COMMENT L'ESPRIT VIENT AUX FILLES
Bonaventure a six moments de là
Donne d'esprit une seconde dose.
Ce ne fut tout, une autre succéda;
La charité du beau-père étoit grande.
« Eh bien! dit-il, que vous semble du jeu?
— A nous venir l'esprit tarde bien peu, » Reprit la belle. Et puis elle demande :
« Mais s'il s'en va? — S'il s'en va, nous verrons; D'autres secrets se mettent en usage,
— N'en cherchez point, dit Lise, davantage; De celui-ci nous nous contenterons.
— Soit fait, dit-il, nous recommencerons, Au pis aller, tant et tant qu'il suffise. » Le pis aller sembla le mieux à Lise.
Le secret même encor se répéta Par le Paler : il aimoii cette danse.
Lise lui fait une humble révérence, Et s'en retourne en songeant à cela.
Lise songer! Quoi! déjà Lise songe!
Elle fait plus, elle cherche un mensonge, Se doutant bien qu'on lui demanderoit.
Sans y manquer, d'où ce retard venoit.
Deux jours après, sa compagne Manette S'en vient la voir : pendant leur entretien Lise revoit; Nanetle comprit bien, Comme elle étoit clairvoyante et finette.
460 QLATIMÈME PARTIE.
Que Lise alors ne rêvoii pas pour rien. Elle fait tant, tourne tant. son amie, Que celle-ci lui déclare le tout :
L'autre n'étoit à l'ouïr endormie.
Sans rien cacher, Lise de bout en bout, De point en point, lui conte le mystère, Dimensions de l'esprit du. beau-père.
Et les encore,, enfin tout le phœbé^
« Mais vous, dit-elle, apprenez^nous de grâce Quand et par qui l'esprit vous fut donné. » Anne reprit : « Puisqii'il faut que je fasse Un libre aveu^ c'est votre frère Alain Qui m'a donné de l'esprit un; matin.
— Mon frère Alain! Alain! s'écria Lise,. Alain mon frère! ah! je suis bien surprise: 11 n'en a point, comme en donneroitril?
— Sotte, dit 1 autre, hélas! tu n'en sais guère : ■ Apprends de moi que pour pareille affaire
Il n'est besoin que l'on, soit si subtil. iNe me crois-tu ? sache-le de ta mère ; Elle est experte au fait dont il s'agit- :
1. Récit mystérieux 11 n'est peut-être pas inutile de faire remarquer ici qu'on appelait Plioeiié, alias Fébé, la fève cachée dans le gâteau des Rois. « 11 eust fallu dire : « Fébé, pour qui est-ee? » C'eust esté pour toy. » {Ancien Théâtre français, dans la Bibliothèque elzévirienne, t. IX, p. 31.)