‹ Contes hollandaisChapitre 2 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

C'était un joli ^«SSS^ „eux; les bourgeois * ^ ^ iégers parafa du canal, *%£%*» des ponts japapets des ponts bombes fe viwUe Aga

Lis. GoWrukum^ * °° Epices, et marthina, avaient quitte la ru st!] d

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Ion époux, ^^eCsidérable, et auss.

prèSdeU^VruPetcasdeUvde,lavuepou-

loin que, dans w

vait s'étendre, les habitants de la rue aux Epices pouvaient se dénigrer ou s'admirer doucement, car aucun, jamais, ne commettait le geste déshonnête de se retourner. Ils sortaient en même temps, ils ne sortaient pas ensemble.

Après un canal dormant, et le raccourci d'une petite ruelle où l'on entendait de la musi-

ils furent dans la Grand'Rue et admirèrent, comme tous les soirs, les grandes barres de tabac d'Extrême-Orient, et les boîtes à thé, où des Chinoises d'étoffe jolie, montrent leurs petits pieds à des Chinois d'étoffe émerveillés, et les

entr'ouverts et remplis de café. Puis ils se pâmèrent sans mesure, devant de petites mai-

de leur pays, exposées là, pour tenter la bouts rangers, et qui étaient tout à fait

comme leurs petites maisons à eux, avec des meubles du même bois, et des draperies de même couleur, et de petits bonshommes bien copiés sur eux.

ce l'ut le tour des boutiques d'orfèvreries

les petites cuillers, en forme de pelles, [es grandes bagues hautes, les casques, les fronlails H les grandes boucles d'argent comme ils •mi avait-ut tous à leur ceinture. Puis au bout «le la Grand'Rue le pédagogue poussa la porte d'une bras tousfun eoir chacun à

leur table, et commencèrent à boire de la saine et fraîche bière blonde, prenant ainsi des forces pour bien dormir.

Ils étaient là depuis quelque temps ; le pédagogue critiquait la chaleur, tout en fumant la longue pipe en terre qui portait son nom en lettres d'émail, et à lui réservée dans ce paradis de la bière, vrai paradis, car la bière provenait directement d'Amsterdam, au lieu d'être brassée simplement et même vulgairement dans la cité. Le pédagogue avait poussé la condescendance jusqu'à se plaindre de cette température élevée au boucher Liefskron, qui lui avait répondu, la rougeur au front : « Faites comme moi », et ce disant, avait, d'un coup, vidé toute sa chope, «;t alors Goddrukum avait crié : « C'est bien, c'est bien », et en avait fait largement autant, lorsqu' entrèrent deux chanteurs qui prièrent qu'on leur permît d'exercer leur art ; le pédagogue calma la cabaretière, qui, déjà rogue, voulait faire respecter l'atmosphère purement contemplative de sa taverne.

— Laissez-les,... sinite parvulos...

Après quoi, le boucher affirma :

— Laissez faire, laissez chanter...

— Et de la bière, s'écria Goddrukum, qu'on les entende à l'aise.

Et les chanteurs chantaient :

Sur les bords fleuris de VY.

Droit comme un /,

Le beau jeune homme s'avance ;

aO sais-tu, jeune hoinm int,

Que la Sirène t attend

A l'auberge de la Hanse,

Qu re de Xérès

Et non loin d'un verre d'advocat, Le bonheur qu'elle t'évoqua

flamber comme un verre de punch, Tandis que tu bois comme éponge Le charme de ses yeux dé braise ?

Sache, beau jeune homme chai niant, le punch ne dure qu'un insU

C'est le feu follet d'un rêve !

C'est le soupir de la vague à la grève ! dis que la bière a bon en

Et donne réconfort aur douleurs,

Comme un bon poêle de la Holb,

Ou la plus douce houppelande.

e homm ant,

ourne, /• | temps,

pagne t'attend.

du du, a langueur.

Elle est fraîche La fourrure de l<> ,e.

— Bien ! s'écria le pédagogue, dommage qu'ils ne semblent pas trop croire à re qu'ils disent !

Goddrukum déclara, sentencieux :

— N'importe, l'enseignement est bon... de la bière, encore de la bière !

Et comme l'œil d'Agathina se fixait ^excrément sur lui :

— Encore un peu de bière.

Mais le cabaretier comprit sa pensée el tui apporta une des plus nobles doubles-pintes dont on eût gravé le couvercle d'étain aux armes de sa distinguée taverne : le Korenbeurs.

Mais les chanteurs de reprendre :

Le galant petit tailleur

Est parti pour faire la guerre ;

A sa ceinture une cuiller,

Une grande aiguille à son côté ;

Et encore pour arme meilleure

Il a ses ciseaux d'acier,

Et pour casque il a un dé,

Et pour casque il a un dé.

Devant, derrière, il est bardé De larges plaques de cuir Où s'émousse le fer étranger.

Ah ! il pourrait en cuire

A V adversaire —

A l'adversaire Du terrible petit tailleur.

// se bat pour une Hélène,

Toute vêtue de pure layie

Et qui porte turquoise à son doigt :

« Ma. belle d'abord et puis mon roi »

Telle est sa devise.

Il la coud sans aucune reprise Aux habits dont il a Ventreprise.

A son établi, le tailleur est roi.

Une pinte s'en alla, ellipsoïdale, couvrir de mou.--»' et de liquide un des chanteurs, cl Goddrukum encore qu'assez chancelant, brandit sa pipe et hurla :

— Respect aux tailleurs !

Mais le pédagogue intervint :

— Goddrukum, pouah ! vous en êtes déjà à votre dixième double-pinte, et en si peu de temps, pouah ! pouah !...

Et la mère Jacobsz, ajouta sévèrement : - Goddrukum, pourtant ce n'est pas votre anniversaire pour être ivre ainsi.

— Il boit, le jour de son anniversaire ? dit d'un ton pincé, le pédagogue.

— Oui, je bois, parce que ce jour-là. il y a quinze ans, il m'arriva la chose la plus extraordinaire.

— Eh ! qiîoi donc ?

— \ Goddrukum, dit Agalhina. soyez ou je m'en \

— Restez ou partez, je n'en ai cure... de la bière, encore un peu, un petit peu de bière. La double-pinte revint, et Goddrukum commença :

— Eh bien ! oui, c'était le soir ; j'étais allé aux Armes d'Orange, et j'avais bu, comme aujourd'hui, un verre de bière, oui, un verre de bière, boucher, oui, ma chère voisine, un petit verre de bière ; j'étais revenu et j'allais fermer mes volets '; j'étais dehors, tête nue, pour trouver mes volets ; il faisait assez beau, mais pas très clair, j'avais du mal à trouver la cliquette, lorsqu'un homme que je n'avais pas vu, me dit obligeamment : « Mynher Goddrukum, voici de la lumière » ; et, en effet, il y en eut de la lumière ! toute la rue aux Epices flambait comme un brasier.

— A quelle heure ? interrompit le pédagogue.

— A dix heures et demie du soir.

— Ce n'est jamais arrivé rue aux Epices !

— Pas avant dix heures et demie, mais à dix heures et demie, cette nuit-là, foi de Goddrukum, c'était vrai.

— Non, dit le pédagogue ; à cette heure parfois j'ouvre mon Virgile et,' par tes méandres de la rue aux Epices, où la lune cherche vainement le reflet d'une autre lampe que la mienne,

je jure que jamais, entre le trottoir de droite et

celui de gauche, n'apparut nul falot. Notre rue

paisible, le veilleur de nuit lui-même ne la tra-

se qu'en dormant ... Per arnica $ilentia„.

■ — Et moi. je dis, monsieur le professeur,

qu'alors vous dormez sur votre Virgile, car il se

dans la rue aux Epices plus de choses que

n'en contient votre philosophie.

- Ah ! ah ! ah ! ah ! huila le boucher ! veux-tu dire qu'on y vend la viande à faux poids, ciron d'établi 1

Assez, carré de veau, hurla Goddrukum, de.

ia Agathina, ne l'écoutez pas ; il a trop bu.

Laissez, reprit le pédagogue ; qu'il parle,

réfuterai s'il y a lieu.

— Eh bien ! cet homme qui avait une lumière,

sui\i de beaucoup d'autres qui portaient des lu-

mièr<\-. et qui étaient coiffés de turbans, et qui

avaient de longues robes, couleur d'or, couleur

otileur de sangi médit :« Seigneur

Goddrukum, Dieu, notre maître à tous, te donne

cette poupée, Vies-en bien soin, bien soin :

la provideftce de I si ton destin ».

.h- pris la poupée! el je retendis proprement

sur une pièce de drap. Elle \ resta bien quinze

jours, mais voici où commence l'extraordinaire; un jour, j'eus besoin de cette pièce de drap pour vous tailler un habit, monsieur le professeur, et je mis la poupée sur un gros livre, qu'une espèce d'aventurier, une, sorte de méprisable chanteur ambulant, m'avait laissé pour tout paiement .d'un très bel habit, tailladé, à crevés, pourpoint, etc., qu'il avait levé pour une représentation au grand théâtre, et alors voici la petite poupée qui s'anime, qui geint, qui crie, et pensez quel eût été mon ennui, si ma bonne voisine Agathina n'avait eu une chèvre.

— Oh ! oh ! hurla le boucher. Jamais Mme Agathina n'a eu de chèvre, n'est-ce pas Mme Agathina ?

— Et moi, je dis que vous aviez une chèvre, vous l'avez eue un ou deux jours, le temps que je confie la poupée à une nourrice, et depuis ce temps-là, la poupée a tété, vécu, et c'est la petite Margarethe ; voilà l'histoire de mon anniversaire.

— Eh bien ! dit Agathina, je dis que c'est piteux que douze doubles-pintes réduisent un homme à cet état. Mon neveu Nicklaus, qui est bon chrétien, et, de plus, le fiancé de Margarethe, ne ferait pas mal de vous épousseter la tête avec son bâton de cornouiller.

— Je me moque de Nicklaus comme de ma première couture, mais si je retrouvais un de ces maudits Egyptiens, de ces maudits chanteurs de Bohême, ou de n'importe où, qui vous laissent des livres en paiement de beaux et bons habits...

Mal coupés, dit une voix.

-— De beaux habits bien taillés...

— Mal cousus, reprit un des chanteurs.

M. Goddrukum, vous insultez tous les chanteurs, oseriez-vous" affirmer que c'est de moi que vous avez à vous plaindre ?

— Peut-être oui, peut-être non ; j'aime mieux ne pas approfondir.

— Tant mieux, j'ai le devoir, vous le comprendrez, monsieur, de prendre parti pour ma corporation.

Goddrukum marmonna quelque chose ; mais le chanteur, un grand diable basané, n'y apporta plus nulle attention. Il s'en alla avec son confrère, et ils avaient à peine passé la porte qu'on entendit, comme un «liant triomphal :

Amsterdam, Rotterdam Idrukum ux.

petit et belliqueux tailleur b' a la

poursuite des mauvais plaisants, mais comme il y avait un pas, il se fit une bosse au front.

Et, comme sonnaient dix heures, tout le monde s'en fut en file pour retrouver la rue aux Epices ; tout ce monde faisait un peu froide mine à cet ivrogne de Goddrukum, mais le boucher Liefskron, qui était bonne âme, l'empoigna d'un bras solide et le remit dans sa boutique où, sous les auspices de la voisine Agathina, il retendit sur son lit, en proie à un sommeil plutôt opaque.

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