioi ne me disiez-vous jias dt; la mettre moi-même'.' »

La jeune femme, (jui avait pris goût à cette dernière opération de la cérémo^ nie : « P>éte que tu es ! dit-elle à son bonhomme de mari, pour(|Uoi as-tu gâté les affaires et les miennes'.' où as-tu jamais vu de jument sans queue"? Tu seras

-iO'2 conti; S lu; bocca ci;.

fjiunix loiilc la vie : encore un nionienl de patience cl tout ('luit l'iiil. .\c t'i'ii

prends (pi'à toi-nièmc si nous soiuiues toujours uiiséial)les. »

Couuiu' l'iuilisrrélion de l'iorre ôtail toute possii)ilité de l'aire d une; feuune nue jument, Jeannette se rlial)illa, et eonipère Pierre taelia de l'aire sou uii''lier orduiaire avec son âne. Il iic mhiImI {mhiiI suivre lucssire .lean à la rnuc de IVliMite, et se garda ideu, dans la suite, de lui redcMiaiidei' une jnuieul.

^b-liattAille ^ ^L

xN'OUVELLE PREMIÈRE

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