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Contes industriels

Un désir nous obsédait depuis longtemps. Nous voulions publiquement honorer l'industrie eotonnière, qui est une de nos gloires nationales ; nous voulions raconter ses luttes, ses courageux efforts, dire les miracles qu'elle a accomplis, citer les noms des industriels habiles, des mécaniciens ingénieux qui ont créé et perfectionné celte production devenue une des sources les plus fécondes de notre richesse, l'aliment le plus puissant de notre activité. Pour cela , il fallait

feuilleter des livres, compulser des documents officiels, grouper des chiffres, toutes choses fort intéressantes sans doute, mais peu récréatives, nous n'avions cependant pas reculé devant cette tâche, et déjà nous étions en mesure de dire trèsexactement combien la France recevait, il y a un quart de siècle, de balles de coton d'Alexandrie et des États-Unis ; combien elle en reçoit aujourd'hui ; combien d'usines se sont élevées ; combien d'ouvriers elles occupent. Nous aurions pu môme, au besoin, vous faire la description des machines à l'aide desquelles on obtient ces fils d'une ténuité fabuleuse, « ces tissus plus légers que des ailes d'abeilles, » suivant l'expression du grand poète proscrit, ces impressions que le monde entier admire, etc.

Mais, il faut bien le dire, ces récits didactiques, très-instructifs d'ailleurs, n'auraient pas été amusants. Nous reculions donc lâchement devant notre projet, quand une heureuse rencontre nous a tirés de peine. Une vieille robe de mousseline fanée, frangée, souillée, couverte de blessures, nous a raconté ses jours de gloire et de malheur, sa grandeur et sa décadence. L'infortunée était tristement suspendue au crochet d'un magasin de la rue Joquelet, chez une marchande à la toilette,

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