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Contes hollandais

livre qu'elle referma avec soin de tout un grand effort de sa petite personne, et d'une voix de p» ia :

— Goddrukum. Goddrukum, fais attention, tu vas encore renverser la théière sur le bel habit blanc.

Et le petit tailleur, comme arraché à une contemplation profonde, décroisa ses jambes, essuya ses lunettes et souleva la théière du desle la bouilloire qui lui chanta aussitôt d'une . ronronnante :

Amsterdam. Rotterdam Idrukum est amoun Il h ulotte ru

Amstt i dam, Rotterd ïdrukun

et les petites salamandres de la lampe se mirent à rire comme des folles, en répétant comme sur une berceuse de cloches :

Amsterdam, Rotterdam Goddrukum est amoureux.

— Veux-tu rentrer dans ton livre, maudite

sorcière, s'écria le petit vieux ; mais la menue princesse Sita avait déjà sauté sur un mannequin revêtu d'un bel habit ouvragé et doré ; ce mannequin, en signe de joie, se mit à battre des bras en hurlant à perdre haleine :

Amsterdam, Rotterdam Goddrukum est amoureux.

et commença de pivoter gauchement, en un style de danse ancienne, autour du bon petit tailleur. Et celui-ci allait se fâcher, lorsque la sonnette de sa porte tinta, et la bonne du notaire se précipita en s'écriant :

— Monsieur Goddrukum, on a besoin de vous pour témoigner ; venez vite, venez vite, venez tout de suite.

— Que tout le monde .soit sage, énonça le tailleur, en regardant sévèrement son magasin, et il partit majestueusement en fermant avec

soin la porte : mais à peine eut-il tourné le dos, qu'un éclat de rire partit du ciseau, de l'aiguille, parcourut les pièces de drap, et que le Mannequin se remit à danser, accompagné en ur, par un tas de voix immobi!

Rotterdam

Alors la princesse Sita frappa des main la :

Margarethe, Margarethe !

Une petite fillette d'une quinzaine d'an nia le long de l'escalier tournant, du colimaçon de bois tout tendu de serge verte, et dit en riant :

— Me voici !

Te voici ! eh bien, on va te faire ta toilette. Et la menue princesse Sita frappa du tai s livre en criant : « Accourez laves noires apparurent,

et toute- nue-, sauf aux bl

aux chevilles des perles d'ambre, et elles ppidans un petit nue longue robe cou-

leur d'aube et la nt à Margarethe. Une

petite femme poupine parée d'un beau casque dur ;i la Kri-. mue, dont l'éclat s'amortirait île

dentelles, vint et, en quelques minutes, lui tordit les cheveux, et y plaida un éventail de grandes aiguilles ornées de topazes. Un forban basané répandit à ses pieds les trésors de Goleonde, que les esclaves noires, sur les ordres de Sita, s'empressèrent d'accrocher à sa jeune beauté, et puis un petit Amour, tout nu, tout rond, tout rose, tout blond, s'abattit du plafond, et tendit à la petite Margaretne une ombrelle.

— Là, nous sommes prêtes, dit Sita, allons nous promener. Mannequin, fais avancer la voiture.

Celui-ci tira de l'arrière-boutique, un équipage complet dont les chevaux blancs s'éveillèrent en s'ébrouant et en piaffant.

— Tout beau, ne cassez rien, leur dit le sage Mannequin, et la petite voiture, à qui il avait ouvert cérémonieusement la porte, s'élança dans la rue. Alors la vieille Agathina, qui de la fenêtre d'en face, derrière son écran bleu, épiait tout ce qui se passait chez le tailleur, se signa en s'écriant :

— Les jouets d'enfant sont fous, la petite folle va tout casser, arrêtez !

Mais déjà le carrosse avait tourné le coin de la rue. 11 y avait, de cela, à peine cinq mi-

nutes, que le vieux Goddrukum rentra, et reprit sur l'établi un ouvrage commencé, recroisa ses jambes, s'arma de l'aiguille et du dé.

— Goddrukum. Goddrukum. tu as prêté un faux serment, murmura le Mannequin ; tu as un faux serment. Continueras-tu à perdre ton âme. en prêtant, chez le notaire, un tas de faux serments, pour deux florins par mois ? Veille à ton salut éternel. Goddrukum !

Mais le petit tailleur ne se préoccupait pas de lui : il observait attentivement la fenêtre d'en où la vieille Agathina, derrière son écran bleu, cousait avec une application constante ; savait d'attirer ses regards, mais en vain : telle une belle cruelle, la vieille Agathina tirait l'aiguille ; on voyait bien qu'elle ourlait un beau mouchoir rouge.

Enfin Goddrukum souleva sa fenêtre à guillotine et susurra :

Voisine ! Voisine !

Rien, pas de réponse.

Pour qui est ce beau mouchoir rouge ?

Rien, pas de répon- \ oisine : \-athina !

le répoi Mors, l'1 petit tailleur' ouvra lélancoliquemenl guitare;

il y exhala, en quelques mesures, les soupirs d une àme qui pleure dans la maison du trottoir de droite de la rue aux Epices, tandis que l'ûme-sœur s'absorbe à ourler un mouchoir rouge, dans la maison du trottoir de gauche, et c'était d'une mélodie triste, si triste, si intense et si poignante, que le Mannequin qui agitait les bras comiquement, en mesure, les croisa sur sa poitrine d'un air charitablement angoissé.

Alors Agathina posa son mouchoir rouge, et, de ses yeux ronds, regarda le soupirant...

— Ali ! vous vous décidez à faire attention à votre serviteur ?

— Non ! seulement j'ai fini... je vais chez vous.

En effet, sa porte s'ouvrit, et s'avançant à l'aide d'une forte canne, elle traversa la chaussée, et vint s'asseoir à côté du tailleur.

— Ma déesse, dit celui-ci...

Il ne s'agit pas de fadeurs, vieux Goddrulvurn, lui répartit-elle durement ; comment voulez-vous que je donne ma main à un vieux bonhomme fou, qui ne sait pas ce qui se passe chez lui, qui est la risée do ses pièces de drap et de son Mannequin ! Sais-tu où est Margarethe ?

— Elle est là-haut !

m voiture, elle se promène, elle n'en fait qu'à sa tête ; elle est sortie avec !i petite fée du li qu'en résultera-t-il ?

Qu'elle rencontrera quelque godelureau, et que notre mariage en -fia retardé, car, retiei bien, tu n'au = ma main avant que tu

'lie au petit Nicklaus, mon neveu, C'esl dit, et redît !

petit tailleur soupira.

gathina, quand s'adoucira ton humeur ■lieuse ? Tu es toujours à crier, à tempêmder. Nous s si heureux ensem-

ble : je gagne, à mettre de côté, au bout de l'an, quelques centaines de florins, avec de bon bits...

— De mauvais nabi la le Mannequin.

\\>.- de beaux et bops habits, bien faits,

bien don!

Mal coupés, affirma le Mannequin.

veilleux habits de 1' jours non ré prit Goddrukum, sans paraître entendre le Man- • iin.

de faux serments, reprit le Mannequin.

M in K 1 1 1 n impatienté irna, et, d'un

coup de pied, envoya rouler à terre le Mannequin.

— Ah ! bien, maître Goddrukum, c'est ainsi que vous traitez mes habits ?

Goddrukum pétrifié, béa devant le vieux bourgmestre qui passait sa tête à la fenêtre.

— Ne vous gênez pas ; qu'est-ce qui vous prend ?

— Goddrukum est amoureux, murmura par terre le Mannequin.

— Et qu'est-ce qui vous prend de parler de vous, à la troisième personne ?

— Je ne parle pas.

— Goddrukum est amoureux de la vieille Agathina qui est folle de lui !

— Maître Goddrukum, dit le bourgmestre, on ne peut pas être à la fois bon tailleur et bon ventriloque ; je vous retire ma clientèle !

— Ah ! monsieur le bourgmestre, je deviens fou ; ils me font mourir. La princesse s'est échappée du livre ; elle est sortie avec la petite Margarethe ; le Mannequin me fait mille misères, mes ciseaux me font la nique, et mon dé s'en va toujours.

Ah ! Goddrukum, vous passez la mesure ; ou vous êtes fou, ou vous vous moquez de moi ; et vous dame Agathina, vous m'avez tout l'air

1er encore ce pauvre d'esprit, par des histoires blasphématoires. Faites attention, tous deux ! J'aurai l'œil sur vous.

11 se retira majestueusement. Goddrukum s'élança à sa suite pour lui continuer ses explications, tellement accaparé par le souci de >'• rebadigeonner dans l'estime du bourgmes- [u'U ne perçut pas môme la sensation d'un grand coup de pied que lui avait décoché au bas des chausses le Mannequin, qui, pour ce faire, s'était remis debout.

Maudit garnement, Khosroès de malheur, je vais l'étriller d'importance, s'écria Agathina. Elle leva la main, mais déjà le Mannequin l'avait entourée de ses bras et la tenait enlace lui disant :

— Qu'elle est belle, ta dent, qui se prélasse seule à ta mâchoire supérieure, comme un jupe, dans ie prétoire, richement tendu de pouriont beaux, tes cheveux, où il y a autant d'argent que dans les caves de la banet que ton pied droit a de bonté qui attend si longtemps l'arrivée indolente de ton pied gauche, et que tes oreilles sont fines qui oivept un cancan depuis les lointains du monde colonial, el épient les médisances qu'échangent le soir les petites étoiles, el tes yeux

sont-ils clairs qui découvrent un cent tombé au fond du grand canal !... Agathina, je t'aime, mais Nicklaus n'aura pas Margarethe.

— Et pourquoi ? polisson !

— Parce que tu ne m'aimes pas ; je traverserai tes projets ; regarde-la revenir de la promenade, la petite Margarethe, et vois si c'est un morceau pour ton bedeau de neveu.

En effet, la petite Margarethe sautait joliment de voiture en disant : ft Merci, Fée ! » Sa petite figure ^commençait à s'ovaliser, ses yeux bruns caressaient les objets qu'elle fixait. Elle avait, d'une main un beau bouquet de lotus, de l'autre elle ramassait les plis de sa robe couleur d'aube. Elle rentra, et dit à Sita :

— Tiens, Fée, reprends vite tout cela, parce que l'oncle va rentrer ; il ne saurait être loin.

Elle remonta vite, tandis que le Mannequin rentrait la voiture, et redescendit aussitôt, ses cheveux bouclés sur son dos, en une petite robe de coton écarlate et une chemisette blanche sur laquelle il y avait, brodées, des étoiles vertes, tenant sur son bras sa robe de féerie, dans les mains un soleil d'épingles et deux colliers.

— Nous remettrons tout cela demain, dit la Princesse Sita. Au revoir,, je rentre dans mon livre.

HISTOIRE DE LA PETITE MARGARETHE li

Elle rouvrit le lourd tome qui se referma sur elle ; le Mannequin se remit en sa position immobile, et la petite, d'un air détaché, prit le gros livre, et se mit à regarder les images, les esclale forban b; I la princesse Si-

ta qui dormait en une belle robe d'or et de pierreri

ou faisait tic-tac : Agathina, à sa fenêit. en une rigidii tue ; tout était

tranquille dans la petite boutique de la rue aux Ëpices ; tout était méticuleux et les

mouches qui tournaient autour de la jacinthe de la fenêtre, avaient l'air, influencées par ce calorie charmant, de danser une pavane.

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