‹ ContesChapitre 131 sur 193 · Duègnes. Le mot espagnol est duena · texte numérisé non relu

Duègnes. Le mot espagnol est duena

Que je vous aime, et que je vous sais gré De ce dessein ! Venez, je descendrai.

— C'est vous qui parle. Eh ! plût au ciel, madame, Qu'on vous osât embrasser les genoux !...

— Mon Magnifique, à tantôt: votre flamme Ne craindra point les regards d'un jaloux. »

L'amant la quitte, et feint d'être en courroux ;

Puis, tout grondant : « Vous me la donnez bonne,

Aldobrandin ! je n'entendois cela.

Autant vaudroit n'être avecque personne

Que d'être avec madame que voilà.

Si vous trouvez chevaux à ce prix-là,

Vous les devez prendre sur ma parole.

Le mien hennit du moins ; mais cette idole

Est proprement un fort joli poisson.

Or sus, j'en liens; ce m'est une leçon.

Quiconque veut le reste du quart d'heure

N'a qu'à parler; j'en ferai juste prix. »

Aldobrandin rit si fort qu'il en pleure.

« Ces jeunes gens, dit-il, en leurs esprits

Mettent toujours quelque haute entre|)rise.

Notre féal, vous lâchez trop tôt prise ;

Avec le temps on en viendroit à bout.

J'y tiendrai l'œil : car ce n'est pas là tout :

Nous y savons encor quelque rubrique :

Et cependant, monsieur le Magnifique,

La haquenée est nettement à nous :

Plus ne fera de dépense chez vous.

Dès aujourd'hui, qu'il ne vous en déplaise,

Vous me verrez dessus fort à mon aise

Dans le chemin de ma maison des champs. »

11 n'y manqua, sur le soir ; et nos gens Au rendez-vous tout aissi peu manquèrent. Dire comment les choses s'y passèrent.

C'est un détail trop lon^; ; lecteur prudent, Je m'en remets àton bon jugement :

La dame étoit jeune, fringante et belle. L'amant bien fait, et tous deux fort épris. Trois rendez-vous coup sur coup furent pris : Moins n'en valoit si gentille femelle.

Aucun péril, nul mauvais accident, Bons dormitifs en or comme en argent Aux douagnas, et bonne sentinelle.

Un pavilbn vers le bout du jardin Vint à propos : messire Aldobrandiu Ne l'avoit fait bâtir pour cet usage.

Conclusion, qu'il prit en cocuage Tous ses degrés : un seul ne lui manqua, Tant sut jouer son jeu la haquenée 1 Content ne fui d'une seule journée Pour l'éprouver ; aux champs il demeura

l.K MAGNIFIQUE. 2S5

Trois jours entiers, sans doute ni scrupuie. J'en connois bien qui ne sont si chanceux : (^ar ils ont femme, et n'ont cheval ni mule, Sachant de plus tout ce qu'on fait chez eus.

286 QUATHFÈiMF PARTIE

On m'engage à conter d'une manière honnête

Le sujet d'un de ces tableaux

Sur lesquels on met des rideaux;

Il me faut tirer de ma tête INombre de traits nouveaux, piquants, et délicats,

Qui disent et ne disent pas,

Et qui soient entendus sans notes

Des Agnès même les plus sottes.

Ce n'est pas coucher gros ^; ces extrêmes Agnès

Sont oiseaux qu'on ne vit jamais.

Toute matrone sage, à ce que dit Catulle, Regarde volontiers le gigantesque don

1. Ce n'est pas mettre un fort enjeu, ce n'est pas hasarder beaucoup.

Fait au fruit de Vénus par la main de Junon ' : A ce plaisant objet si quelqu'une recule,

Celte quelqu'une dissimule.

Ce principe posé, pourquoi plus de scrupule, Pourquoi moins de licence aux oreilles qu'aux yeux? Puisqu'on le veut ainsi, je ferai de mon mieux : Nuls traits à découvert n'auront ici de place ; Tout y sera voilé, mais de gaze, et si bien

Que je crois qu'on n'en perdra rien.

Qui pense finement et s'exprime avec grâce Fait tout passer, car tout passe :

Je l'ai cent fois éprouvé , Quand le mot est bien trouvé, Le sexe, en sa faveur, à la chose pardonne : Ce n'est plus elle alors, c'est elle encore pourtant ;

Vous ne faites rougir personne;

Et tout le monde vous entend.

J'ai besoin aujourd'hui de cet art important. Pourquoi, me dira-t-on, puisque sur ces merveilles Le sexe porte l'œil sans toutes ces façons? Je répond? à cela : Chastes sont ses oreilles,

Encor que les yeux soient fripons.

Je veux, quoi qu'il en soit, expliquer à des belles

1. .\Uusion à ces deux vers d'une épigramme latine, qui n'est pas de ■Catulle, mais d'un anonyme {Priapeia, viii) :

Nimiruni sapiunt videntque magnam Malronœ quoquo menlulam libenter.

•^î^^ QUATRIÈME PARTIE.

Cette chaise rompue, et ce rustre tombé. Muses, venez m' aider : mais vous êtes pucelles, Au joli jeu d'amour ne sacliant A ni B. Muses, ne bougez donc; seulement par bonté Dites au dieu des vers que dans mon entreprisse

Il est bon qu'il me favori e,

Et de mes mots fasse le choix,

Ou je dirai quelque sottise Qui me fera donner du busqué sur les doigts \ C'est assez raisonner ; venons à la peinture :

Elle contient une aventure

Arrivée au pays d'Amours.

Jadis la ville de Gythère

Avoit en l'un de ses faubourgs «- Un monastère ;

Vénus en fit un séminaire :

Il était de nonnains, et je puis dire ainsi

Qu'il étoit de galants aussi.

En ce lieu hantoieni d'ordinaire Gens de cour, gens de ville, et sacrificateurs %

Et docteurs.

Et bacheliers surtout. Un de ce dernier ordre Rassoit dans la maison pour être des amis.

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