‹ ContesChapitre 161 sur 193 · QUE MOURIR DE FAIM · texte numérisé non relu

QUE MOURIR DE FAIM

Fabrice, dès longtemps, près d'une belle dame, Tiroit de la poudre aux moineaux ; Et quoiqu'il fît et festins et cadeaux. L'ingrate cependant se moquoit de sa llamn.e :

Exagérant sa forte passion, L'excès de son ardeur, la grandeur de sa peine,

11 la trouvoit plus inhumaine, F.t son amour tournoit à sa confusion.

lin jour enfin, lassé de sa persévérance. Voulant de son amour avoir la récompense, Chez elle il s'en alla pour la pous^r à bout ; Mais il y rencontra seulement la servante. Qui, plus douce et plus indulgente, Facilement lui permit tout.

C'^ doux combat, ce'te amoureuse lice

Plut tant au vigoureux Fabrice Qu'il ne manquoit, ou de jour ou de nuit. Sous prétexte de voir son Ingrate maîtresse. De faire naître avec adresse Un rendez-vous pour l*amoureux déduit; Mais quoirpi'il eût les yeux à Perte ', L'afifaire, par malheur, fut un jour découverte. Et la maîtresse avec juste raison :

1 Au guet; en italien, a l'erla; d'où le mot nierte

« O'ioi ! vous venez, ô Fabrice, dit-elle,

Me faire tenir la chandelle Pour vos plaisirs, jusque dans ma maison Encore, si cette servante Étoit d'une beauté charmante, J'excuserois peut-être votre erreur; Mais une petite souillarde.

Une laidron, une bavarde !

Il y va trop de votre honneur! »

Fabrice, voyant donc qu'on lui chantoit sa gamme.

Poussé d'un dépit amoureux, Répondit: « Il est vrai, j'ai failli ; mais, madame, iNe suis-je pas bien malheureux?

Pour vos beaux yeux je soupire sans cesse Sans obtenir une seule caresse ; M'avpz-vous soulagé même d'un doux regard ? Faisant ce que j'ai fait, l'offense est-elle grande Et ne vaut-il pas mieux se repaître de lard Que de mourir de faim près d'une bonne viande ? «

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