LE^ DEUX COMPÈRES
:ONTE TIRÉ DBS CENT NOUVELLES NOtiVELLES».
L'amitié, de tous temps, fat le lien des hommes ; De tous temps, on a vu des illustres amis
1. cette indication est fausse : il en est de mên.e pour les P-;-'^"";;";;^ des contes suivrnts. qu, n'ont rien de .omn^un avec Boccace. Mar,.t. Mach.avnl, etc.
Se tenir plus qu'ils ne s'étoient promis, Et pour de petits prêts rendre de grosses sommes.
Mais l'on n'est pas toujours heureux
Lorsque l'on est si généreux :
Car celui qui, par pure offrande.
Donne plus qu'on ne lui demande,
Est fort sujet à recevoir
Bien plus qu'il ne vouloit avoir; Témoin compère George et le compère Biaise, Qui n'eurent pas sujet d'être fort aise
Des avis qu'ils s'étoient donnés,
Dont ils furent fort étonnés
Et dont ils eurent de la honte.
Je vais vous en faire le conte.
Les filles bien souvent se dérangent un peu. Surtout à certain âge où le sang leur pétille,
Où dans le front les yeux leur brille, Enfin lorsque l'amour leui* fait sontir son feu.
Compère Biaise en avoit une,
Oui cherchoit déjà sa fortunp, Et qui mangeoit des yeux les ven.mts et allants.
Pour se procurer des galants, Non pas de ceux d^squels on joue à la toupie,
Mais dont l'on joue à d'autres jeux
Que savent bien les amoureux.
Elle s'acquit enfin un drôle vigoureux
Et qui n'avoit pas la roupie.
George s'en aperçut, et les vit plusieurs fois
Qui s'entre-chatouilloient les doigts.
Il crut devoir en avertir le père :
< Je suis trop votre ami, lui dit-il, mon compère,
Pour ne pas vous donner avis De tout ce qui vous touche et qui peut avoir suite
Votre fille a plusieurs amis; Mais surtout un, qu'il faudra qu'elle évite : Richard est riche; il n'est que trop bien fait; Mais ce n'est |jas là votre fait, Car vous savez bien que ce drille N'est pas dans le dessein d'épouser votre fille:
Elle n'est pas de sa condition ; Vous devriez empêcher la conversation.
J'ai pourtant aperçu qu'elle en étoit coiffée : Richard pourroit avoir été trouver la fée Pour un philtre amoureux, pour un sort, que sait-on? Il est bon d'écouter le vieux Qu'en dira-t-on ; Votre fllle est coquette un peu, ne vous déplaise.
— Grand merci de l'avis, répond compère Biaise, Je suivrai vos conseils. » A quelques jours dn là, Biaise rencontra George, et ainsi lui parla :
« Vous m'avez averti des amours de ma fille ; Je vous suis obligé des soins de ma famille; Et je serois ingrat en ne vous disant pas
Un certain cas Qui grandement vous touche ; Mais je crains bien qu'aussi vous ne preniez li mouche :
C;ir en effet, 11 n'est plus de remède, et le mal est tout fait.
— Non, parlez hardiment, dit le compère George ; Je n'en sonnerai mot, ou le diable m'égorge !
— Puisque vous me le permettez.
Dit Biaise, et que vous promettez De n'en avoir jamais contre moi de rancune,
Je vous dirai sans fourbe aucune Que Jeanne vous a fait gros oiseau du printemps ». Chez la grosse Gâteau, souvent, à la maraude,