A MON AME
Repose-toi, pauvre âme voyageuse; Une oasis, là-haut, s'ouvre et t'attend. Le ciel, qui roule, étoile, sans nuage. Parmi des lis semble des flots d'azur : Pour te baigner dans un lac frais et pur, Jette en plongeant tes haillons au rivage!
Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu !
Fuis, sans pitié pour la chair fraternelle : Chez les méchants lorsque je m'égarais, Hier encor tu secouais ton aile Dans ta prison vivante,... et tu pleurais; Oiseau captif, tu pleurais ton bocage; Mais aujourd'hui, par la fièvre abattu.
Je vais mourir, et tu gémis !... Crains-tu Le coup de vent qui brisera ta cage?
Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu !
Fuis sans trembler : veuf d'une sainte amie, Quand du plaisir j'ai senti le besoin.
De mes erreurs, toi, colombe endormie, Tu n'as été complice ni témoin.
Ne trouvant pas la manne qu'elle implore. Ma faim mordit la poussière ( insensé ! ) ;
Mais toi, mon âme, à Dieu, ton fiancé, Tu peux demain te dire vierge encore.
Fuis, âme blanche, un corps malade et nu; Fuis en chantant vers le monde inconnu!
Tu veilleras sur tes sœurs de ce monde.
De l'autre monde où Dieu nous tend les bras
Quand des enfants à tête fraîche et blonde
Auprès des morts joûront, tu souriras :
Tu souriras, lorsque sur ma poussière
Ils cueilleront les saints pavots tremblants;
Tu souriras lorsqu'avec mes os blancs
Ils abattront les noix du cimetière...
Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu!