‹ Contes ligures, traditions de la Rivière (volume 2)Chapitre 31 sur 77 · LA MAIN PARLANTE Io · texte numérisé non relu

LA MAIN PARLANTE Io

alors, si tu le fais, la main ne parlera plus, le maître sera satisfait de toi et, pour te récompenser, te fera un présent. C'est moi que tu choisiras pour ta récompense. » Après avoir dit cela, la princesse s'étant fait remettre l'épingle dans la tête redevint oiseau. L'enfant suivit ses conseils. Le sorcier arriva : « Eh bien, garçon, » dit-il, « as-tu mangé la main? — Oui, maître, et bonne qu'elle était! J'en mangerais bien une autre. » Le sorcier, n'entendant aucun bruit révélateur, s'écria : « Il est bien temps que je trouve quelqu'un à ma guise ! Viens, tu vas voir tes frères. » Il le conduisit dans la salle maudite. Ensuite : « Comme tu es le premier qui m'ait obéi, » dit-il, « je veux te récompenser largement », et il lui donna une grosse somme d'argent ajoutant : « Il faut que tu partes d'ici en emportant un souvenir ; libre à toi de choisir. » Le fils de l'aubergiste vit alors l'oiseau qui se balançait doucement : « Maître, » dit-il, « cet oiseau meparaîtmalade ; vous ne pouvez en prendre soin, donnez le moi ; s'il vit, c'est bien ; s'il meurt, tant pis. — Si ce n'est que cela tu seras satisfait; attends, je vais prendre sa cage. » Il ne tarda pas à revenir, mit l'oiseau dans la cage et laissa partir l'enfant. Celui-ci, de retour chez son père, lui raconta ce qui en était, sans cependant lui parler de l'oiseau et de l'épingle ; puis, il allégua que, depuis son dépan,

104 CONTES UOURES

son appétit s'était notablement accru et demanda qu'on lui apportât double ration dans sa chambre, où dorénavant il prendrait ses repas. Ainsi fut fait. A l'heure des repas, il retirait l'épingle de la tète de l'oiseau qui redevenait princesse. Et ainsi le temps s'écoulait. Un jour le fils de l'aubergiste fut invité à un mariage. Avant de partir, il mit des provisions dans la cage, pour la journée, et défendit que l'on entrât dans sa chambre. On voulut voir ce que le jeune homme pouvait avoir à cacher et on trouva un oiseau si charmant que chacun fut tenté de le prendre dans la main pour le considérer de plus près. Mais comme l'on ouvrait la cage l'oiseau s'envola. Il fallut dire la vérité au fils de l'aubergiste, lorsqu'il fut de retour et, privé désormais de son oiseau, il passa ses jours à pleurer. Enfin, un matin, il prit la cage vide et quitta la maison de son père. Il marchait à l'aventure, sans savoir où il allait. Cependant l'oiseau, après s'être envole, s'était dirigé vers le pays où régnait le père de la princesse et s'était posé sur le bord de la fenêtre de la chambre du roi. Les gens de la cour ouvrirent la fenêtre et l'oiseau entra. Il alla se poser sur l'épaule du roi qui le prit dans ses mains pour le caresser et qui, sentant la tête de l'épingle, la relira. Le roi vit sa Mlle, devant lui. Aussitôt il ordonna que des fêtes splendides

Page 1