Les richesses, les biens
Oublyans naturel devuii Par faulte d'ung peu de cltevanct.
( Villon. )
Ia Fontaine a fréquemment employé ce mot. (Voyez notamment t I, p. 2i2, et t. II, p. 18.)
De ces lieux absolu seigneur, Si lu me veux servir deux jours d'enfant d'honneur,
...Entends-lu ce langage?
Et sais-tu quel est cet usage?
Il te le faut (îxp'iquer mieux.
Tu connois l'échanson du monarque des dieux?
ANSELME
Ganymède ?
LE MORE
Celui-là même.
Prends que je sois Jupin, le monarque suprême,
Et que tu soia le jouvenceau :
Tu n'es pas tout à fait si jeune ni si beau.
ANSELME
Ah! seigneur, vous raillez, c'est chose par trop sûre: Regardez la vieillesse tt la magistrature.
LE MORE
Moi, railler l point du tout.
ANSELME
Seigneur...
LE MORE
Ne veux-tu point?
ANSELME
Seigneur...»
Anselme, ayant examiné ce point,
Consent à la fin au mystère.
Maudite amour des dons, que ne fais-tu pas faire? En page incontinent son habit est changé: Toque au lieu de chapeau, haut-de-chausses troussé; La barbe seulement demeure au personnage. L'enfant d'honneur Anselme, avec cet équipage, Suit le More partout. Argie avoit ouï Le dialogue entier, en certain coin cachée. Pour le More lippu, c'étoil Manto la fée,
Par son art métamorphosée,
Et par son art ayant bâti Ce louvre en un moment ; par son art fait un page Sexa^'énaire et grave. A la fin, au passage D'une chambre en une autre, Argie à son mari Se montre tout d'un coup; «Est-ce Anselme, dit-elle.
Que je vois ainsi déguisé?
Anselme! il ne se peut; mon œil s'est abusé. Le vertueux Anselme à la sage cervelle Me voudroil-il donner une telle leçon?
C'est lui pourtant. Oh! oh! monsieur notre barbon, Notre législateur, notre homme d'ambassade, Vous êtes à cet âge homme de mascarade? Homme de...? la pudeur me défend d'achever. Quoi ! vous jugez les gens à mort pour mon affaire,
Vous qu' Argie a pensé trouver
En un fort plaisant adultère !
Du moins n'ai-je pas pris un More pour galant :
4',8 TROISIEJIE PARTIE.
Tout me rend excusable, Atis et son mérite,
Et la qualité du présent.
Vous verrez tout incontinent Si femme qu'un tel don à l'amour sollicite
Peut résister un seul moment.
More, devenez chien. » Tout aussitôt le More
Redevient petit chien encore.
0 Favori, que l'on danse! » A ces mots, Favori
Danse, et tend la patte au mari.
(( Qu'on fasse tomber des pistoles ! »
Pistoles tombent à foison.
« Eh bien! qu'en dites- vous? sont-ce choses frivoles!
C'est de ce chien qu'on m'a fait don.
il a bâti cette maison.
Puis faites-moi trouver au monde une Excellence,
Une Altesse, une Majesté,
Qui refuse sa jouissance
A dons de cette qualité, Surtout quand le donneur est bien fait et qu'il aime,
Et qu'il mérite d'être aimé !
En échange du chien, l'on me vouloit moi-même: Ce que vous possédez de trop, je l'ai donné. Bien entendu, monsieur ; suis-je chose si chère ? Vraiment vous me croiriez bien pauvre ménagère Si je laissois aller tel chien à ce prix-là. Savez-vous qu'il a fait le louvre que voilcà? Le louvre pour lequel... Mais oublions cela.
LE PiniT CIIllixN. 120
Et n'ordonnez plus qu'on me tue, Moi qu'Atis seulement en ses lacs a fait choir : Je le donne à Lucrèce', et voudrois bien la voir
Des mêmes armes conibaltue.
Touchez là, mon maiû ; la paix : car aussi bien
Je vous défie, ayant ce chien.
Le fer ni le poison pjur moi ne sont à craindre ; 11 m'avertit de tout; il confond les jaloux, Ne le soyez donc point; plus on veut nous contraindre,
Moins on doit s'assurer de nous. »
Anselme accorda tout : qu'eût fait le pauvre sire?
On lui promit de ne pas dire Qu'il avoit été page. Un tel cas étant tu,
Gocuage, s'il eût voulu,
Auroit eu ses franches coudées.
Argie en rendit grâce, et, compensations
D'une et d'autre part accordées.
On quitta la campagne à ces conditions ^
1. C'est-à-dire je gage que la chaste Lucrèce ne résisterait pas à cette épreuve. On dit encore aujourd'hui : « Je vous le donne en dix, en vingt. »