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Étranger

2. Dans le conte de Boccace (journée ÎX nouvelle x du Décanié-

Messire Jean par le nombril commence,

Pose de-sus une main, en disant :

« Que ceci soit beau poitrail de jument. »

Puis cette main dans le pays s'avance.

L'autre s'en va transformer ces deux monts

Qu'en nos climats les gens nomment tétons ;

Car, quant à ceux qui sur l'autre hémisphère

Sont étendus, plus vastes en leur tour,

Par révérence on ne les nomme guère.

Messire Jean leur fait aussi sa cour,

Disant toujours, pour la cérémonie :

« Que ceci soit telle ou telle partie,

Ou belle croupe, ou beaux flancs, tout enfin. »

Tant de façons mettoient Pierre en chagrin ;

Et, ne voyant nul progrès à la chose.

Il prioit Dieu pour la métamorphose.

C'étoit en vain: car de l'enchantement

Toute la force et l'accomplissement

Gisoit à mettre une queue à la bête.

Tel ornement est chose fort honnête :

Jean, ne voulant un tel point oublier.

L'attache donc\ Lors Pierre de crier,

ron), messire Jean met une chandelle allumée en la main de maître Pierre.

l. Dans le fabliau de la Damoiselle qui volt voler en l'air, le clerc dit

à la damoiselle :

A voler bien vos aprei drai, Car rart dou faire bien en sai.

Bec, eles et coe vos faut

Si haut qu'on l'eût entendu d'une lieue :

« Messire Jean, je n'y veux point de queue!

Vous l'attachez trop bas, messire Jean? »

Pierre h crier ne fut si diligent

Que bonne part de la cérémonie

Ne fût déjà par le prêtre accomplie.

A bonne fin le reste auroit été

Si, non content d'avoir déjà parlé,

Pierre encor n'eût tiré par la soutane

Le curé Jean, qui lui dit : » Foin de toi!

T'avois-je pas recommandé, gros âne.

De ne rien dire, et de demeurer coi?

Tout est gâté, ne t'en prends qu'à toi-même. »

Pendant ces mots l'époux gronde à part soi.

Magdeleine est en un courroux extrême.

Querelle Pierre, et lui dit : » Malheureux '

Tu ne seras qu'un misérable gueux

Toute ta vie! Et puis viens-t'-en me braire,

Viens me conter ta faim et ta douleur !

Voyez un peu, monsieur notre pasteur

Por vous faire voler en haut, Et bien les conviont atiacher Por vos en l'air faire voler.

Et plus loin

Li tiers entent a son affaire.

Et pense de la eue faire.

No li chaut gaires s'ele hoingne, Moult bien entent à sa besoinga*.

Veut de sa grâce à ce traîne-malheur* Montrer de quoi finir notre raisère :

Mérite-t-il le bien qu'on lui veut faire? Mes.sire Jean, laissons là cet oison :

Tous les matins, tandis que ce veau lie Ses choux, ses aulx, ses herbes, son oignon, Sans l'avertir venez à la maison ; Vous me rendrez une jument polie. »

Pierre reprit : «Plus de jument, ma mie; Je suis content de n'avoir qu'un grison. »

1 . Cet homme constamment malheureux ; expression énergique, et qui est je crois, de jlnvention de notre poëte. (W.)

PÂTÉ DANGUILLE- 249

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