‹ ContesChapitre 58 sur 193 · H HM ARQUES · texte numérisé non relu

H HM ARQUES

demande ce qu'il préfère de tout ce qu'il a vu, il répond : « Les démons. » Le roi son père s'émerveille de cette réponse et conclut : « Quelle chose tyrannique est la beauté de la femme! Che cosa e tirannia è la bellore di donal «

Un poëte français du xv* siècle, Martin Franc, auteur du Champion des dames, a rimé l'anecdote sous ce titre : les Oies. Voyez Choix de poésies de Clément Marot et de ses devanciers, 1825, p. 12.

IL La Mandragore. La Fontaine a fait son conte avec le canevas de la célèbre comédie de Machiavel la Mandragola, composée en 150Zi (c'est la date communément fixée par les érudits).

La Fontaine a pris la plupart des personnages de la comédie, sans changer leurs noms : Callimaco, messer Nicia Calfucci, Lucrezia sa femme, frate Timoteo et Ligiirio, le malin parasite, le meneur de l'intrigue. Seulement le rôle de ces deux derniers personnages, si considérable dans la comédie, est à peine indiqué dans le conte. Siro, le valet de Callimaco, et Sostrata, la mère de Lucrezia, ont totalement disparu.

La Fontaine a, d'autre part, trouvé le secret d'ajouter quelques traits ingénieux au chef-d'œuvre comique de l'auteur florentin. (Voyez p. 25, note 1.)

La mandragore était au moyen âge l'objet de nombreuses superstitions. Donnons-en une idée en reproduisant ce qu'en dit dans son Besliaire Philippe de Thaun, d'après Isidore de Séville. Isidore de Séville vivait, au commencement du VI' siècle. Celui de ses nombreux ouvrages que traduit Philippe de Thaun est intitulé Originuni sive Elymologiarum libri XX- Philippe de Thaun écrivit son Besliaire vers 1125; cet ouvrage est un des premiers monuments de la poésie française. Nous n'en reproduisons pas ici le texte, un peu trop ardu; nous l'avons donné dans le recueil des Poêles

français, publié chez Gide en 1861 1. Nous nous bornerons à citer la traduction vers pour vers :

De mandragora, et ejus natura, et quid valet, et quomodo cognoscitur.

Isidore dit de la mandragore qu'elle a deux racines

Qui ont la forme d'homme et de femme.

La racine femelle a toute la ressemblance d'une jeune fille;

Sa feuille est la même que celle de la laitue.

La racine mâle porte seule la feuille propre à la plante.

n faut de l'adresse pour la cueillir. Écoutez commer.t on s'y pren''.

Homo qui eam vu'J coltigere...

L'homme qui la veut cueillir doit tourner autour

Doucement, prudemment, de manière à ne pas la toncher

Qu'il prenne un chien lié, qu'il l'attache à la plante;

Que ce chien ait été enferme et ait jeûné pendant troi; jours;

Qu'on lui montre du pain ; que de loin on l'appelle.

Le chien tirera à soi et arrachera la racine.

Celle-ci jettera un cri, et le chien tombera mort

Pour avoir entendu ce cri. Telle est en effet la vertu de cette herbe

Que personne ne peut l'entendre sans mourir aussitôt.

Si l'homme l'entendait, sur-le-champ il mourrait.

Aussi doit-il boucher ses oreilles et prendre bien garde

De ne pas ouïr le cri, afin qu'il ne meurt pas, ainsi

Que fera le chien qui ce cri entendra.

lîadix mandragorœ contra omnes infirmitates valet.

Qui possède cette racine a une précieuse médecine Pour rendre la santé et guérir de toute infirmité, Excepté de la mort, contre laquelle il n'y a aucun recours.

On aperçoit aisément quelque rapport entre ces anciennes

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