UN Ç^UART D HEURE DE DEVOTION
Au Gloria des cieux mêle ta douce voix ; Rallume l'âtre éteint de Marthe et de Marie; Consulte le voyant au puits de Samarie ; Et, fidèle au gibet de ton Dieu méconnu, Sous le sang rédempteur prosterne ton front nu, Puis, malgré l'incrédule et ses bruits de risée. Relève fièrement ta tête baptisée.
Dieu bénira mes chants ; sur les autels divers. Puisqu'on sème des fleurs, on peut jeter des vers. Depuis le temps antique où vibrait à tes fêtes La harpe de David et des anciens prophètes. N'est-ce pas, ô Seigneur, un encens précieux Que l'encens du poète? et les anges des cieux Ne se courbaient-ils pas, avides, pour entendre Jean Racine toucher son luth pieux et tendre. Quand il eut pour le cloître abandonné les cours Et dans ton amour pur éteint tous ses amours ? Et puis, mon grain d'encens, qui sait, fera peut-être Pétiller l'urne éteinte entre les mains du prêtre.
J'ai dans mes souvenirs un fabliau bien vieux Dont, au bruit de la mer et des vents pluvieux, Mon aïeule bretonne, à la voix sibylline. Berçait pendant la nuit mon enfance orpheline. Un jour. Dieu sait pourquoi, l'élément nourricier Qui prodigue la vie à ce limon grossier, Le feu, manqua dans l'air : la nature vivante
IIO POESIES DIVERSES
Tressaillit tout à coup de froid et d'épouvante.
Les oiseaux, qu'un vent noir chassait en tourbillons.
Désertaient effarés les bois et les vallons.
Plus cruels de terreur, dans l'atmosphère humide
Les vautours se battaient. Le rossignol timide
Dit sa chanson de mort, et, lorsqu'elle finit.
Se cacha résigné, la tête dans son nid.
Fatigué d'un long vol, l'oiseau porte-tonnerre
Replia sa grande aile et dormit dans son aire.
Seul, pour sauver le monde agonisant déjà,
Le petit roitelet voltigea, voltigea
Jusqu'au sommet des cieux ; mais, couvert d'étincelles,
A l'élément conquis il se brûla les ailes.
Et, dans les bois chantant pour le bénir en choeur.
Le Prométhée obscur tomba mort et vainqueur.
Que je succombe ou non à l'œuvre expiatoire, A celui qui m'inspire, à Dieu louange et gloire ! Quand la brise du soir, en passant à travers L'orgue du marécage aux mille tuyaux verts. En pousse vers le ciel une plainte touchante. Voyageur, ne dis pas : a Gloire au roseau qui chante ! » Mais, le foulant aux pieds, dis : « Gloire au Dieu vivant Qui féconde la boue et qui commande au vent! »