Voyez p
U KM ARQUE s. U1
C'est jouer en amour un mauvais personnage. Et se rendre, après tout, misérable à crédit. Cela, seigneur Éraste, en passant vous soit dit;
tirade dont nous avons .«signalé l'origine italienne dans notre édition de Molière, t. I, p. 163, note 1.
Voyez encore VÉcole des femmes, acte IV, scène vin.
V. Le Faucon. Il y a un fabliau du xiii^ siècle, intitulé Guillaume au faucon, dont le sujet n'est pas le même que celui de notre conte, et qui n'a pas autant de grâce, mais qui ne laisse pas d'être piquant. C'est l'histoire d'un page amoureux de la châtelaine. II se déclare pendant une abseme du châtelain; il est repoussé durement. Il fait le serment de ne plus boire ni manger jusqu'à ce qu'on lui ait octroyé merci. Il y a près de quatre jours qu'il jeûne, lorsque le châtelain revient et demande à la dame pourquoi Guillaume est malade. Celle-ci, touchée enfin, répond que le page lui a demandé son faucon favori, et qu'elle a cru devoir le lui refuser. Le châtelain blâme sa femme, et lui ordonne de donner l'oiseau à Guillaume : a Puisque mon mari le veut, dit-elle, je ne vous le refuserai plus; » et Guillaume est guéri. Ce conte conclut en invitant les amants à la persévérance, et cela pourrait être aussi la conclusion de la charmante nouvelle de La Fontaine.
Celle-ci vient directement du Décaméron, journée V, nouvelle IX, dont voici le sommaire :
« Federigo degli Alberighi ama e non è amato ; e in cortesia spendendo si consuma, e rimangli un sol falcone, il quale, non avendo altro, dà a mangiare alla sua donna venutagli a casa: la quai ci6 sappendo, mutata d'animo, il prende par marito e fallo ricco. »
Les circonstances du récit sont tout à fait les mêmes de part et d'autre. A la fin du conte italien, lorsque Madame Jeanne (au lieu de Clitie) annonce à ses frères qu'elle va épouser
U2 THOISIKME PARTIE.
Federigo, ceux-ci lui objectent la pauvreté de ce dernier; elle leur répond : « Fratelli mei, io so beue che cosi è corne vol dite; ma io voglio avanti uomo che abbia bisogno di richezza, che lichezza che abbia bisogno d'uomo. Mes frères, je sais bien qu'il est ainsi comme vous dites; mais j'aime mieux un homme qui ait besoin de richesse, que richesse qui ait besoin d'homme. »
Pour bien sentir le prix du sacrifice de Fédéric, il faut se rappeler la passion que la chasse -au faucon inspirait au moyen âge, et l'espèce de prestige qui entourait ces nobles oiseaux. Charlemagne avait si bien reconnu la noblesse des faucons qu'il ne permettait pas de les donner en composition : In composilionem Wirigildi volimius til ea denlar qnœ in lege conlincnlur, exceplo accipilre el spatha. Il n'y avait que l'épée qui jouît de la même prérogative. On ne se séparait pas même de son faucon pour aller à l'église. On jurait par lui. Aimer les faucons était un titre d'honneur pour les chevaliers. Dans Gérard de Viane, Roland dit à Olivier, qui lui a pris son faucon :
Car nie rant or mon faucon que j'ai chier (cher); Je te donrai quinze livres d'or mier.
Quinze livres d'or fin pour un faucon : cela représentait une somme énorme.
VI. La Couriianne amoureuse. Ce conte, un des plus jolis du recueil et qui s'est profondément gravé dans toutes les mémoires, est un de ceux dont l'origine n'est pas connue. S'il n'a pas d'histoire avant La Fontaine, il pourrait en avoir une bien riche et bif^n féconde après lui, car ce sujet de la courtisane se réhabilitant par l'amour sincère a été exploité avec une véritable prédilection dans la littérature moderne. Il nous suffira de rappeler quelques œuvres : Marion Delorme, de "Victor Ilugo; la Diane aux caméliaSj d'Alexandre Dumas fils.
KE.M A hQL'ES. U3
Tandis que, dans le plus grand nombre de ses contes, La Fontaine vient le dernier d'une longue série d'écrivains qu'il résume, ici il est le premier d'une série non moins longue d'écrivains qui ne l'effacent pas.
Le début de ce conte rappelle les vers du jeune Horace dans VÉcole des femmes :
II le faut avouer, l'amour est un grand maître; Ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne à l'être; Et souvent de nos mœurs l'absolu changement Devient par ses leçons l'ouvrage d'un moment. De la nature en nous il force les obstacles, Et ses effets soudains ont de l'air des miracles. D'un avare à l'instant il fait un libéral. Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal; II rend agile à tout l'àme la plus pesante, Et donne de l'esprit à la plus innocente.
VII. Niçoise. La Fonuiine a imité ce conte de Girolarao Brusoni, Novelle amorose, libri quatre, in-18. Venetia, 1655, p. 12-20, novella seconda, VAmante schern lu (TAmant berné, méprisé). Voyez en outre la nouvelle de Doni, que nous avons reproduite dans notre étude sur les contes, en tête du tome HT.
Vin. Le Bal. Cette facétie se trouve dans un livre intitulé « Formulaire forl récréait f de tous contrats, donations, testaments, codicilles et autres actes qui sont faits et passés pardevant notait e et témoings. . Fait par Bredin le cocu, notaire rural et controolleur des basses marches au royaume d'Utopie... Lyon, Rigaud, 1594 », in-16.
Nous la voyons ensuite dans le Mnjen de parvenir {ch. lxxîv), dont la première édition est de 1710. Elle y est très-vivement contée. « L(î mari, revenu, fut reçu avec une douce liesse et bonne chère, comme le bien aitné, à force accolées et baisers mignons. Sur le soir, en devisant il s'avisa : « Eh bien,
« m'amie, notre âne? — Mon ami, je n'ai point pensé à lui ; « je ne sais comment il se porte. » II lève la chemise de sa femme, et le regarde : «Ah ! ah ! dit-il en grande admiration ; « voilà bien mon âne, mais au grand diable soit qui me l'a « hâté ! »
Enfin elle'est dans les Contes aux heures perdues du sieur d'Ouville, 1652, in-8°, p. 107, d'un Jeune Peintre et de sa Femme.
IX. Le Baiser rendu. Cette saillie rappelle la troisième des Cent Nouvelles nouvelles, la Pêche de l anneau, que nous avons précédemment citée, t. III, p. 277, ei qui se termine ainsi : « A la première fois que monseigneur rencontra le musnier, il le salua haultement et lui dit: « Dieu gart, Dieu « gart ce bon pescheur de dyamans ! — A quoy le musnier res- « pondit: Dieu gart ce ri^congneur! — Par Nostre Dame, tu « dis vray, dist le seigneur; tays toy de moy, et si ferai-je « de toy. » Le musnier fut content, et jamais plus n'en parla; non fist le seigneur, que je sçaiche. » Contenez l'aventure dans des termes honnêtes, et dès lors supposez un consentement préalable, et vous avez le Baiser rendu.
X. i:iji(jraninie Le titre donné par l'édition hollandaise de 1685 : Alix malade, a été reproduit dans la plupart des éditions. Toutefois les éditeurs les plus récents, MM. Marty- Laveaux, P. Jannet, A. Pauly, s'en tiennent au texte de l'édition (le 1 71.
XI. Jmitalion tC Anacréon. Walkenaer a intitulé cette pièce le Portrait d'Iris.
Ce sont les odes 28 et 29, eî;-:t,v auroij ÊÉTaîpxv, et Eî? BâôuXXov, que La Eontaino a iniifé('.«:
EIÏ THN 'EAVTOV •eTAIPAN.
'Ayî< Ç:>JYpiiù)V àp'.(7TE,
'PootTj; xdipave TÉx^i^sr
Ypàipe Tviv Èfjiiflv éraipriv.
YpâcifiE iiot Tp(-/a; xà tiowtov àua).â; xe /.al i;.£).atva;é ôè XTjpff; âv ôOvritai, YpâçE xat [xûpov Tivcovcra;.
TfpdKpf 8' èÇ ôJ.riç TiapsiYJ; (»7tà Ttopçûpateji yaixai; èXeçâvTivov (xÉTwuov.
TÔ [Asaôçpov Se [J.ri [i.oi, ôiâxoTtxE, (jLTÎTe jxîdye" êyÉTti) 8', ÔTioj; èxeîvY), TÔ ),£),r|66Tw;- ffOvo^puv ^),£;pàpwv ÎTuv xeXatvi^v.
xè êè p)i(A(JLa vôv à),r|6t5; àTO Toù Tcypô; ttoîvtîov, S[j.a Y),auxôv, w; 'Aôiqvri;, &|xa 6' ûypôv, m:, Kuô/ipy); ■ypâipe ^ïva xal Ttapîiâ;, ^oôa xw yâXaxxi (J.t?a;.
Ypotçs X-'^O'i °''* neiOoûç, irp6xa>oO[X£vov -yi,ir\[>.a..
Tpy:f£poû ô' Ë'iw Y^'^stow lîipl Xv)Y8{va) xpaxiQ^Cj) XcitptxEç TOTOivxo ■Kà.aa.i.
ffxô>,t(70V xô ),oiitèv abXYjv
(iTTOTtOpCpÙpOlCTl 7r£Tt),0lÇ"
Siacpa'.vÉxw Se aapxwv oJ.tyov, xô awiJ.' Déyy^oy.
àr.éyer p)i7i:w yàp aOxr)v xàya x'opà xai ),a>,r;(T£t!;.
Traduction : « Allons, le meilleur des peintres, roi de ce bel art qui fleurit à Rhodes, trace, d'après ce que je te dis, hî portrait de ma maîtresse absente. Donne-lui d'abord des cheveux noirs et soyeux, et, si la cire le permet, qu'ils semblent exhaler des parfums. Sous leurs ondes brillantes,
Contes T. II.
146 T15UISIKME l'AKTlE.
développe de face le front d'ivoire. Ne sépare ni ne confonds les sourcils, mais, comme dans le modèle, que leurs arcs légers, amincis, noirs par degrés, viennent doucement se r:!Joindre. Quant à ses yeux, qu'ils soient tout de flamme; bleus comme ceux de Minerve, humides comme ceux de Gythérée. Sur le nez et les joues mélange le lait et la rose. Peins la lèvre pareille à celle de la Persuasion, et appelant le baiser. Sur un menton à la cKair délicate, autour d'un cou flexible, fais voltiger toutes les Giàces. Enfin, revêts-la d'une robe de pourpre, mais luiss(; apercevoir un peu les ligues du corps, afin qu'on puisse en deviner la beauté C'est bien. Je la vois ; ô chère image, tu vas parler. »
Elï B\(-)VA.\ON.
rp.â;pe (jot IJàOv).}ov oÛTti),
).i7Tao7.; y.oaa; 7:oîr|i70v, Ta i^àv èvôoOev, ij.£Àaîva;, Ta ô' è; axpov, Ti/ioxra;* D.iy.a; ô' è).£u6spo'j; ao- 7t),oxâ;j.aiv, aTaxxa ct'jvôsc;, àç^E;, ô>; Os/ajut, v.ïic'Jai.
à7ia),ôv û£ xat ôpoTwôî; CTSÇcTW [aÉtwtiùv o;p(>ù; xvavwTEpr, SfaxovTfo/.
[j.£).av ô(X(Aa yopY&'/ in-.u), x£Xîf.aa[X£vov yorÀYivr,.
TÔ [xÈv È^'ApiO; EÀXOV, t6 5è TYi; xa).9); Ku6ripr;;, ïva Ti; TÔ [AEv çoêr,Tai, TÔ û' àTi'" è),7tic)o; xpEij.àTau poÇîvr.v o', ÔTTOÎa [J.f|),ov, yydïr^-i TtoUt 7rap£iY;v èpûÔTiixa ô' w: av Al5oîic ftJvaTat fia),£î\, TTûîrjSOv.
KJiMAUQUES. 447
TtVl [AOt TpÔTOO itoiri<j£t;...
à7ta).6v, Y£[;.ov te IlciOoû;.
•cb Sa Tiàv, ô xYipb; aÙTÔî, èj^Éxo) XaXtôv atwTi^.
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TÔv 'ASwviSo; TtapeXôtiv £).£;pdivTivo; Tpà/jjXo;.
lAETajxâiîiov ôà TTofet StSûfJ.a; xe "/.sîpa; 'Epjxoû, rio/.vSeûxEO; ûè [AripoO;, AtowfftTiv Se v/i5ûv àTtaXwv ô' UTtepôî [xripwv,
|Jl,ir)pWV TÔ TtÙp è//jVTWV,
àcp£).Y) 7rotr|i70'/ alôw, riacptriv 6£/,ûV(7av yiOY].
ç6ov£pyiv Èy.^'? ^^ '^^X'^^^i ÔTi [j.ri Ta vwia 5£t$at Sûvaaai' xà ô' '^v à|J.£(vw.
TÎ [J.£ ÔEÎ TTÔSa; ôtOaTXctV
)À6t |j.iit6ôv Ô(7(70v EÎm;);.
toÙtov 8k TÔv !ATT6>)w/a xa6£).civ. TtoÎEi Bà6y>,),ov.
9iv 6 ' È; lâfxov ttot ' £).6i[iç, ypâ^E <ï>otêov Èx Ba0O)).oy.
Traduction : « Peins-moi aussi iiiun ciier Batliylle, comme je vais te le décrire. Donne-lui des cheveux brillants, noircissant au fond, se colorant à leur pointe de reflets dorés. Que leurs boucles libres se jouent dans un gracieux désordre. Sur son front délicat arrondis des sourcils noii's comme des dragons. Pour son œil brun, (ju'il soit sévèi'e et doux à la fois, sévère comme l'œil de Mars, doux comme celui de la belle Cythérée, afin qu'il inspire en même temps et la crainU; et l'espérance. A sa joue de rose, donne le léger duvet de la pêche; et, autant que tu le pourras, rf*pan(ls-y l'incarnat de la pudeur. Je ne sais cunnnent tu vii iidras à bout d'exprimer
148 TUOISIEiMK PARTIE.
ses lèvres tendres, où la Persuasion réside; tout ce que je te puis dire, c'est que leur silènes même doit parler. Vienne ensuite l'ivoire d'un cou plus parfait que celui d'Adonis. Puis dérobe à Mercure son sein potelé et ses mains, à l'ollux sa cuisse nerveuse, à Bacchus son ventre rond... Ton art jaloux ne te permet pas de montrer en même temps son dos, qui est pourtant ce qu'il a de plus charmant. A quoi sert de te dépeindre ses pieds? Demande le salaire que tu voudras; ou plutôt détache cet Apollon, et fais-en Batliylle. Si jamais tu vas à Samos, de ce Rathylle tu feras Apollon. »
XII. A'ilre imitation d'Anacréon. "Walkenaer a inscrit en tête de ce morceau le titre qu'on lui donne habituellement : l'Amour mouillé.
L'ode d'Anacréon est la troisième du recueil de ce poète
EIÏ 'EPÛTA.
Me(TOv\jxxîois 11:06' ûpaiç, ff-rpéypexat ôt' '\pxxo; Y;or, xttTà x.£Ïpa TYiv BowTOy, (AEpô'Tvwv ôè çû).a nâvta xiaxai •/.OTtw ôajxÉVTa, tôt' "Epw; ÈTriUTaôstç uev ôupEwv IxoTtT* ôy^YJx;- TÎç, lq)ïiv, 60paç àpàffcrei; xaTa (teu ayiati; 6v£{pouî.
é ô' Epw;, àvoiye, çYidi.
ppeçoç eîiaC, [Ar] çô6r,ffai, Ppï/0[j:ai 8é, xà(r£),Yivov xttTà vùxTa 7î£7t),âvTi[J.ai.
I)ir,(ja Taux' àxoOaa;, àvà S' £-J8ù ),û}(vov àt}/(xç àvswÇa, xxl PpÉço; {lèv âdopôj çÉpovxa t6?ov iTTipuyà; x£ xal çapÉxpriV •naoà 8' iaxiTiV xaOîÇa;,
jca)<x[jiai!Ti x.£tpa; aÙTOÛ àvéOa/Tîov, êx Sa yaftïj; à7te0/têov yypôv ùSwp.
ô 8', £7:£i xpûo; [iî6y;7.£, çépe, çTiffi, TiEtpàTWf/^v TÔSe TÔ^ov, èî TÎ (j.ot vûv P).àêîTai^pa/£Ï(Ta Vcupr).
Tavu£t 8É, xai (j.£ rÛTt-et (A£(70v ^Ttxp, diaTtep oîaTpo;, àvà S' à>.)>cTai xaX*Çwv, ÇévE S', elrtE, <7UYX*P^^'i Xc'paç àê/a6à; [iév Ès-tt, cùSï xap6Î3tv Tiovïjfjet;.
Traduction : « Naguère à l'heure de minuit, lorsque la Grande Ourse tourne déjà près de la main du Bouvier et que les mortels fatigués sont sous le joug du sommeil, l'Amour vint tout à coup ébranler mes verrous : « Qui heurte ainsi à « ma porte, dis-je, et ne crains pas de troubler mes songes? « — Ouvre, répond l'Amour, ne t'effraye pas; je suis un en- « faut mouillé par la pluie et perdu au milieu de l'obscurité de « la nuit.» Ces paroles m'inspirent de la pitié; vite j'allume une lampe et j'ouvre. Je vois alors un jeune enfant ailé, portant un arc et un carquuis. Je le fais asseoir près du foyer, et je m'empresse de réchauffer ses mains dans les miennes, d'exprimer l'eau de sa chevelure. Quand il n'a plus froid : 'a "Voyons un peu cet arc, dit-il, sachons si la corde a bien « souffert de l'orage. » Il le bande, et me frappe au milieu du cœur, comme une guêpe de son aiguillon. Puis il saute en riant aux éclats : « Hôte, félicite-moi, dit-il; mon arc n'a « pas souffert, mais ton cœur sera bien malade. »
Ronsard, avant La Fontaine, a imité le même morceau :
AO SieUB ROBBRTBT
Du malheur de recevoir Un étranger, sans avoir
fSf» THOISIÈME PARTIE.
De lui quelque connoissance, Tu as fait expéi'ience, Rlénélas ayant reçu Paris dont tu fus déçu :
Et moi je viens de la faire Qui ore ai voulu retraire Sottement un étranger Dans ma chambre et le loger.
Il étoit minuit, et l'Ourse De sou char tournoit la course Entre les mains du Bouvier, Quand le somme vint lier D'une chaîne sommeillère Mes yeux clos sous la paupière Jà je dormois en mon lit, Lorsque j'entr'ouis le bruit D'un qui fi-a|)poit à ma porte, Et heurtoit de telle sorte Que mon dormir s'en alla.
Je demandai : « Qu'est-ce là ^ Qui fait à mon huis sa plainte?
— Je suis enfant, n'aye crainte, »
Ce me dit-il, et adonc Je lui desserre le gond De ma porte verrouillée.
« J'ai la chemise mouillée Qui me trempe jusqu'aux os, Ce disoit; dessus le dos Toute nuit j'ai eu la pluie; Et pour ce je te supplie De me conduire à ton feu Pour m'ai 1er sécher un peu »
Lors je pris sa main humide, Et plein de pitié le guide En ma chambre et le fis seoir Au Jeu qui restoit du soir.
Puis, allumant des chandelles.
Je vis qu'il portoit des ailes, Dans la main un arc turquois,
REMARQUES. loi
Et sous l'aisselle un carquois.
Adonc en mon cœur je pense
Qu'il avoit quelque puissance,
El qu'il falloit m'apprêter
Pour le faire banqueter.
Cependant il me regarde
D'un œil, de l'autre il prend garde
Si son arc étoit séché;
Puis, me voyant empêché
A lui faire bonne chère,
Me tire une flèche amère
Droit en l'œil : le coup de là
Plus bas au cœur dévala,
Et m'y fit telle ouverture
Qu'herbe, drogue ni murmure *,
N'y serviroient plus de rien.
Voilà, Robertet, le bien
(Mon Robertet, qui embrasses
Les n<'uf Muses et les Grâces),
Le bien qui m'est advenu
Pour loger un inconnu.
XIIF. Le Petit Chien qui secoue de l'or et des pierreries. Dans Orlando furioso de l'Arioste, à la suite de l'épisode qui fait le sujet du conte de la Coupe enchanlée, le paladin Renaud, qui a sagement refusé de tenter l'épreuve téméraire qu'on lui proposait, descend sur une barque le cours du Pô. Un des gondoliers, beau et hardi parleur, l'attaque de conversation. Ils s'entretiennent de la fragilité du sexe féminin, et le gondolier (il nocchiero) lui raconte l'histoire du chien précieux. Le sénateur et sa femme ont les mêmes noms que dans le conte de La Fontaine. L'Amant est appelé Adonio.
Lorsque le gondolier a fini, le poëte italien ajoute ;
Cosi disse il nocchiero; e mosso a riso Rinaldo al fin délia sua istoria un poco;
1. Murmure a sans doute ici le sens de paroles magiques, ineantatto.
-452 THOISICJIE l'AHTIE.
E diveiitav gli fece a un tratto il vi«o, Per l'onta del dottor, come di foco.
Rinaldo Argia molto lodo, clrawiso Ebbe d'alzare a qiKiUo augello im gioco Cli'alla medesraa rete fe' cascaîk), In che cade cite, ina con minor £aUo.
« Ainsi parla le gondolier, et Renaud ne put s'empêcher de sourire à ce récit, hors dans le moment où la vilaine aventure d'Anselme le fit rougir de honte et d'indignation contre le docteur. Il donna beaucoup de louani^es à la belle Arj:ie d'avoir su présenter à son mari le même leurre qui l'avait attirée, et de l'avoir fait tomber dans les filets qui l'avaient arrêtée ellp-mème d'une manière moins cariminelle. »
l.a fée Manto figure aussi dans VUistoire maccaronique de Merlin Coccaie, livre XllI.
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