NIC AISE
De part et d'autre soupiré
Que, leur feu dûment déclaré,
Les jeunes gens, comme on peut croire,
Ne s'épargnèrent ni serments,
Ni d'autres points bien plus charmants,
Comme baisers à grosse usure ;
Le tout sans compte et sans mesure :
Calculateur que fût l'amant,
Brouiller falloit incessamment;
La chose étoit tant infinie
Qu'il y faisoit toujours abus\
Somme toute, il n'y manquoit plus
Qu'une seule cérémonie.
Bon fait aux filles l'épargner.
Ce ne fut pas sans témoi-ner
Bien du regret, bien de l'envie.
« Par vous, disoit la belle amie.
Je me la veux faire enseigner,
Ou ne la savoir de ma vie.
Je la saurai, je vous promets ;
Tenez-vous certain désormais
On se rappelle les vers de Catulle à Lesbie :
Da mi basia mille, deinde centum, Dein mille altéra, dein secunda ce.ilum, Dein usque altéra mille, deinde centum.
Dein, quum millia multa feccrimus, Conturbabimus illa, ne sciamus, Aut ne quis malus invidere possit, Quum tantum sciât esse bniioium.
9Î TROISIÈ.ME PARTIE.
De m'avoir pour votre apprentie.
Je ne puis pour vous que ce point.
Je suis franche; n'attendez point Que, par un langage ordinaire, Je vous promette de me faire Religieuse, à moins qu'un jour L'hymen ne suive notre amour.
Cet hymen seroit bien mon compte.
N'en doutez point; mais le moyen?
Vous m'aimez trop pour vouloir rien Qui me pût causer de la honte.
Tels et tels m'ont fait demander; Mon père est prêt de m'accorder'.
Moi, je vous permets d'espérer Qu'à qui que ce soit qu'on m'engage, Soit conseiller, soit président, Soit veille ou jour de mariage, Je serai vôtre auparavant.
Et vous aurez mon pucelage. »
Le garçon la remercia
Gomme il put. A huit jours de là.
Il s'offre un parti d'importance.
1. Prêt de, dans le sens de disposé à, est employé par tous les grands écrivains du xvii* siècle. La distinction rigoureuse entre l'adverbe près et l'adjectif pr^< ne s'est faite que plus tard; et quant aux compléments à ou de, ils s'employaient souvent l'nn pour l'autre.
NlCAlSli. 9.}
La belle dit à son ami:
« Tenons-nous-en à celui-ci; Car il est homme, que je pense, A passer la chose au gros sas*. »
La belle en étant sur ce cas, On la promet; on la commence; Le jour des noces se lient prêt.
Entendez ceci, s'il vous plaît.
Je pense voir votre pensée Sur ce mot-là de commencée.
G'étoit alors, sans point d'abus, Fille promise, et rien de plus.
Huit jours donnés à la fiancée.
Comme elle appréhendoit encor Quelque rupture en cet accord.
Elle diffère le négoce* Jusqu'au propre jour de la noce, De peur de certain accident Qui les fillettes va perdant.
On mène au moutier' cependant Notre galande encor pucelle :
\. A n'y pas prendre garde, à le passer sous silence; expression proverbiale. Le sas est un tamis pour faire passer le plâtre, la farine, etc.