‹ Contes, lettres et pensées de l'abbé GalianiChapitre 3 sur 33 · LE MOINE ET LA MALLE · texte numérisé non relu

LE MOINE ET LA MALLE

A propos des faux jugements que nous portons sur le préjugé que, la chose étant communément comme nous l’attendons, elle ne sera point autrement, Galiani disait qu’un voiturier qui menait, avec ses chevaux et sa chaise, le public, fut appelé au couvent des Bernardins par un religieux qui avait un voyage à faire. Il propose son prix, on y tope ; il demande à voir la malle, elle était à l’ordinaire. Le lendemain, de grand matin, il arrive avec ses chevaux et sa chaise ; on lui livre la malle ; il l’attache ; il ouvre la portière; il attend que son moine vienne se placer. Il ne l’avait point vu ce moine ; il vient enfin. Imaginez un colosse en longueur, largeur et profondeur.

A peine toute la place de la chaise y suffisait-elle. A l’aspect de cette masse de

chair monstrueuse, le voiturier s’écrie :

« Une autre fois, je me ferai montrer le moine. » Tous les jours nous demandons à voir la malle, et nous oublions le moine.

Une femme a les yeux charmants, la plus jolie bouche, des tétons à affoler : voilà la malle (1).

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