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superstitions, qui avaient été longtemps populaires, et le moyen mis en usage pour mystifier le crédule Nici.i.
III. Les Rémois. C'est le fabliau de Coaslanl dtt llamet, publié dans le recueil de Barbazan, t. III, p. '296. Toutefois le fabliau est beaucoup plus rude et plus brutal, et la vengeance de Constant du Hamel n'est pas aussi facilement assouvie que celle du peintre rémois.
La Fontaine n'a pas sans doute eu la peine d'aller cherclier ce fabliau dans les manuscrits du xiir siècle. Il l'a retrouvé dans les conteurs du xvi^; toutefois les sources que l'on iiidinue ordinairement, Buccace, vin* nouvelle de la VIII'^ journée; Bandello, nouvelle xx, partie III; Strapan le, fable v, li- nuit; Siiusovino, nouvelle viii, journée IX; Guillaume Bouchet, série 32, offrent bien une certaine analogie avec le fabliau et riiistoire du peintre rémois; ils n'en reproduisent pas les circonstances significatives : la complicité de la femme du peintre, les deux bourgeois punis avant d'avoir été coupables, etc.; et c'est là ce qui distingue ce récit de tous 'es récits de représailles dont La Fontaine nous a déjà donné un exemple dans le premier conte de la leuxièuie partie.
IV. La Coupe enchantée. Le récit de l'Arioste imité par La Fontaine : il Nappo incanlalo, commence au chant XLll (VOi'lnndo furioso, octave lxx :
Gia s'inchinava il sol uiolto alla sera, E gia apparia nel ciel la prima Stella, Quando i\inaldo in ripa alla rivieia Stando in pensier...
« Le soleil était déjà penché vers la fin de sa course, la première étoile brillait déjà dans le ciel, lorsque Henaud, incertain sur le rivage s'il changerait de selle ou s'il séjournerait jusqu'à ce que la nuit eût fait olae à l'aurore, vit venir à lui
un cavalier à lair courtois et aux façons prévenantes. » Ce récit se t-rmine au chant XLIII, octave Lxvii, où commence l'histoire du chien qui secoue des perles et des pierreries, dont nous parlons plus loin. Il est beaucoup plus développé que le conte de La Fontaine. L'enchanteresse se nomme Melissa au lieu de Nérie. Le chevalier à l'air courtois, mais triste, offre l'hospitalité à Renaud; il lui propose l'essai delà coupe, que Renaud refuse.
Ben sarebbe folle Chi quel che non vorria trovar cercasse. Mia donna e donna, ed ogni donna e molle. Lasciam star mia credenza, corne siasse. Sin qui m'ha il creder mio giovato, e giova : Che poss' io megrliorar per farne prova?
Potria poco giovare, e nuocer molto; Che' 1 tentar qualche voila Iddio disdegna. Non 80 s' in questo io mi sia saggio o stolto; Ma non vo' piu saper, che mi convegna. Or questo vin dinanzi mi sia tolto :
Sete non n'ho, ne vo' che me ne vegna; Che tal certezza ha Dio piu proibita Ch'al primo padre l'arbor dalla vita.
Che come Adam, poi che gusto del pomo Che Dio con propria bocca gl' interdisse, Dalla letizia al pianto fece un tomo, Onde in miseria poi sempre s'afiQisse.
Cosi, se délia moglie sua vuol l'uomo Tutto saper quanto ella fece e disse, Cade dell' allegrezze in pianti e in guai. Onde non pu6 più rilevarsi mai.
t 11 serait bien fou celui qui chercherait ce qu'il ne veut pas trouver. Ma femme est femme, et toute femme est faible. Coniinuons fi croire ce que j'ai cru jusqu'ici : l'opinion dans
laquelle j'ui vécu m'a rendu et me rend heureux. Que pourrais-je apprendre, dans cette épreuve, qui pût augmenter mon bonheur?
« Elle ne saurait qu'y ajouter peu de chose ou y nuire beaucoup. Dieu punit souvent ceux qui tentent le destin. Je ne sais si en ceci je suis sage ou sot. Mais je n'en veux pas plus savoir qu'il ne me convient. Faites donc ôter ce vin de devant moi. Je n'ai pas envie d'en boire, et je ne veux pas que cette envi^ me vienne. La certitude qu'il donne me semble plus prohibée de Dieu que l'arbre de la vie ne le fut à notre premier père.
« De même qu'Adam, après qu'il eut goûté à la pomme que Dieu lui avait formellement interdite, culbuta de la félicité dans kl douleur, et fut de plus en plus plongé dans un abîme de misère; ainsi, lorsqu'un mari veut connaître tout ce que dit et fait sa femme, il tombe de l'allégresse dans le chagrin et la désolation, d'où il ne se relèvera jamais. »
L'hôte, en entendant ces prudentes paroles, fond en larmes : a Que n'ai-je fait comme vous ! » s*écrie-t-il, et il lui rac mte son histoire.
Le mari tente sa femme avec des pierreries, des diamants:
E le piu ricche gemme avea con lei Che mai mandassin gl' Indi o gli Eritrei.
Dans la première version, celle de 1669, La Fontaine fait offrii' par le feint Éraste :
De ces appeaux à prendre belles, Assez pour fléchir six cruelles, Assez pour créer six cocus, Un collier de vingt mille écus '.
Dans la leçon de 1671, l'époux propose tout simplement de
:. Voyez t m, p. 27 .
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l'argent. La Fontaine était resté d'abord plus près du récit original. De même, lorsqu'il avait peint Tinipression produite par ces présents :
Caliste n'étoit pas tellement en colère Qu'elle ne regardât ce don du coin de l'œil.
Sa vertu, sa fol, son orgueil Eurent peine à tenir contre un tel adversaire; Mais il ne falloit pas sitôt changer de ton •.
La Fontaine s'était tenu plus près du texte de l'Arioste :
Ma il veder fiammegiar poi, conie foco, Le belle gemme il duro cor fe' molle; E con parlar rispose brève e fioco Quel che la vita a rimembrar mi toile : Che mî compiaceria, quando crcdesse Ch* cZlra persona mai nol risapesse.
« Mais en voyant ruisseler de feux ces brillantes pierreries, la dureté de son cœur s'amollit, et avec une voix hésitante et basse elle me dit ce qu'il m'arrache l'âme de rappeler: qu'elle s'accordera à mes désirs, si elle a l'assurance que personne n'en saura jamais rien. »
Lu Fontaine, dans sa deuxième leçon, a brusqué les choses, a moins préparé la défaite de sa Caliste.
L'héroïne de l'Arioste, après la trahison dont elle a été victime, s'enfuit de Ja demeure de son époux et va rejoindre le seigneur qui auparavant l'avait vainement courtisée. L'époux demeure seul, désolé. Il n'a qu'un soulagement, une distraction, c'est de faire faire à tous les voyageurs qui passent l'essai de cette coupe accusatrice.
Le trait qui termine le conte : Damon pardonnant à Caliste lorsque le nombre de ceux qui ont fait une épreuve malheureuse de la coupe égale une grande armée, est une plai-
1 Voyez t. III, p. 274.
UEMARQUES. 139
santerie que La Fontaine, croyons-nous, n'a empruntée de personne.
Ce talisman qui permet aux maris de s'assurer si leurs femmes sont ou non fidèles existait bien avant l'Arioste. On le trouve très-anciennement dans les traditions celtiques, non sous la forme d'une coupe, mais sous celle d'un manteau : le manteau de Tegan Eurvron. Il est fréquemment cité parmi les treize objets précieux de l'île de Bretagne. Ces treize objets sont :
1" L'épée de Rhyddirch Hael, qui flamboie de la garde à la pointe lorsqu'un autre que son légitime possesseur la tire du fourreau ;
2° Le panier de Gwyddo Garanhir : quand on y met la nourriture d'une personne, on retrouve la nourriture de cent personnes ;
3° La corne de Bran-galed : on y puise la liqueur que l'on désire ;
U° Le ciiariot de Morgan Mwynvawr : qui s'y assied est transporté immédiatement où il veut ;
5" Le manteau de Tegau Eurvron, qui couvre seulement les femmes d'une vertu exemplaire
6" Le couteau de Llawfrodded Farchctwy, qui peut servir à vingt personnes à la fois ;
7° Le chaudron de Tyrnog : si on y met à manger pour un couard, il ne bouillira jamais ; si pour un brave, il bout aussitôt ;
8° La pierre à aiguiser de Tudwal Tudclud: si l'épée d'un brave y est aiguisée, la blessure qu'elle fait est mortelle ; si l'épée d'un couard, la blessure est peu dangereuse ;
9° L'habit de Padarn Beisrudd : si un gentilhomme le revêt, il lui va bien ; si un rustre, il va mal ;
lO"-!!» La terrine et le plat de Rhegynydd Ysgbhaig, qui se couvrent de tout ce qu'on souhaite;
12° L'échiquier de Gwenddolen : lorsque les pièces sont
UO TUOISIÉ.ME l'AKTJE.
placées, elles jouent d'elles-mêmes. L'échiquier est d'or, les pièces sont vn argent ;
13° Le manteau d'Arthur, qui rend invisible, et laisse voir toutes choses à qui en est revêtu.
Disons toutefois que, dans quelques listes, au lieu du manteau (in Tegan Eui-vi'on, il y a le licou de Clydno Eiddyn, où l'on trouve toujours un cheval quand on en a besoin ; ce licou était certainement d'une utilité moins contestable et moins contestée que celle du laineux manteau*.
C'est ce manteau enchanté qui figure dans le fabl'au du Coiirl Maaicl, puisé aux sources bretonnes (Mss de la Bibliothèque nationale, n" 7615, f. français ).
Lorsqu'il écrivait ces vers :
^lais si
Des discours du blondin la belle n'a souci, Vous le lui faites naître, et la chance se tourne.
Volontiers où soupçon séjourne
Cocuage séjourne aussi 2,
La Fontaine se rappelait sans doute la tirade de Mariaette, dans le Dépil amoureux :
En effet, tu dis bien; voilà comme il faut être : Jamais de ces soupçons qu'un jaloux fait paroitre! Tout le fruit qu'on en cueille est de se mettre mal, Et d'avancer par là les desseins d'un rival. Au mérite souvent de qui l'éclat vous blesse, Vos chagrins font ouvrir les yeux d'une maîtresse; Et j'en sais tel qui doit son destin le plus doux Aux soins trop inquiets de son rival jaloux. Enfin, quoi qu'il en soit, témoigner de l'ombrage,
1. Voyez Tlie Ma'nnoghion from the I.lyvr coch o hergest and olher ancien! welsli manuscrits, with an naglish translation and notes, by lady Charlotte Guest. London, Longman and C°, ]838, t. II,