Voici cette supplique du poète
« Monsieur, j'ai besoin de rencontrer quelque part une main large et un noble cœur, et je m'adresse à vous, parce que M. Laffitte est pauvre. Le début de cette lettre doit vous étonner, sans doute, et je crains que la signature ne vous étonne davantage, car je ne puis me dissimuler que je n'ai aucun titre à votre bienveillance. Je ne puis offrir, pour garantie de remboursement, que ma jeunesse et mon courage, et l'on ne prête guère cent francs là-dessus. C'est la somme qu'il me faudrait. Ce qui me fait espérer cependant que ma demande ne sera pas aussi malheureuse qu'elle est indiscrète, c'est que vous avez déjà un des premiers encouragé mes tentatives poétiques; c'est qu'on m'a rapporté de TOUS des paroles si bienveillantes pour moi, que je vous aurais fait une visite de remerciement, si j'avais su comment on fait une visite; enfin c'est que j'ai eu indirectement, à ce qu'il parait, quelques torts envers vous, et que vous ne laisserez pas échapper, j'en suis bien sur, l'occasion de compléter une ▼engeance que vous avez si bien commencée.
« J'ose espérer une réponse, et me déclarer pour la vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur, m
8. Parmi les meilleurs amis d'Hégésippe Moreau, nous nous reprocherions de ne pas citer le docteur Michelin, qui fut l'un des défenseurs persévérants de l'auteur du Diogène et de ce journal poétique. — Un érudit, M. C. Opoix, anciea conventionnel, auquel on doit une Histoire de Provins estimée,
XXX HEGESIPPE MOREAU
lui témoigna également beaucoup de sympathie. L'orphelin dédia au « Nestor de Provins ■» une pièce étendue, oii l'on rencontre des vers pleins de souffle et d'émotion.
Provins a donné à une de ses rues le nom d'Hégésippe Moreau.
9. L'excellente fermière, M™^ Guérard, faisait remettre à l'auteur du Myosotis, par une de ses amies de Paris, M™^ Daubonneau, trois cents francs par an pour l'aider à vivre. Sa « sœur w, M^^^ Lebeau, lui envoyait souvent un peu d'argent et des provisions, elle aussi.
10. Le portrait de Moreau, rapidement esquissé par Sainte-Marie Marcotte (qui l'a beaucoup connu), intéressera sans doute :
« Sa physionomie était mâle, quoique douce; sa tête forte; c'était l'emblème de son génie, de sa verve poétique et de sa raison élevée... Son corps souple, sa peau blanche et unie, ses extrémités fines et délicates; tout cela était d'une femme, d'un enfant, et signifiait son caractère inoffensif. »
Le poète avait une chevelure blonde bouclée et des yeux bleus. Il s'est peint dans ce joli vers de l'élégie charmante intitulée : la Voulzie :
Bluet éclos parmi les roses de Provins...
1 1. Deux ans après le décès d'Hégésippe Moreau, Sainte- Marie Marcotte, fidèle à son affection, achetait pour les restes de son ami une concession de terrain au cimetière Montparnasse. Cent francs furent versés le 22 janvier 1840, et le complément, deux cent soixante-quinze francs, le 29 décembre i853. Gannal avait embaumé, gra//s, le corps du pauvre Moreau, — le n° 12 de l'hôpital de la Charité !
12. L'éminent critique Sainte-Beuve, qui naguère jugea le Myosotis et son auteur, — un peu sévèrement, selon quelques personnes ; très délicatement , suivant beaucoup d'autres, dont nous faisons partie, — repose non loin de là, depuis onze années (il est mort le i3 octobre 1869).