Ne vous feront pas défaut
268 QUATiUEME PARTIE.
Eiitretenoient un mén ige assez mince.
De l'aller voir Amour n'eut à mépris,
Y conduisant un de ses bons amis,
C'est cocuage ; il fut de la partie :
Dieux familiers et sans cérémonie ;
Se trouvant bien dans toute hôtellerie :
Tout est pour eux bon gîte et bon logis,
Sans regarde!- Si c'est louvie ou cabane.
Un drôle donc caressoit madame Anne;
Ils en ctoient sur un point, sur un point...
C'est dire assez de ne le dire point;
Lorsque l'époux revient tout hors d'haleine
Du cabaret, justement, justement...
C'est dire encor ceci bien clairement.
un le maudit; nos gens sont fort en peine.
Tout ce qu'on put fut de cacher 1 amant;
Dn vous le serre en hâte et promptement
Sous un cuvier dans une cour prochaine.
Tout en entrant l'époux dit : « J'ai vendu
?«otre cuvier. — Combien? dit madame Anne.
Quinze beaux francs. — Va, tu n'es qu'un gros âne,
Rep irtit-elle; et je t'ai d'un écu
Fait aujourd'hui profit par mon adresse,
L'ayant vendu six écus avant toi.
Le marchand voit s'il est de bon aloi,
Et par dedans le tàte pièce à pièce.
Examinant si tout est comme il faut,
LE GUVIER. 269
Si quelque endroit n'a point quelque défaut.
Que ferois-tu, malheureux, sans ta femme?
Monsieur s'en va chopiner, cependant
Qu'on se tourmente ici le corps et l'âme;
il faut agir sans cesse en l'attendant.
Je n'ai goûté jusqu'ici nulle joie :
J'en goûterai désormais, attends-t'y.
Voyez un peu : le galant a bon foie * ;
Je suis d'avis qu'on laisse à tel mari
Telle moitié! — Doucement, notre épouse.
Dit le bonhomme. Or sus, monsieur, sortez;
Çà, que je racle un peu de tous côtés
Votre cuvier, et puis que je l'arrouse -;
Par ce moyen vous verrez s'il tient eau :
Je vous réponds qu'il n'est moins bon que beau. ^)
Le galant sort; l'époux entre en sa place.
Racle par tout, la chandelle à la main.
Deçà, delà, sans qu'il se doute brin
1. C'est-à-dire est tranquille et confiant, u Vous avez bon foie, Dieu vous sauve la rate, se dit quand un homme est paisible et va trop à la bonne foi, sans prendre de peine. » (Leroux, Dictionnaire comique, satirique et critique.)
"2. Pour je l'arrose, et selon la prononciation de certains paysans qui ont conservé l'ancien usage: car dans notre vieux langage, ou disait souvent arrouser pour arroser, et rousée pour rosée.
. . . . Si m'acheminai, A une santé pou battue, Toute (DToiisée lie rousre; Car douce étoit la matinée.
Dicl. du Li/on.)
270 QUATRIÈMIi PARTIE.
De ce qu'Amour en dehors vous lui brasse : Rien n'en put voir ; et pendant qu'il repasse Sur chaque endroit, affublé du cuveau, Les dieux susdits lui viennent de nouveau Rendre visite, imposant un ouvrage A nos amants bien différent du sien.
11 regratta, gratta, frotta si bien Que notre couple, ayant repris courage, Reprit aussi le û\ de l'entretien Qu'a voit troublé le galant personnage.
Dire comment le tout se put passer.
Ami lecteur, tu dois m'en dispenser ; Suffit que j'ai très-bien prouvé ma thèse. Ce tour fripon du couple augnientoit l'aise ; Nul d'eux n'étoit à tels jeux apprentif. Soyez amant, vous serez inventif.
La chose impossible. 27<