‹ Contes ligures, traditions de la Rivière (volume 2)Chapitre 46 sur 77 · LES FILS DU PECHEUR · texte numérisé non relu

LES FILS DU PECHEUR

T L ^tatt une fois un pêcheur qui ne prenait * Plus rien depuis six jours. Il se désespérait déjà lorsqu'enfin il prit dans ses filets un gros poisson. Celui-ci lui dit : « Laisse-moi m'échapper- » L e pêcheur refusa et le poisson lui dit alors ; « Eh bien, arrivé à la maison, tu feras mang er ma t £ te à ta femme, mes épines à ton chien et ma queue à ton cheval; quant à mes ai ^rons tu les planteras dans ton jardin. » Arrivé chez l u i le pêcheur fit ce que lui avait recommandé le poisson. Le lendemain, la femme du pécheur eut deux enfants en tout semblables ; le chien eut deux chiens semblables, le cheval ^ eu x jolis poulains et les deux ailerons étaient changés en deux épées semblables et pareilles en tout. Quand ces deux enfants eurent grandi, 1 un d'eux voulut courir le monde. Il prit alors

io %

celui qui la déliil aperçoit, de s ine montagne vu : qui habitait là

fille de celui-ci l'épousa i

elle avait promis d'épouse

Vrerait. Le soir de ses noce

chambre, une lumière sur

sine. Il demanda à sa femme < « C'est le palais d'une vieille sorcière; aucun cie ceux qui y sont allés n'est jamais retourné !- J 'irai et je retournerai, moi, « dit le jeune marit Sa femme cherche à l'en dissuader, i V-ain ; il part sur son cheval et avec son arrive près du château et frappe. Une élégante jeune fille vient ouvrir et l'introduit près de t^elle qui passe pour ètrtî sa mûre. La sorcière alors s'arrache un cheveu et dit au jeune homme : a Tiens, vois-tu cet anneau ? attaches le chien avec ce cheveu. » Elle s'arrache un aut cheveu et dit : « Voilà pour ton cheval. » Elle s'arrache un troisième cheveu : a Tiens, attachetoi toi-même! o et il obeit. Le chien, le cheval et le jeune homme étaient devenus trois morceaux de marbre noir. Le lendemain le frère du jeune homme regarde la fiole, et, voyant que le liquide est devenu noir, il en conclut que son Frère est mort. 11 part et s'en va trouver la Femme de son frère; cette dernière le prend pour son mari et lui dit : a Te voilà de retour cle chez la sorcière? u Le jeune homme comprend alors et va lui aussi au palais. 11 frappe, 1 amême fille vient lui ouvrir. La sorcière s

e le sen-

absence

de r

, le hasard

voulut que

e sen-

lier qu'

Ispr

rent

les condui

it à la caha

ne des

deux se

eurs.

Le

ut sa femm

mais

fut éton

né de

voir

un enfant a

ec elle. La femme

raconta

alurs

son

histoire. Tous les troi

quit-

tÉrent 1

foré

t et

se retirèren

à la ville

30ur y

faire instruîr

Te

nfant qu'ils

appelèrent

Jean.

Jean fut envoyé à l'école et fut un très mauvais élève, brisant tout, salissant tout. Obligé de la. quitter il devint apprenti cordonnier; là aussi il ne put rien faire de bon, il cassait le fil, gâtait le cuir. Son patron, le renvoya. 11 entra chez un forgeron, en frappant le fer il en faisait sauter les morceaux de tous côtés; il y fut également renvoyé. Avant de quitter la forge, Jean dit à son patron : « Permettez-moi de me faire un hàton en fer. u Le patron le lui permit. Jean prit alors tout le fer qui était dans la forge pour s'en faire un bâton de trente rups ' et partit. Chemin faisant il rencontra un jeune homme qui jouait aux palets avec des meules de moulin. Etonné de cette force il lui dit : « Viens avec moi. u Sur leur route ils rencontrèrent un autre jeune homme qui renversait les montagnes sens dessus-dessous. « Que fais-tu là? i dirent-ils. — » Je renverse ces montagnes parce veulent plus manger c

: herbe '. — Viens avec nous, » dît Jean.

Tous les irois reunis, ils marchent et ils marchent. Ils trouvent un château et ils frappent à la porte, n Ce château est habité par le Diable, o ]"e ur dit-on. t Peu importe, » fit Jean, * nous voulons y loger. Palet-de-moulin Fera 'c dîner, Tourne-montagnes et mot nous irons au bois, à midi cette clochette sonnera et nous viendrons dîner. » Chacun se mit à la besogne. Midi arrive et cependant on n'entend Pas la clochette. Jean et Tourne-montagnes 'eu retournent tout étonnés et trouvent Palet étendu à terre sans connaissance. Us lui prodiguent des soins et il revient à la vie. Palet raconte alors ce qui lui est arrivé : « Je faisais diner, u dit-il, i lorsque j'entendis un grand Dt "uit dans la cheminée; puis un homme se prése ntc et me roue de coups de bâton. — C'est m oi qui ferai le dîner demain, » dit Tournetaontagnes. Il arriva à celui-ci la même aventurc qu'à son camarade, n Ce sera mon tour dt -'rnain, u dit Jean, a et nous verrons! « Pendant que ses deux camarades sont au bois, J e an allume le feu et prépare la marmite.

^" e même individu se présente pour le battre; tn aïs Jean saisit son bâton de trente rups et lui

en donne un coup sur la tète. L'homme, qui n'était autre que le Diable, tomba mort à ses pieds. Jean le releva et le plaça derrière la porte et continua à préparer le dîner et, midi arrivé, il sonna la clochette. Ses camarades accoururent au signal, trouvèrent le diner cuit à point et mangèrent. Après quoi Jean leur dit : * Regardez ce qu'il y a derrière la porte, n Les deux camarades félicitèrent Jean et ajoutèrent : n Nous pouvons maintenant visiter le château, » Ils y trouvèrent un trou obscur. Palet refusa de s'en approcher en disant : « J'ai peur. »

Tourne-montagnes répéta les mêmes paroles, « Je descendrai, moi, » dit Jean, n il doit y avoir là-dedans quelque chose d'e\tra<irdinaire. » Il alla acheter cent hrasses de corde, attacha une corbeille à un des bouts, se mit dedans et dit : « Descendez-moi, lorsque vous entendrez la clochette, vous tirerez à vous. « La corde étant trop courte,. lean sonna. Il acheta encore cent brasses de corde et l'ajouta à l'autre. 11 descend de nouveau, la corde est encore trop courte; mais cependant il distingue une légère clarté. Il se fait remonter, ajoute eUCQM cent brasses de corde et redescend; il arrive au fond. Il voit plusieurs portes, il ouvre l'une d'elles et voit une fille couchée. « Vous ne sortirez plus de cette chamhre, u dit la jeune iille n à moins que je n'en sorte avec vous! « Jcai —

vec lui dans la corbeille, so:

bientôt ils se trouvent hors du ne bague », dit la jeune fille à : vous voudrez aller dans quel-

la fait placer ; la clochette et truu. ■ Voici Jean; > lorsqu ijue endroit que vous ne connaissez pas, elle Vous y conduira. » Jean redescendit encore dans le puits; il pénétra cette fois dans une autre chambre et vit une seconde jeune fille qui lui répéta les mêmes paroles et qu'il fit sortir du puits. Celle-ci, en récompense, lui donne une Servtetle ; « Quand vous direz : serviette mets 'a table, la serviette la mettra. » Jean redescendit encore; mais ses Jeux camarades, heufeux d'avoir chacun une femme, ne firent plus r< s monter la corbeille. Jean visita alors une au «e chambre. Il y trouva un vieillard aux e ***veux blancs : a Que viens-tu faire ici? a lui ™*t-il. Comme il se montrait méchant Jean l'as- >tnme et passe dans une autre chambre; il y tr ~* »uve une femme occupée il préparer le repas : CJue viens-tu faire ici? » dit-elle. — « Je viens P*">*ir que tu m'en fasses sortir, sinon gare à "^Qii bâton, it La femme donne un coup de S1 ■ Ret; aussitôt deux serviteurs ailés se présen-

a *ït,Jean se P lacc; sur 1l * dos dli Vua d ' eus et e trouve bientôt à l'orifice du puits. Le servite *4r tendit la main pour recevoir une rc'com- P e rjse : « Il me faut cent francs. — Tiens, » dit n voilà pour ta peine, s et il l'assomme.

l86 CONTES LIGURES

Les deux camarades ayant quitté le château, Jean s'adresse à la bague et dit : « Conduis-moi auprès de mes deux camarades et des deux jeunes filles. » La bague le conduisit au milieu d'un pré où il les trouva en train de déjeuner. Jean assomma ses amis, prit une des filles pour femme et l'autre pour servante.

Conté par Ange Peglion.

Comparer : 63. — Cosquin, i, 52. — Sébillot, I, 6; L. O. p. 8i, 247. — Carnoy, C. F. 6. — Grimm, 91, 166; II, p. 52i. — Comparetti, 40. — Imbriani, N. F. 5. — Visentini, 18, 32, 49. — Hahn, 70. — Jones, 46. — Carnoy, A. M. 2. — Steel, 5. — Ralston, 14, i5.

; qui i

. Le prince fut bientôt

le chat. Le meunier trouva, un matin, les deux caisses et porta les deux enfants à sa femme : i II faut les élever, •> dit-il, ci Dieu nous rendra le bien que nous faisons. » On éleva les deux garçons comme la petite tille, et ils grandirent en compagnie des enfants du meunier. Un jour, pendant qu'ils jouaient, le fils aine du meunier leur dit : o Pourquoi appelez-vous mon père, votre père ? — N'en avons-nous pas le droit? — Non, mon père vous a trouves dans le réservoir du moulin. . Les enfants s'informèrent auprès du meunier et sachant ]a vérité lui dirent :

«Vous nous avez élevés, et nous sommes grands et forts, nous vous en ser.

jour, mais nous ne pouvons plu; rester avec vous. Nous allons essayer de gagner notre pain. Donnez-nous un fusil à moi et à mon irëre et quelques provisions de route dans un panier à ma sœur, u Les trois enfants quirtèxeet donc la maison. Après avoir marché plusieurs jours, ils se décidèrent à habiter une grotte. Tous les jours les deux frères allaient à la chasse et la jeune fille restait seule à la grotte Un jour, le roi, venant à la chasse dans cet «ndroit, aperçut la jeune fille et plus il la regardait plus i) l'admirait. 11 lui demanda ce qu'elle .pouvait bien faire dans ce lieu solitaire, c. J'at-

CONTES L1GURKS

ces quanti elles aperçure

geait de leur côté;

implorant le secours du capitain

et comme l'équipage éi

les gens de la harque, i

e qui se diris jetèrent de grands cris, n accourt t plus nombreux que eut bientôt raison de stance et les deux demoiselles sont à bord. Restes seuls dans leur barque, les gentilshommes s'effrayent. L'un deux, qui était le fiancé de la jeune reine ', s'écrie : « Qu'allons-nous dire au roi son pèrejj — Nous dirons », répondirent les autres, « qu'elles se sont noyées. « Ce qui fut dit fut fait. Jean avait conduit la reine chez lui. Il l'entourait du plus grand respect et continuait ses voyages. Un jour, il proposa à la reine de l'épouser. Touchée delà conduite de ce brave marin, elle y consentit et le mariage eut lieu. Quelque temps après, ils eurent un garçon et Jean, transporté de joie, fait faire le portrait de sa femme et celui de son fils pour les placera l'avant du navire. Le navire dut partir pour la capitale du royaume.

Arrivé dans le port, chacun est étonné a !;i vue des portraits, on croit reconnaître la fille du rot. On rend compte au rot de ce qui se passe. et le monarque veut voir à son tour le na\ ire, et demeure frappé de la ressemblance qui exista entre le portrait et sa fille défunte. 11 fait appe-

1er le capitaine Jean et lui demande des explications. Jean lui dit ce qu'il savait, et le roi, transporte de joie, lui ordonne d'aller chercher sa fille. Jean revient à Calais, fait part à sa femme de ce qui venait de lui arriver cl s'embarque avec elle et son fils pour retourner à Londres. Arrivé à mi-chemin il barque que le roi avait envoyé s tille. lille était montée par les hommes à qui il avait autrefois confié Jean les reçoit à bord de son navire et, tandis que la princesse est dans s-a chambre avec son fils, une violente tempête s'élève. La princesse effrayée appelle plusieurs fois Jean qui lui répond que pour l'instant sa présence est nécessaire sur le pont. Soudain, profitant d'un coup de mer plus violent que les autres, un des gentilshommes lui donne une poussée et il tombe à la mer. La princesse appelant toujours son mari, on finit pour lui dire qu'une vague l'a emporté. La pauvre femme est au désespoir; mais elle arrive bientôt auprès de son père qui fait s. m possible pour la consoler. Le malheureux Jean ne s'était point noyé, il avait gagné une ile a la nage. Il y vécut plusieurs années; sa barbe ayant poussé il était devenu presque méconnaissable. Un matin, en s'éveillant, il entend une vois qui l'appelle : o Jean, » lui dit-on, ■ dans quelques jours ta femme va se marier

brûlées. Si vous ne punissez les coupables vous n'êtes point digne du nom de roi! Le meunier mérite une récompense ! » Le roi comprit alors ce que voulait dire l'oiseau et reconnut ses enfants. La reine et la sorcière furent brûlées. Le roi voulant récompenser le meunier le fit appeler. Le pauvre homme se présenta la corde au cou, croyant que le roi voulait le faire tuer. « Enlève cette corde, » dit le roi, « je la mériterais plus que toi. » Depuis lors le meunier demeura au palais et le roi vécut heureux avec sa femme et ses enfants.

Conté par M 11 * Céline FarauL

Comparer : Cosquin, 17. — Luzel, III, p. 276. — Webster, p. 176. — Carnoy, C. F. i5-— Comparetti, 6, 3o. — Imbriani, N. F. 6, 7, 8, 9. — Visentini, 46. — Hahn, 69.

Page 1