‹ ContesChapitre 142 sur 193 · LE STRATAGÈME · texte numérisé non relu

LE STRATAGÈME

Je ne connois rhéteur ni maître es arls Tel que l'Amour; il excelle en bien dire: Ses arguments, ce sont de doux regards, De tendres pleurs, un gracieux sourire.

La guerre aussi s'exerce en son empire : Tantôt il met aux champs ses étendards ; Tantôt, couvrant sa marche et ses finesses, 11 prend des cœurs entourés de remparts. Je le soutiens : posez deux forteresses ; Qu'il en batte une, une autre le dieu Mars; Que celui-ci fasse agir tout un monde.

Qu'il soit armé, qu'il ne lui manque rien: Devant son fort je veux qu'il se morfonde ;

Amour tout nu feia rendre le sien :

C'est l'inventeur des tours et stratagèmes.

Je vais dire un de mes plus favoris :

J'en ai bien lu, j'en vois pratiquer mêmes ',

Et d'assez bons, qui ne sont rien au prix.

La jeune Aminte, à Géronte donnée, Méritoit mieux qu'un si triste h\ menée : Elle avoit pris en cet homme un époux Malgracieux, incommode, et jaloux.

11 étoit vieux; elle, à peine en cet âge Où, quand un cœur n'a point encore aimé, D'un doux objet il est bientôt charmé.

Celui d'Aminte ayant sur son passage Tniiivé Cléon, beau, bien fait, jeune, et sage. Il s'acquitta de ce premier tribut.

Trop bien peut-être, et mieux qu'il ne fallut : Non toutefois que la belle n'oppose Devoir et tout à ce doux sejitimient; Mais loi-squ'\mour preud le fatal moment*, Devoir et tout, et rien, c'est même chose. Le but d'Aminte en cette passion Étoit, sans plus, la consolaiion

1. Même s'écrivait anciennement avec un s, et très-souvent encore on l'écrivait ainsi au xvii' siècle. (Voyez notre édition de Molière, t. l, p. 158, note 2.)

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