UN Q^UART D HEURE DE DEVOTION I
vOù puiser, ai-je dit, la paix intérieure?
Où marcher dans la nuit sans étoiles aux cieux,
Et sans guide ici-bas? Enfants insoucieux,
Les uns, pour ne rien voir des hommes ni des choses.
Abaissent sur leurs fronts leurs couronnes de roses;
D'autres, en proclamant l'idole liberté.
Sous le glaive légal tombent avec fierté.
Et promettent, mourants, de leur voix fatidique,
Au Teutatès moderne un culte druidique;
Ou, soufflant la terreur sur l'Église et l'Etat,
Tonnent, bruyants échos, autour de l'apostat
Qui, disciple du Christ, au front sanglant du maître
Posa le bonnet rouge avec ses mains de prêtre.
Combien de jeunes cœurs que le doute rongea !
Combien de jeunes fronts qu'il sillonne déjà!
Le doute aussi m'accable, hélas ! et j'y succombe :
Mon âme fatiguée est comme la colombe
Sur le flot du désert égarant son essor;
Et rdivier sauveur ne fleurit pas encor... »
Ces mille souvenirs couraient dans ma mémoire ; Et je balbutiai : «Seigneur, faites-moi croire! » Quand soudain sur mon front passa ce vent glacé Qui sur le front de Job autrefois a passé. Le vent d'hiver pleura sous le parvis sonore. Et soudain je sentis que je gardais encore Dans le fond de mon cœur, de moi-même ignoré, Un peu de vieille foi, parfum évaporé.
Cependant mon genou, fléchi par la prière,
Se heurta contre un livre oublié sur la pierre.
Et la secrète voix qui parle aux cœurs élus
Murmura dans le mien : «Prends, et lis», et je lus.
Je lus avec amour ces quatre chants sublimes,
Dont l'auteur s'est voilé de quatre pseudonymes.
Mais où sur chaque mot le poète à dessein
Imprima son génie à défaut de son seing.
Page de vérité, qu'à sa ligne dernière,
Le Golgotha tremblant sabla de sa poussière.
Quand je me relevai plus léger de remords.
Comme au dedans de moi, c'était fête au dehors :
La vitre occidentale, allumant sa rosace.
D'une langue de feu m'illumina la face;
Les deux blancs chérubins, levant leur front courbé,
Avec plus de ferveur prièrent au jubé;
Et l'orgue, s'éveillant sous un doigt invisible.
D'un long et doux murmure emplit la nef paisible.
Et je versai des pleurs, et, reconquis à Dieu,
Au tombeau de Racine alors je fis un vœu.
Ce vœu, je l'accomplis en écrivant ces pages. Les temps étaient passés des saints pèlerinages : Je ne pouvais aller, courbé sous le bourdon, Boire au Jourdain captif le céleste pardon ; Au rivage où fleurit la parole divine Ma muse ira du moins. Pars, muse pèlerine, Conduite à Bethléem par l'étoile des rois.