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Soucis, ennuis

■2. Cette exclamation Iraduil la pensée d'.Aminte

332 CINQUifîME PARTIE

Par un beau jour eut de la jeune Aminle Ce compliment, ou plutôt cette plainte : « Je ne sais pas pourquoi votre parent, Qui m'est et fut toujours indiiïérent.

Et le sera tout le temps de ma vie, A de m'aimer conçu la fantaisie.

Sous ma fenêtre il passe incessamment; Je ne saurois faire un pas seulement Que je ne l'aie aussitôt à mes trousses ; Lettres, billets pleins de paroles douces, Me sont donnés par une dont ie nom Vous est connu : je le tais, pour raison. Faites cesser, pour Dieu ! cette poursuite : Elle n'aura qu'une mauvaise suite ; Mon mari peut prendre feu là-dessus.

Quant à Cléon, ses pas sont superflus:

Dites-le-lui de ma part, je vous prie. » Madame Alis la loue, et lui promet De voir Cléon, de lui parler si net Que de l'aimer il n'aura plus d'envie.

Cléon va voir Alis le lendemain :

Elle lui parle, et le pauvre homme nie Avec serment qu'il eût un tel dessein.

Madame Alis l'appelle enfant du diable.

« Tout vilain cas, dit-elle, est reniable; Ces serments vains et peu dignes de foi

LA CONFIDENTIi SANS LE SAVOIR. 333

Mériteroient qu'on vous fît votre sauce*. Laissons cela : la chose est vraie ou fausse, Mais fausse ou vraie, il faut, et croyez-moi, Vous mettre bien dans la tête qu'Aminte Est femme sage, honnête, et hors d'atteinte. Renoncez-y. — Je le puis aisément, »

Reprit Gléon. Puis, au même moment, Il va chez lui songer à cette affaire : Rien ne lui peut débrouiller le mystère.

Trois jours n'étoient passés entièrement

Que revoici chez Alis notre belle.

«Vous n'avez, pas, madame, lui dit-elle,

Encore vu, je pense, notre amant ;

De plus en plus sa poursuite s'augmente. »

Madame Alis s'emporte, se tourmente :

«Quel malheureux! » Puis, l'autre la quittant,

Elle le mande. Il vient tout à l'instant.

Dire en quels mots Alis fit sa harangue,

II me faudroit une langue de fer;

Et, quand de fer j'aurois même la langue.

Je n'y pourrois parvenir : tout l'enfer

Fut employé dans cette réprimande.

«Allez, Satan; allez, vrai Lucifer,

1. Expression proverbiale pour dire : qu'on vous traitât comme vous le méritez.

Maudit de Dieu ! » La fureur fut si grande Que le pauvre homme, étourdi dès l'abord, Ne sut que dire. Avouer qu'il eût tort, G'étoit trahir par trop sa conscience.

Il s'en retourne, il rumine, il repense, il rêve tant qu'enfm il dit en soi :

« Si c'étoit là quelque ruse d'Aminte!

Je trouve, hélas! mon devoir dans sa plainte. Elle me dit : 0 Gléon! aime-moi, Aime-moi donc, en disant que je l'aime. Je l'aime aussi, tant pour son stratagème Que pour ses traits. J'avoue en bonne foi Que mon esprit d'abord n'y voyoit goutte; Mais à présent je ne fais aucun doute : Aminte veut mon C(rur assurément.

Ah! si j'osois, dès ce même moment Je l'irois voir; et, plein de confiance, Je lui dirois quelle est l.i violence, Quel est le feu dont je me sens épris. Pourquoi n'oser? Offense pour offense, L'amour vaut mieux encor que le mépris. Mais si l'époux m'attrapoit au logis !... Laissons-la faire, et laissons-nous conduire. »

Trois autres jours n'éloient passés encor Qu' Aminte va chez Alis, pour instruire Son cher Gléon du bonheur de son sort.

LA COx\ FI DENTE SANS LE SAVOIR. 335

« Il faut, dit-elle, enfin que je déserte;

Votre parent a résolu ma perte;

Il me prétend avoir par des présents :

Moi, des présents, c'est bien choisir sa femme.

Tenez, voilà rubis et diamants;

Voilà bien pis : c'est mon portrait, madame.

Assurément de mémoire on l'a fait,

Car mon époux a tout seul mon portrait.

A mon lever, cette personne honnête

Que vous savez, et dont je tais le nom,

S'en est venue, et m'a laissé ce don.

Votre parent mérite qu'à la tête

On le lui jette, et, s'il étoit ici...

Je ne me sens presque pas de colères

Oyez - le reste : il m'a fait dire aussi

Qu'il sait fort bian qu'aujourd'hui pour aiïaire

Mon mari couche à sa maison des champs ;

Qu'incontinent qu'il croira que mes gens

Seront couchés et dans leur premier somme.

Il se rendra devers mon cabinet.

Qu'espère-t-il? Pour qui me prend cet homme?

tn rendez-vous! est-il fol en elTet?

Sans que je crains de commettre Géronte*,

Jj poserois tantôt un si bon guet,

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