‹ ContesChapitre 84 sur 193 · LE DIABLE DE P A PL F IG U 1 ÈRE . VM · texte numérisé non relu

LE DIABLE DE P A PL F IG U 1 ÈRE . VM

Qui mit jadis cette île en interdit.

Vous y vivez dessous notre police :

Partant, vilain, je puis avec justice M' attribuer tout le fruit de ce champ ; Mais je suis bon, et veux que dans un an Nous partagions sans noise et sans querelle. Quel grain veux- tu répandre dans ces lieux? » Le manant dit : « Monseigneur, pour le mieux, Je crois qu il laut les couvrir de touselle*, Car c'est un grain qui vient fort ai ément. — Je ne connois ce grain-là nullement, Dit le lutin. Gomment dis-tu?... Touselle?... Mémoire n'ai d'aucun giain qui s'appelle De cette sorte : or emplis-en ce lieu ; TDUselle soit, touselle, de par Dieu !

1. Froment dont l'épi est sans barbe et le grain fort gros. Richelet dit, dans son Dictionnaire de la langue framoise : « La touselle est une sorte d'herbe ou de graine, et c'est ce que j'en puis dire. On ne connoit point dans Paris cette herbe. J'ai consulté plusieurs greniers ou grenetiers, et plusieurs herboristes fameux; ils m'ont tous dit qu'ils ne savoient ce que c'ctoit que la touselle. Là-dessus, j'ai vu le célèbre M. de La Fontaine, à qui, après les premiers compliments, j'ai dit : « Vous vous êtes servi du mot de touselle dans vos Contes, et u qu'est-ce que touselle? — Par Apollon! je n'en sais rien, m'a-t-il » répondu ; mais je crois que c'est une herbe qui vient en Touraine, « car messire François Rabelais, de qui j'ai emprunté ce mot, étoit, à « ce que je pense, Tourangeau. » Rabelais emploie en effet ce mot à diverses reprises, liv. IV, ch. iv et xlv.

Consultez, sur cette es| èce de froment qui croit principalement en Languedoc, Bayle, liéponse aux questions d'un provincial, ch. tx

J'en suis content. Fais donc vite, et travaille ;

Manant, travaille; et travaille, vilain :

Travailler est le fait de la canaille.

Ne t'attends pas que je t'aide un seul brin.

Ni que par moi ton labeur se consomme ;

Je t'ai jà dit que j'étois gentilhomme,

Né pour chômer, et pour ne rien savoir.

Voici comment ira noire partage :

Deux lots seront, dont l'un, c'est à savoir

Ce qui hors terre et dessus l'héritage

Aura poussé demeurera pour toi;

L'autre dans terre est réservé pour moi. »

L'oût ^ arrivé, la touselle est sciée,

El tout d'un temps sa racine arrachée,

Pour satisfaire au lot du diableteau.

11 y croyoit la semence attachée,

Et que l'épi, non plus que le tuyau,

N'étoit qu'une herbe inutile et séchée.

Le laboureur vous la serra très-! ien.

L'autre au marché porta son chaume vendre.

On le hua, pas un n'en ollVit rien :

Le pauvre diable étoit prêt à se pendre.

11 s'en alla chez son copartageant :

Le drôle avoit la touselle vendue,

1. Les éditions de 1674, 1675 et 1676 ont oust, selon l'ancienne orthogiaphe. L'août signifie ici la moisson. (Voyez t. J, p. 43.)

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Pour le plus sûr, en gerbe, et non battue, iNe manquant pas de bien cacher l'argent. Bien le cacha; le diable en fut la dupe. « Coquin, dit-il, tu m'as joué d'un tour; C'est ton métier : je suis diable de cour, Qui, comme vous, à tromper ne m'occupe. Quel grain veux-tu semer pour l'an prochain?» Le manant dit : « Je crois qu'au lieu de grain Planter me faut ou navets ou carottes : Vous en aurez, monseigneur, pleines h )iles. Si mieux n'aimez raves dans la saison.

— Rave-, navets, carottes, tout est bon, Dit le lutin ; mon lot sera hors terre ; Le tien dedans. Je ne veux point de guerre Avecque toi, si tu ne m'y contrains.

Je vais tenter quelques jeunes nonnains. » L'auteur ne dit ce que firent les nonnes.

Le temps venu de recueillir encor.

Le manant prend raves belles et bonnes ; Feuilles sais plus tombent pour tout trésor Au diaMeleau, qui, l'épaule chargée, Court au marché. Grande fut la risée; • Chacun lui dit son mot cette fois-là : « Monsieur le diable, où croît cette denrée? Où metirez-vous ce qu'on en donnsra? »

Plein de courroux et \i(le de pécune,

Contes T. II.

494 QUATHIÈME PARTIE.

Léger d'argent, et chargé de rancune,

Il va trouver le manant qui rioit

Avec sa femme, et se solacioit '.

« Ah! par la mort! par le sang! par la tête!

Dit le démon, il le payera, parbieu !

Vous voici donc, Phlipot, la bonne bête !

Çà. çà, galons-le ^ en enfant de bon lieu.

Mais il vaut mieux remettre la partie;

J'ai sur les bras une dame jolie

A qui je dois faire franchir le pas :

Elle le veut, et puis ne le veut pas.

L'époux n'aura dedans k confrérie

Sitôt un pied qu'à vous je reviendrai,

Maître Phlipot, et tant vous galerai

Que ne jouerez ces tours de votre vie.

A coups de griffe il faut que nous voyions

Lequel aura de nous deux belle amie,

Et jouira du fruit de ces sillons.

Prendre pourrois d'autorité suprême

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