‹ Contes ligures, traditions de la Rivière (volume 2)Chapitre 23 sur 77 · LA PLUIE DE MACARONIS · texte numérisé non relu

LA PLUIE DE MACARONIS

1 meurait rue du Palmier, il s'appelait Bartoumè ' et avait une femme idiote qui faisait son désespoir. Chaque matin, Barloumè, avant de partir pour le travail, recommandait à sa femme de ne pas faire de sottises. Tous les samedis il mettait dans une armoire percée dans le mur le gain de la semaine. « Pour qui tout cet argent? <• demandait la femme au mari. — C'est pour Miidjou-long * », rô-pondait Bartoumé. Un jour, Bartoumé partit pour sa campagne; il devait y rester deux ou trois jours pour soigner et arroser ses citronniers. La femme restée seule

i. Barthélémy.

2. Long mai. Pendant ce mois a Menton le ir siiqucninuTit l'argcnl, manqua, iiiii!.i il parail li

le seuil et tricotait. Tout à homme de haute taille. La regarda attentivement, idée subite, elle lui dit : n Bel Madjm,

liiait assise coup elle vit femme de B; puis prise d'i hnmme, est-ce qi L'homme flairant une aventure, iui répondit « Ouï, belle femme, mais pourquoi cette demande? — Alors, entrez vite. H y a longtemps qife mon mari a mis de l'argent de côté pour vous ! » Et elle lui remit le mouchoir où il était noué. L'homme remercia et s'empressa de déguerpir au plus vite. Vers le soir, le mari arrive, sa femme lui dit : « Sais-tu, j'ai vu aujourd'hui Madjou-long? » Le mari s'écria:

i Malheureuse; elle m'en a fait encore quelqu'une! » li court à l'armoire; le mouchoir avec son contenu n'était plus làl N'y tenant plus, il se décida à se défaire de sa femme. Le lendemain, pendant qu'elle dormait, il lui couvrit les yeux avec de la poix de cordonnier; puis, la prenant par la main il la conduisit près du Cap Martin. Arrivés là, Bartoumé fit monler sa femme sur un noyer et l'abandonna. La pauvre aveuglée ne savait ni où elle était ni ce qu'elle ferait. Tout à coup deux voleurs vinrent s'asseoir sous le noyer après avoir allumé quelques branches sèches pour se réchauffer. Ils se mirent à compter leur argent. La chaleur fit fondre la pois qui couvrait l'œil droit de la

femme et celle-ci de s'écrier : « Et d'un!

voleurs se levèrent d'un même i « Qu'est-cect, dit l'un? — Un matagan, » lit l'autre! Ea chaleur, continuant à faire son effet, dégagea l'œil gauche : « Et du deux, u dit la vois! Sur le coup les voleurs détalèrent laissant leur argent et leur butin sur l'herbe. Pendant ce temps, la femme y voyant bien clair, descendit de l'arbre et apercevant l'or qui était éparpillé sur l'herbe, le ramassa, puis s'achemina vers la maison. Son mari était chez lui, assis près de l'âtre, il fumait sa pipe avec béatitude. Tout-à-coup : « Bartoumé!.... Ouvre, c'est moi! — » VJiaou Diaoul (Va-t'en au Diable) s'écria-t-il furieux, la voilà qui revient ! Je croyais m'en être débarrassé. » Toutefois comme la femme frappait à coups redoublés, le mari ouvrit, n Voilà ce que je t'apporte, » dîtelle, et elle montra les sacs d'or. Bartoumé la fit entrer et se mit à compter l'argent et à réfléchir: n Elle est idiote, elle dira bientôt à toute la ville l'histoire de la forêt ; il faut à tout prix que je rende sa langue inutile, » 11 ferma la porte et sortit. Il faisait noâr dans la rue, néanmoins il s'achemina vers une boutique où il acheta pour plus de dix kilogrammes de macaronis. Il rentra chez lui et envoya sa femme dormir. Pendant qu'elle dormait Bartoumé fit bouillir les macais; puis les éparpilla sur les arbres de son

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