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Fëtèreai

<98 QUATRI'liME PARTIE.

FÉRONDE, OU LE PURGATOIRE

Vers le Levant, le Vieil de la Montagne Se rendit craint par un moyen nouveau : Craint n'étoit-il pour l'immense campagne Qu'il possédât, ni pour aucun monceau D'or ou d'argent, mais parce qu'au cerveau De ses sujets il imprimoit des choses Qui de maint fait courageux éLoieat causes. Il choisissoit entre eux les plus hardis, Et leur laisoit donner du paradis Un avant-goût à leurs sens perceptible, Du paradis de son législateur :

Rien n'en a dit ce prophète menteur Qui ne devînt très-croyable et sensible A ces gens-là. Comment s'y preiioit-on ? On les faisoit boire tous de façon Qu'ils s' enivroient, perdoient sens et raison.

FERONDE, OU LE PUKGATOIRE. 199

En cet état, privés de connoissance,

On les portoit en d'agréables lieux,

Ombrages frais, jardins délicieux.

Là sp tuQuvoient. tendi'ans eii abondance.

Plus que maillés', et beaux par excellence:

Chaque réduit en avoit à couper*.

Si se venoieni joliment attrouper

Près de ces gens, qui, leur boisson cuvée,

S'émerveilloiL'i.t de voir c tte couvée.

Et se croyoient habitants devenus

Des champs heureux qu'assigne à ses élus

Le faux Mahom^. Lors de faire accoinlance.

Turcs d'approcher, tendrons d'entrer en danse.

Au gazouillis des ruisseaux de ces bois,

Au son de luths^ accompagnant les voix

Des rossignols : il n'est plaisir au monde

Qu'on ne goùtàt dedans ce paradis.

1. Expression métaphorique empruntée au vocabulaire des chasseurs. Lorsque les perdreaux grandissent, les plumes du dessous delà gorge et du jabot, jusque-là d'un blanc sale et jaunâtre, se trouv nt renforcées par d'autres plumes mouchetées de grts : quand ces nouvelles plumes ont paru, on dit que les perdreaux sont inaillés. « Les perdreaux ne sont bons que quand ils sont maillés, « dit Langlois dans son Dictiimnaire des chasses, 1733, in-12, p. l^l.

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