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HÉGÉSIPPE MOREAU

ES Contes a ma Sœur et quelques poésies sincères, voilà ce qui assure au charmant auteur du Myosotis l'admiration émue et fidèle de la postérité.

Jamais on ne se lassera de relire ces pièces gracieuses et si touchantes : la Fauvette du Calvaire, Sur la mort d'une cousine de sept ans , la

VOULZIE, A MON AME, A MES CHANSONS, et SUr-

tout LA Fermière, ce pur chef-d'œuvre que savent par cœur tous les amis du sentiment vrai. On ainiera toujours, également, ces jolis contes en prose, trop courts : le Gui de chêne, la Souris blanche, les

* Voir les notes, pages xxviii et suivantes.

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Petits Souliers... et Sainte-Beuve a eu raison de dire qu'on y voit à nu le fond de l'âme et de Vimagination de l'écrivain^ « aux heures riantes et aux saisons heureuses » .

Hégésippe Moreau a été bien cruellement éprouvé, et même une grande partie de sa célébrité — très légitime, d'ailleurs, — est due à sa misère profonde et presque constante, à ses souffrances physiques et morales si terribles et si fréquentes ! Ce souvenir attendri entoure d'une auréole la blonde tête du poète. Hélas ! il est mort, comme Vinfortuné Gilbert, tout jeune encore, seul et désespéré, sur le maigre et dur matelas d'un lit d'hôpital, et certes on peut croire que, si sa vie avait été moins amère et plus longue, il aurait produit beaucoup de belles œuvres pleines à la fois d'émotion et de charme. Son bagage littéraire, où les ébauches sont nombreuses, est, en quelque sorte, celui d'un adolescent de génie; cette fleur de jeunesse nous semble délicieuse, lorsque Moreau s'abandonne , dans ses rêveries, — et par conséquent dans ses vers , — aux souvenirs d'enfance , aux pensées tendres et naïves ; dans sa vie et dans son œuvre, on ne saurait trop louer tout ce qui a trait à Vaffeciion et à la reconnaissance. Quoi qu'on en ait dit, Hégésippe Moreau n'était pas. Dieu merci! un poète politique : dans les jours agités, il a crayonné d'une main fiévreuse quelques pages violentes et âpres.

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parce que, jeune et pauvre, il était déjà aigri et meurtri par le combat de la vie. Sentant vivement, il chantait à ravir les choses intimes; il excellait à peindre ses impressions , ses tristesses et ses courtes joies, — et cette part de gloire est assez belle! En cherchant à donner à Moreau une autre physionomie, on le rendrait à coup sur moins sympathique. Laissons-lui donc sa fraîche couronne de roses de Provins et de myosotisy si parfumée et si agreste, et rappelons-nous bien que jamais la politique n'a grandi un poète. Le rêveur aimé de la Muse qui lui murmure à l'oreille : « Plus haut! toujours plus haut! » a les yeux enivres d'azur et le front dans les étoiles; la politique, au contraire, force trop souvent à baisser un regard assombri vers la terre : l'homme d'État, le polémiste, voient surtout des vaniteux et des mécontents; ils n'ont, en général, aucun souci du coup d'aile.

Nous nous souvenons, à ce propos, que, — par une bizarrerie inexplicable, — Lamartine, dans les dernières années de sa vie si pleine de rêves et d'événements, s'excusait presque d'être l'auteur des Méditations et de Jocelyn; il nous a parlé en ce sens à diverses reprises. « J'ai fait trop de vers, » nous disait-il un jour d'un air attristé, en caressant lentement ses chers lévriers... — Ne V oublions pas, sa prose nume , où l'on rencontre tant d'iniages et de magnifiques broderies, est, avant tout, harmo-

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nieuse. Lorsque le charmeur, après avoir peint VOrient, retraçait notre histoire nationale, ce qui frappait le plus, c'était la poésie intarissable de son imagination : les Girondins idéalisés d'une façon si puissante le prouvent éloquemment. Loin des orages de la tribune, sur les hauteurs sereines du « pays bleu » , la Muse croyante et mélancolique de Lamartine protégera toujours cette grande mémoire !

Dans ses satires, ou la verve ne fait point défaut, Moreau s'est inspiré parfois de Barthélémy; dans ses chansons, très alertes, très spirituelles et d'une gaieté communicative, il a pris le ton de Béranger, qu'il admirait, du reste, ardemment, et non sans raison. Ces bluettes ont toutes un air de famille, et leur allure — pimpante, mais fort légère, — nous oblige à les exclure du recueil d'œuvres choisies que nous offrons aux délicats.

Le poète est lui-même, — nous ne saurions trop le dire, — dans ses meilleures compositions^ et voilà l'essentiel. La jeune fille dans les bois ombreux, l'adolescent au collège, le vieillard les pieds sur /es chenets, remercieront toujours avec effusion Hégésippe Moreau d'avoir écrit le Myosotis ! En obéissant à l'élévation de son esprit, à la générosité native de son cœur, il a créé des choses exquises et durables. — Ses douleurs ont été allégées par la pure et fidèle affection d'une adorable femme qu'il

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appelait sa saur, et il lui doit certainement ses chefs-d'œuvre. Chaque fois qu'il a pensé à a sa sœur i> ou parlé d'elle, dans ses vers, dans ses contes en prose et dans ses lettres familières^ il a trouvé des accents d'une grâce infinie.

Au milieu de son malheur trop réel, mais augmenté très souvent, il faut l'avouer, par l'irascibilité d'une nature ombrageuse, un peu sauvage et impressionnable à l'excès, Hégésippe Moreau a ressenti cette joie ineffable d'être aimé. Quoi de plus doux, quoi de plus consolant que ces preuves d^affection tendre et sans arrière -pensée, et dans un chemin rude et montueux, où abondent les cailloux et les ronces, quelles suaves églantines à respirer! — Tous les fervents amis de la poésie doivent une vive reconnaissance aux âmes bienfaisantes qui secoururent Vauteur du Myosotis en tant de circonstances difficiles. Né de parents non mariés; tout enfant, à Provins, privé de famille et sans ressources, il était voué fatalement à la misère. Eh bien! on lui a fait donner une solide instruction, on l'a accueilli, encouragé, protégé, et parmi ces loyales mains tendues vers l'orphelin, ce sont celles de sa sœur, si petites et si douces, qu'il a toujours saisies avec le plus d'empressement, embrassées à pleines lèvres avec le plus de profonde et respectueuse tendresse. C'était justice : personne ne lui fut, en effet, plus sincèrement dévoué, ni d'aune façon plus délicate et plus ingénieuse que

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M''^ Lebeau, la fille de l'honorable imprimeur, aujourd'hui maire de la ville de Provins. Il faudra toujours réunir ce nom à celui d'Hégésippe, car cette belle et pure jeune fille, — qui devint une femme accomplie, hélas! morte maintenant, — fut la consolatrice et, vraiment, la muse du ravissant écrivain.

Nous dédions à la mémoire de Louise Lebeau cette édition des œuvres choisies de son frère d'adoption : c'est un frais bouquet des fleurs champêtres et embaumées quelle aimait tant! Nous le déposons pieusement, comme un sincère hommage, sur une tombe au-dessus de laquelle Vâme du poète a, sans nul doute, voltigé déjà bien souvent, dans un rayon de soleil printanier, en même temps que les fauvettes et les rossignols.

Hégésippe Moreau, né à Paris, rue Saint-Placide, n** 9, le 8 avril 18 10 [et non le 9, comme on l'a fréquemment imprimé), était fils naturel de Marie-Philiberte Koulliot ' et de Claude-François Moreau^. Il a été déclaré sous les noms de Pierre- Jacques Koulliot. Le prénom d'Hégésippe, donné à l'enfant uniquement par fantaisie, est le seul qui soit resté joint au nom de Moreau, pris à bon droit par

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U poète. Les signataires de l'acte inscrit à la mairie du X« arrondissement, le 9 avril 1810, étaient un joaillier 3 et un huissier. — Quelle singulière ironie du hasard! Le premier témoin, parrain du nouveauné, pouvait, à la rigueur, faire songer à Vor^ aux diamants et aux perles qui couronnent la fée du logis, et le deuxième représentait on ne peut mieux la prose aride de la vie réelle. Le pauvre Moreau avait la tête et le coeur tout remplis des trésors scintillants de l'inspiration, mais s'il n'a guère eu affaire aux prosaïques huissiers, c^est parce que, ne possédant rien de positif, on se trouvait dans V impossibilité absolue de le saisir.

Vauteur du Myosotis fut amené tout petit à Provins. Son père, qui était professeur de quatrième au collège de cette ville, et fort estimé dans le pays, mourut quatre ans après la naissance d'Hégésippe. La veuve, demeurée^ sans ressources et pleine de courage, quoique très maladive ^ devint aussitôt femme de chambre chez l'excellente M'"^ Favier (en premières noces, M"^^ Guérard), qui s'intéressa beaucoup à ces deux êtres si malheureux. L'enfant, dans ses premières années, ne se douta guère des amertumes de la vie; il vécut près de sa mère, au milieu de la paix riante et verdoyante de Champbenoist, propriété de leur bienfaitrice; puis il fut placé gratuitement, par les soins de cette digne femme, au petit

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séminaire de Mcaux, puis à celui d'Avon, sur la lisière de la forêt de Fontainebleau.

Moreau avait à peine douze ans lorsque, à propos d'une visite pastorale de l'évêque de Meaux à Avon, il chansonna Ms^ de Cosnac et un abbé de la congrégation qui avait composé une pièce de vers latins en l'honneur du prélat. Ces couplets d'écolier sont curieux à reproduire, — quoique peu charitables et fort injustes, car Ms^ de Cosnac était à la fois un homme d'esprit et un vrai lettré :

Connaissez-vous monsieur l'abbé, Savant depuis l'A jusqu'au B ?

A rimer il s'amuse; Eh bien !

La mémoire est sa muse...

Vous m'entendez bien.

Ses discours ab hoc et ah hac.

Enchantent monsieur de Cosnac :

Un sot, dit la satire.

Eh bien !

Voit plus sot qui l'admire;

Vous m'entendez bien.

Ainsi que nous l'avons dit, M''^ Louise Lebeau, du même âge quHégésippe, exerça toujours sur le poète une grande et salutaire influence. M'''^ Sophie Guérard, belle-fille de M'^^ Favier, fut égalenient très bonne pour lui. Elle Vaccueillait souvent à Saint- Martin de Chenestron, joli petit village situé à vingt kilomètres de Provins et où elle habita longtemps. La

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Voulzie y prend sa source, tout à côté de la ferme de l'hospitalière M'"^ Guérard, que le rêveur reconnaissant a délicieusement chantée.

En 1829, Moreau se décidait à venir à Paris pour y tenter la fortune, et, comme il avait commencé à apprendre le métier d'imprimeur chez M. Leheau, au sortir du collège, il demanda et obtint aussitôt du travail dans la maison si justement célèbre de Firmin Didot.

A peine installé tant bien que mal, Hégésippe écrivait à M^l^ Lebeau : « Je pense toujours à Provins, il me semble que j'y ai laissé à la fois une mère... une amie... Ma sœur, vous étiez là pour m*aim€r comme une famille entière. Mon pays, c'est vous. »

Un peu plus tard, déjà las de l'isolement et découragé par les difficultés croissantes de la vie, il écrit encore à sa consolatrice fidèle :

« Pourquoi vous ai-je quittée, ma sœur ? Pourquoi m'avez-vous laissé venir? Pourquoi m'avez-vous caché vos larmes quand vous deviez donner des ordres ? Vous n'aviez qu'à dire : Je le veux ; vous n'aviez qu'à étendre la main pour me retenir ; et vous ne

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l'avez pas fait! Quand j'y réfléchis , maintenant, je ne conçois pas comment j'ai pu me résoudre à vous quitter pour me jeter les yeux ouverts dans un abîme de misère et de honte. Maintenant, je n'ai plus d'espérance. Vous devez vous apercevoir du désordre de mes idées; pardonnez-nioi donc si je m'exprime d'une manière inconvenante. Oui, en relisant mes premières phrases, je m'aperçois qu'elles renferment presque des imprécations contre vous. Pauvre sœur, vous avez cru sacrifier vos affections à mon intérêt, et je ne devrais m'en souvenir que pour vous aimer davantage. Oui, je vous aime, et j'ai besoin de vous le répéter, car, dans la situation où je suis, toutes les suppositions sont permises, et cette lettre est peut-être un adieu. Je vous aime, car vous m'avez entouré de soins que je ne méritais pas, et d'une tendresse que la mienne ne peut assez payer. Je vous aime, car je vous dois mes seuls jours de bonheur, et, quoi qu'il arrive, jusqu'au dernier soupir je vous aimerai et vous 6enirai. Je ne vous donne pas d'adresse : qui peut savoir oii je coucherai demain ? »

Nous détachons les navrantes lignes qui suivent d'une autre lettre du malheureux orphelin, adressée également à sa confidente préférée :

« ...Je n'ai que des chagrins à vous avouer, ma bonne sœur; il s'opère chaque jour en moi un désordre qui me désole et dont je ne puis m'expliquer la cause; toutes nies facultés s'éteignent, mon esprit est

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lourd, ma tête stupide • ma mémoire même, autrefois si heureuse, menace de disparaître...

« Ma chambre est petite et froide, ma sœur, mais la nuit j'enveloppe mon cou d'un mouchoir qui a touché le vôtre, et je n'ai plus froid. »

Ce dernier détail n'est-il pas charmante O jeunesse, 6 poésie ! Vous aurez toujours de ces adorables privilèges, de ces rêveries délicieuses, — qui, par exemple, feront éternellement sourire de pitié le majestueux M. Joseph Prudhomme et sa très nombreuse famille !

Hégésippe Moreau, se reprenant à l'espérance, concourt, à l'âge de dix-neuf ans, pour le prix de poésie à décerner par l'Académie française. Le sujet désigné était la Découverte de l'imprimerie. M. Ernest Legouvé, alors dans sa vingt-deuxième année, fut couronné. Moreau dédia sa pièce à M. Didot; elle figure dans le Myosotis. En voici les derniers vers, les mieux venus :

Hélas! pourquoi faut-il qu'aveuglant la jeunesse, Comme tous les plaisirs, l'étude ait son ivresse? Les chefs-d'œuvre du goût, par mes soins reproduits. Ont occupé mes jours, ont enchanté mes nuits. Et souvent, insensé ! j'ai répandu des larmes, Semblable au forgeron qui, préparant des armes. Avide des exploits qu'il ne partage pas. Siffle un air belliqueux et rêve de combats...

Nous avons eu grand soin de nommer les bonnes

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[ces du poète^ qui Vaimèreni tout enfant; il ne faut pas oublier de citer aussi M'"^ Emma Ferrand, de la Gironde. Convaincue du talent de Moreau, elle le protégea cordialement à Paris et l'engagea plusieurs fois à se marier. Voici la jolie lettre qu'il écrivait à « sa saur » à ce sujet, en août i836 :

« Une dame bien bonne et bien spirituelle, à qui j'avais confié mes peines, m'a conseillé de me marier. Elle me désignait même une personne qui, disait-elle, me convenait sous tous les rapports; et vous ne devineriez jamais quelle est cette personne... Oest vous... Voilà le fait! Elle a voulu savoir à qui j'avais adressé la Sœur du Tasse, et, malgré une réponse évasive, elle était parvenue à savoir que c'était M'"^ J. (M^s Jeunet), de Provins. La personne qui l'avait si bien informée oublia de lui dire que la sœur du Tasse était mariée. Et je souriais la larme à l'œil, quand je l'entendais me répéter sérieusement : « Vrai, Monsieur Moreau, je crois que cette personne ferait votre bonheur! » N'est-ce pas, ma sœur, que c'est une personne bien bonne et bien spirituelle? »

L'auteur du Myosotis appelait souvent M'"^ Ferrand « Vidole no 3 ». Dans son Ode a Bordeaux, il lui dit :

Entre mes idoles jumelles Prends donc place, et règne comme elles Dans le Panthéon de mon cœur.

En marge du manuscrit original, il avait écrit : ce Les

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idoles de mon Panthéon s'appellent Sophie et Louise. » Armand Lebailly eut^ en i863, cette pièce intéressante entre les mains; il la cite dans sa biographie de Moreau, pleine de menus faits et fort émue, mais qui est, à vrai dire, un panégyrique, — ce que nous sommes loin de blâmer. En effet, Lebailly, très doué, très maladif et fort intimement lié, lui aussi, avec la misère, était porté à s'occuper d'Hégésippe Moreau en quelque sorte passionnément. Il y avait entre eux une double parenté : le talent et la souffrance. Hélas! ils ont succombé, l'un et l'autre, avant l'heure de la maturité.

Dans une lettre du 24 juillet iS'ij, le poète de la VouLZiE peignait ainsi son « idole n° 3 » :

« M'"* Ferrand est une petite femme de quarante ans environ, spirituelle, vive et même étourdie. Elle a du être naturellement fort gaie. Mais elle a eu de grands malheurs. Elle a perdu à la fois une assez belle fortune et deux enfants de cinq à six ans. Depuis ce temps, elle parle comme on soupire. C'est une femme aussi honnête que bonne. »

La Révolution de i83o enthousiasma et surexcita très vivement Hégésippe Moreau. Pendant les trois

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journées, il se battit sur la place du Carrousel. La petite troupe de jeunes gens dont il faisait partie fut celle qui enleva la caserne des Suisses après une fusillade de deux heures'^. Au milieu de la mêlée, raconte A. Lebailly, « il croit voir un soldat tomber sous ses halles », et il écrit à M'"^ Guérard :

« J'ai tué un honime, mais j'en sauverai un autre. » En effet, « quelques heures après, un Suisse se dirigeait vers la frontière, déguisé avec l'unique redingote du poète » .

La Révolution, selon l'usage, ne donnant pas tout ce qu'on attendait d'elle, fit promptement des mécontents. Les ouvriers typographes s'agitèrent, et Moreau, imitant bon nombre de ses camarades exaltés, quitta son refuge — l'atelier de la maison ^idot — pour revendiquer ses droits. Hélas! le pauvre rêveur tombe aussitôt dans la plus complète détresse!

Le i^"" avril i83 i, on lui offre une place de maître d'étude à la pension Labé. Il l'accepte, mais, au bout de six mois, il doit se résigner à garder la chambre, à abandonner ce modeste et prosaïque emploi. Une hémoptysie, conséquence à la fois de privations anciennes et de préoccupations graves, s'est déclarée. Moreau ne se rétablit que lentement et très imparfaitement.

« C'est à cette fatale époque (i832) que le poète, nous dit Sainte-Marie Marcotte, son premier bio-

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graphe >j pendant les nuits, couchait sous un arbre du bois de Boulogne ou dans un bateau de charbon amarré aux bords de la Seine, qu*il errait au milieu des rues de Paris, composant une ode A la faim ; qu'assis sur une borne et rencontré par une patrouille, il se laissait jeter à la préfecture de police, et qu'il y restait sans se nommer, sûr an moins de trouver là un asile qu'il ne devrait à la générosité de personne... C'est alors que, le choléra survenant, il se faisait admettre à grand*peine dans un hôpital, et s'y roulait dans le lit d'un cholérique afin de s'inoculer la peste. »

De pareilles souffrances, une aussi cruelle incertitude du lendemain , expliquent la misanthropie de Moreau, qui n'est pas, du reste, au bout de ses épreuves !

En i833 (janvier et février), nouvelle maladie, plus sérieuse encore que les précédentes. Il faut donc rentrer à l'hôpital ! A ce moment si critique l'infortuné improvise la pièce touchante que nous reproduisons en entier , et où se trouvent ces vers navrants :

Si seulement une voix consolante Me répondait quand j'ai longtemps gémi!

Si je pouvais sentir ma main tremblante Se réchauffer dans la main d'un ami !...

Au mois de mars suivant, pédestrementy le convalescent part pour Saint-Martin et Provins. Il fuit

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l'enfer parisien pour retourner au paradis ! Son ange gardien lui a, sans nul doute, soufflé cette bonne pensée. Le voilà en route, bien faible encore, mais déjà un peu réconforté par les rayons du soleil matinal. Que l'herbe est verte, et combien le calme est doux ! Çà et là, les vieux arbres bourgeonnent, le ciel clément n'a plus de sombres nuages, la brise est vivifiante j le malheureux enfant la respire à pleins poumons! Tout est pour lui un sujet de joie le long de ce chemin béni : l'oiseau, qui prépare son nid dans le bois voisin j gazouille un refrain amoureux en son honneur; le rustique papillon blanc frôle amicalement de l'aile son front pâle ; la fleur des prés, humide encore de rosée, s'incline et lui offre son parfum; la jeune laitière qui passe, pieds nus, accorte et pressée, prend le temps, néanmoins, de sourire en lui disant: Bonjour! Les fraîches idylles remplissent les sentiers, et le gazon, l'ormeau, le zéphyr, la pâquerette, le pinson, le ruisseau babillard, la fillette naïve, tout semble dire au poète : O songeur éternel, la liberté, la voilà ! Liberté de penser, liberté de courir à travers champs, liberté de croire, liberté d'aimer! Les vois-tu, ces amis de tes rêves ? les entends-tu, ces délicieux accents de la nature immuable et maternelle? Va donc du côté de la paix, du côté de la franchise et de l'affection robuste et fidèle, que rien ne lasse et que nul ne saurait détruire !

Harassé, mais ravi, Moreau arrive enfin à la

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ferme de Saint-Martin. M'"^ Guérard, — la fermière, — l'accueille à bras ouverts. Les couleurs reviennent au malade; le bonheur, lui aussi, est vite revenu. L'auteur du Myosotis n*a-t-il pas les fêtes quotidiennes et Vhorizon véritable du poète ! Sa chère Voulzie jase doucement à deux pas; les roses embaument; le lait si pur calme cette poitrine fatiguée, et il fait vraiment bon composer des vers radieux d'espérance sous les grands arbres du verger.

Hélas ! cette vie si saine et si charmante ne peut durer toujours. Hégésippe Moreau revoit ses quelques amis de la ville voisine. Pourquoi ne fonderait-on pas un journal en vers, où la politique tiendrait une large placée La politique! elle va encore tout gâter. Le DioGÈNE parait ^ [un vilain patron, dit finement le judicieux Sainte-Beuve); on réunit, après beaucoup d'efforts, quatre-vingts souscripteurs. Des susceptibilités sont bientôt éveillées; la fortune ne songe guère à paraître, mais, en revanche, les discussions, l'aigreur et la malveillance se montrent déjà. Une chanson innocente au fond est la cause d'un duel. Le poète, provoqué par un de ses trop rares lecteurs, se bat, et, irrité, fait soudain ses adieux à son pays d'adoption.

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En regagnant Paris, Moreau avait emmené sa compagne habituelle : la misère. Elle s'y installa avec lui. Quinze jours plus tard, le maire de Provins, M. Gervais, ayant reçu de Vorphelin, qu'il aimait beaucoup, une lettre très pressante sollicitant un secours'^, lui fit immédiatement remettre deux cents francs. Le iGjuillet 1884, à bout de ressources, le pauvre poète revient à la charge : « Le souvenir de vos offres m'enhardit à m' adresser encore à vous. C'est la seconde et la dernière fois. » L'excellent M. Gervais répondit aussi éloquemment que lors de la première lettre; il expédia de nouveau deux cents francs ^. L'auteur du Gui de chêne s'occupait, à cette époque, de la compilation quotidienne des journaux, pour une Kevue nouvelle^ qui mourut fort jeune! et il ne possédait, suivant sa coutume, aucune avance lui permettant d'attendre le payement de ses appointements éphémères, fixés à cent francs par mois.

Hégésippe Moreau devient, en i835, répétiteur dans la maison Chapuis; sa santé délabrée l'oblige bientôt à résigner ces humbles fonctions.

En mai [de la même année), le poète, qui avait mis son gilet en gage pour assister à la première re-

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présentation de Chatterton, envoya au comte Alfred de Vigny la pièce suivante. Elle ne se trouve dans aucune des éditions du Myosotis.

On comprend aisément l'ardente émotion deMoreau; Vinfortuné Chatterton n'était-il pas son grand frère?

Au Théâtre-Français deux beaux noms sur l'affiche M'attirèrent un soir : ce soir-là j'étais riche; J'avais pour avenir deux francs; je les donnai; Et je vis Chatterton, et chaque mot du drame Eut un écho si long et si doux dans mon âme Que la nuit, seulement bien tard, je soupçonnai Qu'en ce jour de bonheur je n'avais pas diné.

Seul, j'écoutais encor d'un bruyant auditoire Le sanglot triomphal répéter : Gloire, gloire A la Muse qui n'a ni sang ni fange au pied. Par qui la nouvelle ère au théâtre commence !... J'écoutais, je mêlais ma note au chant immense, Puis j'ajoutais tout bas, palpitant, l'œil mouillé : Qui s'inspira si bien doit sentir la pitié.

Hélas! quand il évoque une infortune morte. Le poète pieux, s'il savait qu'à sa porte L'immortel Chatterton vit encor pour souffrir; S'il savait qu'à Paris tous les jeunes poètes. De ce bruyant désert pâles anachorètes.

N'ont plus, en s'abordant, qu'un salut à s'offrir. Le salut monacal : Frères, il faut mourir !

Que l'un d'eux, demi-nu, dans sa chambre malsaine

Pousse un drame réel à sa dernière scène,

Et, sans étoile au ciel, sans bon ange ici-bas.

Pour éviter la faim, courant au suicide.

Tient levé, maintenant, sur son estomac vide.

Le fer qui découpait le pain de ses repas

Et qui, depuis trois jours, trois longs jours! ne sert pas!

XK HEGESIPPE MOREAU

Puis, se ressouvenant qu'il est bien jeune encore, Qu'après l'hiver l'oiseau se ranime et picore. Que ses chansons vivraient peut-être s'il vivait. Qu'un ange sur son front marqué de l'anathème. Peut l'effacer un jour avec ce mot : Je t'aime! De mille illusions repeuplant son chevet. Dans les bras de la Faim s'endort... S'il le savait!

Poète, il aiderait la jeune muse à vivre.

Il n'a pas renfermé tout son cœur dans son livre;

Son culte pour les morts s'étendrait aux mourants...

Et moi, je serais fier d'aimer ce que j'admire.

D'avoir une main noble à baiser, et de dire.

Quand son nom planerait sur les noms les plus grands,

Je lui dois l'espérance et la vie... et vingt francs!

Nous empruntons à M. Armand Lebailly les lignes que voici :

« Lorsque Moreau demeurait rue des Mathurins- Saint-JacqueSj il était presque toujours malade. Un soir, dans sa détresse, il écrivit à M. Alfred de Vigny qu*il était mourant. Les deux poètes, qui s^étaient vus depuis Chatterton, s'étaient compris. M. de Vigny accourut, mais le pauvre Moreau venait d'être mis à la porte par le concierge qui ne put donner sa nouvelle adresse^ cependant le portier assura qu'il devait revenir chercher un petit paquet qu'il avait laissé pour vingt francs. Désolé, l'auteur de Stello laissa sa bourse en disant : « C'est pour lui, quand il reviendra. » C'était la bourse d'un poète pour un poète...

Vanecdote est assurément caractéristique et fort

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touchante, mais on remarquera que Lebailly semble vouloir faire marcher de pair Alfred de Vigny et le rédacteur poétique du DiOGÈNE. C'est un peu trop d'honneur pour ce dernier !

Au mois de janvier i836^ éclaircie. Hégésippe Moreau, rasséréné, envoie, en guise d'étrennes, à Saint-Martin la Fermière, récemment publiée 9.

Le voilà désormais siùr de vivre — au point de vue littéraire seulement, — car le pain quotidien manquera encore bien des fois avant que la charité dresse au rêveur son dernier lit dans un hôpital, juste en face de cette maison Didot où chacun l'accueillit avec tant de cordialité dès son arrivée à Paris, et qu'il dut regretter souvent d'avoir quittée!

Qu'importe! l'œuvre-maîtresse, pimpante et délicate, a vu le jour :

Amour à la fermière! elle est

Si gentille et si douce !

C'est l'oiseau des bois qui se plaît

Loin du bruit dans la mousse.

Vieux vagabond qui tends la main,

Enfant pauvre et sans mère, Puissiez-vous trouver en chemin

La ferme et la fermière !..

Vous relirez, dans le volume, la pièce entière, et son parfum vous rappellera celui des aubépines.

Que de discours pompeux et combien de gros livres solennels ou frivoles seront depuis longtemps

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oubliés, que ces adorables strophes, gardant toute leur fraîcheur en dépit des années, feront, comme à l'heure oU elles parurent, couler de douces larmes sur des joues roses ou ridées ! Et qua-t-il fallu pour les écrire? De l'esprit, du talent, oui certes; mais surtout du cœur. Un élan de gratitude a produit une perle absolument irréprochable.

« Je ne suis pas un grand poète, tant s'en faut! » disait Moreau à « sa saur » dans un moment d'abandon. « Mais Dieu m'est témoin que je suis un vrai poète; malheureusement, je ne suis que cela. » Il avait raison, il n'était que cela : — c'était sans doute trop peu pour savoir prudemment arranger sa vie; mais la postérité, qui l'aimera à cause de quelques ravissantes pages, à coup sûr trouvera que c'est bien assez!

En iS^j , nouvelles douleurs morales et misère croissante. Cependant, encore un rayon! Quelques jours d'espérance suivis d'un morne découragement, et Vélégie si tendre à la Voulzie naît à son tour.

L'année i838, — la dernière de la courte et si triste existence de Moreau, — fut féconde, elle aussi, en déceptions cruelles; le poète à cette époque coucha plusieurs nuits dans des maisons en démolition.

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Avant d'en arriver là, il avait eu divers domiciles bien modestes: en i83o, rue Saint-Jacques, 194; en i833, place Canibray, hôtel du Calvados; en i836, rue Montorgueil, hôtel des Postes; en 1837, rue des Mathurins-Saint-Jacques, 11^ et quai Bourbon [ile Saint-Louis), 19. Son dernier logis avant l'hôpital de la Charité était situé au n° 36 de la rue de Vaugirard.

Hélas! que de coups d'épée dans Veau furent donnés par ce malheureux orphelin! Que de tentatives infructueuses , que d'espoirs déçus , que de courses pénibles, de longues stations inutiles, de lettres navrantes, écrites fiévreusement à des littérateurs marquants, et demeurées sans réponse! Le vicomte d'Arlincourt répond, lui, mais son épitre, prétentieuse comme tout ce qui est sorti de cette plume surannée, ne contient que des phrases banales. Il n'aime pas le peuple; il n'essaiera pas de convertir Moreau à ses idées; au contraire, il Vexhorte à garder les siennes : a Chantez le peuple! » C*est parfait, mais le père ^''Ipsiboé, du Renégat et du Solitaire oublie que, pour bien chanter, il ne faut pas avoir faim. Des mots, des mots, et pas un coup d'épaule, — rien; pas même une obole !

Chateaubriand, dont Vapprobation était si enviable et qui, d'ailleurs, ne se prodiguait point, adressa du moins au pauvre poète une éloquente

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parole d'encouragement. Après avoir lu sa pièce à Henri V, il lui écrivit : a Vous avez été touché par la langue de feu ^° ! »

Uauteur des Petits Souliers a dit, dans le poème intitulé : l'Hiver [écrit à Saint-Martin, en novembre i833):

Pour que son vers clément pardonne au genre humain, Que faut-il au poète? Un baiser et du pain.

Certes ce n'est pas trop demander. Dans une de ses plus émouvantes lettres à a sa sœur » , // dit encore : « ... Le manque du nécessaire a toujours paralysé mes efforts en littérature. Pour gagner, il faut avoir. Si j'étais un fils de famille au lieu d'être tout simplement Hégésippe Moreau, il y a longtemps, je crois, que j'aurais de la réputation. Un monsieur que je n'ai vu qu'une seule fois, chez M'"^ Ferrand, et qui a joué un rôle politique sous la Restauration, M. de V***, vient de m'adresser une épître de quatre cents vers où il me flatte beaucoup, ce qui enchante jVfme Emma Ferrand. Ces gens-là me laisseront mourir de faim ou de chagrin, après quoi ils diront : C'est dommage! et me feront une réputation pareille à celle de Gilbert. Ma sœur, ma bonne sœur, pardonnez-moi de vous entretenir si longtemps de mes peines. Le malheur rend un peu égoïste. Si vous étiez là, je ne pourrais m'empêcher de poser ma

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tête sur votre épaule et de pleurer comme un imbécile, et je fais comme si vous étiez là : seulement, au lieu de parler, j'écris... »

Uinfortuné rêveur a été prophète ! Il eut une seule joie dans les derniers temps de sa vie, et encore elle ne fut point sans mélange d'amertume. Un libraire bienveillant, M. Desessarts, se décida à mettre sous presse la première édition du Myosotis. Elle parut (i/i-8°) en i838. Un camarade de l'auteur, poète de talent lui-même, M. Berthaud, fît toutes les démarches nécessaires pour l'impression et la publication du volume. Moreau écrivait à un ami le 24 juillet iSSy : « ... Je suis convaincu par l'expérience que je ne suis bon à rien, sinon à écrire; niais je ne suis pas encore assez habile pour subvenir à tous mes besoins.. . — Je viens de vendre un volume de prose et de vers qui devait être composé à mon choix. Pour composer ce recueil, d'où la politique devait être exclue, j'ai été obligé de prendre une à une mes pièces de vers les moins mauvaises et de les mutiler misérablement, ce qui, je l'avoue, m'a fait mal au cœur. »

Dans une autre lettre, adressée à M^^ Guérardy il dit que ses poésies « ordonnées par dates, formeraient la biographie complète de l'auteur ■», et il annonce son intention, approuvée, à Paris, par tous ses amis, de dédier l'ouvrage à M. Guérard, « s'il y consent, et malgré lui au besoin ».

Le Myosotis avait donc enfin trouvé un éditeur !

XXVI HEGESIPPE MOREAU

Épuisé par ses fréquentes maladies et ses déceptions, et un peu plus tranquille au sujet de son cher livre, Vauteur se coucha — et ne se releva plus.

On lit dans les archives de l'hôpital de la rue Jacob : « Le 9 novembre i838, est entré à l'hôpital de la Charité, salle Saint-Louis, n° 1 2, sur billet délivré par M. Darcet , interne dans le service de M. le docteur Andral, le sieur Moreau, Hégésippe, correcteur d'imprimerie, né à Paris et demeurant rue de Vaugirard, n° 36 [XI^ arrondissement); décédé le 19 décembre suivant, d'une phthisie pulmonaire, après trente-neuf jours de maladie. »

Vheure de la délivrance avait sonné!

Fuis, âme blanche, un corps malade et nu; Fuis en chantant vers le monde inconnu.

Le soir du 20 décembre i838^ le National consacrait à Moreau un article chaleureux, et invitait les amis de la poésie et les patriotes à assister à ses obsèques. « 7/ est bien digne de funérailles populaires, l'humble et simple génie dont, en i838, le convoi sortira par une porte d'hôpital. On se réunira à la Charité, demain jeudi, à deux heures moins un quart. »

Trois mille personnes escortèrent la frêle dépouille du poète. Le deuil était conduit par Béranger, Armand Marrast et Félix Pyat. Un intime de l'or-

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phdin, le jeune Berthaud, lui dit, au nom de tous, un douloureux et suprême adieu.

La prédiction du pauvre frère de « Louise » se réalisait. Mort de misère, dès le jour de son enterrement il était devenu célèbre ".

Une étroite pierre de Caen, entourée d'une balustrade en fer, à demi rongée par la rouille, et ombragée de cyprès et de saules pleureurs, marque Vendroit ou dort, — au centre du cimetière Montparnasse, — le doux chantre de la Voulzie et de la Fermière. Son plus proche voisin est « Jean-Baptiste- Henri Cardin, marquis d'Aguesseau, membre de l'Académie française, petit-fils de Vimmortel chancelier et son dernier descendant mâle^^. -n

Le nom d'Hégésippe Moreau se lit à peine maintenant sur la modeste tombe lézardée et couverte de mousse, mais il rayonne dans le souvenir des fidèles amis de la Muse. Il ne sera jamais oublié.

Alexandre Piedagnel.

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