L'église. (Voyez t. UI, p. 262, note
94 TROISIÈME PAUTiE.
Le oui fut dit à la chandelle.
L'époux voulut avec la belle S'en aller coucher au retour.
Elle demande encor ce jour, Et ne l'obtient qu'avecque peine; Il fallut pourtant y passer.
Comme l'aurore étoit prochaine, L'épouse, au lieu de se coucher, S'habille. On eût dit une reine.
Rien ne manquoil aux vêtements.
Perles, joyaux et diamants :
Son épousé la faisoit dame'.
Son ami, pour la faire femme, Prend heure avec elle au matin :
Ils dévoient aller au jardin Dans un bois propre à telle affaire; Lne compagne y devoit faire Le guet autour de nos amants, Compagne instruite du mystère.
Le belle s'y rend la première, Sous le prétexte d'aller faire Un bouquet, dit-elle, à ses gens.
Nicaise, après quelques moments,
7. La mettait dans un haut rang, l'anoblissait. Les femmes mariées de la bourgeoisie n'avaient droit qu'au nom de demoiselle.
NIGAISE. C5
La va trouver ; et le bon sire,
Voyant le lieu, se met à dire:
« Qu'il fait ici d'humidité!
Foin ! votre habit sera gâté ;
Il est beau, ce seroit dommage:
Souffrez, sans tarder davantage,
Que j'aille quérir un tapis.
— Eh! mon Dieu! laissons les habits,
Dit la belle toute piquée ;
Je dirai que je suis tombée.
Pour la perte, n'y songez point :
Quanrl on a temps si fort à point,
Il en faut user; et périssent
Tous les vêtements du pays;
Que plutôt tous les beaux habits
Soient gâtés, et qu'ils se salissent,
Que d'aller ainsi consumer
Un quart d'heure! un quart d'heure est cher.
Tandis que tous les gens agissent
Pour ma noce, il ne tient qu'à vous
D'employer des moments si doux.
Ge q :t' je dis ne me sied guère;
Mais je vous chéris, et vous veux
Rendre honnête homme*, si je peux.
— En vérité, dit l'amoureux,
1» Voyez c'-dessus, p. '22, uote 1, et p. 75, noie 2.
Conserver étoffe si chère
Ne sera point mal fait à nous.
Je cours : c'est fait, je suis à vous;
Deux minutes feront l'affaire. »
Là-dessus il part, sans laisser
Le temps de lui rien répliquer.
Sa sottise guérit la dame;
Un tel dédain lui vint en l'âme
Qu'elle reprit dès ce moment
Son cœur, que trop indignement
Elle avoit placé. «Quelle honte 1
Prince des sots, dit-elle en soi.
Va, je n'ai nul regret de toi :
Tout autre eût été mieux mon compte.
Mon bon ange a considéré
Que tu n'a vois pas mérité
Une faveur si précieuse;
Je ne veux plus être amoureuse
Que de mon mari : j'en fais vœu.
Et de peur qu'un reste de feu
A le trahir ne me rengage,
Je vais, sans tarder davantage.
Lui porter un bien qu'il au roi t,
Quand Nicaise en son lieu seroits »
A ces mots, la pauvre épousée
Sort du bois, fort scandalisée.