‹ ContesChapitre 176 sur 193 · LES DEUX TESTAMENTS · texte numérisé non relu

LES DEUX TESTAMENTS

Une femme airaoit son mari ' : ,

Telles femmes ne viv(-nt guères.

Celle-ci, qui n'avoit enfant, ni sœurs ni frères, Sur le point de mourir, fait venir un notaire. Elle veut tout donner à son époux chéri. Mais le moyen ? La loi, la coutume est contraire. On songe: Il faut, dit-on, un ami généreux,

Dont on fasse un dépositaire

Sous le titre d'un légataire.

« Moi, dit le mari, j'en ai deux :

l. M. de Falentii', avocat au Conseil on 168S. (A'o/e du Hecueil de Trallage)

L'un* d'une ?ages?e exemplaire,

D'une exemplaire piété ;

L'autre^ moins dévot, moins austère,

Mais fort homme de probité.

Le choix fait ma difficulté.

— Faites mieux, dit quelqu'un ; pour plus de sûreté (On n'en sauroit trop prendre en une telle affaire), Faites deux testaments en fidéicommis.

Tous deux chargés du nom de l'un de vos amis.

L'un fait dans la forme ordinaire.

L'autre fait pour le révoquer

En cas qu'on vînt à vous manquer;

Car, que sait-on? tout se peut faire. » Ainsi dit, ainsi fait. Le mal, rendu plus fort, Réduit en peu de temps la malade à la mon. On scelle; les parents, ardents cà l'héritage. Déjà par souche entre eux en régloient le partage; Mais l'un des testaments, bien en forme produit, De leur partage vain leur fait perdre le fruit. On avoit déclaré pour légataire unique Un homme de venu, de sagesse authentique, Un grave magistrat ', qui, nouvel héritier, Bientôt d'habits de deuil noircit tout le quartier. Le mari, cependant, après quelques journées A la cérémonie, à la douleur données.

Va trouver son ami, pour tâcher à peu près De savoir quel usage il veut faire du legs. Dès qu'il en touche un mot, le magistrat en garde : a Dieu, dit-il, par sa grâce, en pitié me regarde; J'étois chargé d'enfants, dans sa crainte élevés,

1. M. Henr.equin, procureur g(inéral du grand Conseil. [Note dn Recueil dt Crienne.)

2. M. le président de Bragelonne. (i\cte du lircueil de Brienne.)

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