‹ Contes industrielsChapitre 14 sur 30 · D'UNE GLACE · texte numérisé non relu

D'UNE GLACE

pûl s'imprégner de l'étamage. Je restai longtemps dans cet état, mais enfin je sortis triomphante de ces rudes épreuves. Venise était écrasée; jamais dans ses manufactures, jamais dans l'antiquité, en Chine, à Tyr, à Sidon, à Carthage, jamais un produit aussi beau n'était sorti des mains de l'homme. La France venait de doter le monde d'une création nouvelle!

« Mon Dieu! que j'étais fière, que j'étais admirée et fêtée ! Je fus transportée à la cour. Que de gra* cieux visages ! que de charmants et perfides sou« rires ! Le régent dit un jour à Dubois que Mme de Parabère ayant témoigné le désir de m'avoir dans son boudoir, U fallait m'y faire placer. J'étais alors entourée de dorures et de peintures ravissantes. Ce que je vis, ce que j'entendis dans ce voluptueux réduit, je ne vous le dirai pas, monsieur ! J'en rougis encore.

« Permettez-moi de passer sur ces détails, que je ne consignerai pas même dans mes ménioires secrets, car si une glace n'est pas discrète, qui donc le sera ?

« Je passai ainsi de boudoir en boudoir. Lors de la Révolution, je fus brisée sans pitié par des mains sacrilèges. Le père du barbier chez lequel je suis aujourd'hui ramassa un de mes débris et

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