L LE MORT RECONNAISSANT
coiffeur et le marchand d'habits, en un instant il est transformé. Un diner est commandé, tous les seigneurs du royaume doivent y assister; le mari de la princesse est choyé, fêté de toutes parts. Soudain, un coup de cloche retentit. Un valet vient prévenir Jean qu'une personne demande à lui parler. Le malheureux pâlit, il se souvient de la promesse qu'il a faite. Il quitte pourtant la table et se rend auprès de l'inconnu : « Je viens voir, » dit celui-ci, « si tu es prêt à tenir ta promesse. Si le contraire arrive, un coup de sifflet suffit pour te reconduire dans ion île. » Le malheureux père saisit son enfant, Je presse sur son cœur et ne peut se résigner. « Dépêche-toi, » dit l'autre, « j'ai déjà trop attendu ! » L'infortuné prend l'enfant s'empare du couteau que lui présente l'inconnu et lève le bras pour le laisser retomber sur la tête de l'innocent. « Arrête, Arrête! » s'écrie l'homme cie l'île, « j'ai voulu t'éprouver, mais aussi te tendre heureux. Aurais-tu oublié celui que tu ^s retiré de la dent des chiens et qui a été enseveli à tes frais? Je suis celui-là! Garde ton fils, sois heureux avec ta femme et lui. Adieu, sou- Viens-toi quelquefois de moi ! » A ces mots il disparut. En effet, Jean vécut longtemps heureux dans le palais du roi son beau-père et eut beaucoup d'enfants. Quant à l'assassin, à celui cjui voulait devenir le mari de sa femme, on prit
dormir, ronfle et attend. Un homme était, en effet, caché sous le lit. Celui-ci, croyant la jeune tille endormie, sort de sa cachent:, dépose sur la table de nuit toutes ses armes et sort de la chambre dans le but d'appeler des complices, car cet homme n'était autre chose qu'un chef de voleurs. La jeune fille se lève aussitôt et ferme la porte; mais le brigand s'en étant aperçu s'écrie : « Mademoiselle, de grâce, faitesmoi au moins passer mon poignard. •• La jeune fille répondit : u Volontiers, mais à condition que vous passerez la main pour le prendre par le trou qui est au bas de la porte. •• La jeune fille coupa alors la main du bandit et la déposa sur la table à côté des armes. Le reste de la nuit se passa sans autre accident, et la cousine ne reparut plus tant que dura l'absence du père. Celui-ci, de retour de son voyage, et avant même de rentrer chez lui, va visiter la cousine pour s'informer de sa fille. Celle-ci lui raconte alors qu'elle a vu un homme sous le lit, et que sa tille était bien coupable, puisque elle permettait Je semblables visites. Furieux, le père rentre chez lui. Sa fille, le voyant, courut pour l'embrasser, mais cl1j:-ci la repoussa vivement, en lui reprochant sa conduite pendant son absence. La jeune fille voulant alors se justifier na son père dans sa chambre, lui montra l.i in et les armes et lui raconta le fait. Le père
alors serra sa fille dai
i félicita de
son courage et blâma sa cousine. Peu de temps après, un beau monsieur habille de noir, ganté, se présenta au père et lu i demanda la main de sa lille. On consentit au mariage. Les noces se firent avec pompe. Mais la mariée était triste, elle avait de sombres pressentiments; il lui semblait reconnaître les traits du voleur dans ceux de son époux; elle fit part de son idée à son père qui Ja rassura en disant : ■ Ne remarques-tu pas qu'il est bien gante, u Après la noce, le départ arrive. Une voiture emporte les époux : elle se dirige vers une forêt, tout-àcoup elle s'arrête. Elle se trouve entourée d'une fc»ande de voleurs qui prennent l'épouse et l'enchaînent à un arhre. Près de là, était une grotte cjui servait de demeure aux assassins. C'est là <^ue l'époux, qui était, en effet, le chef de la bande, réunit ses camarades et leur annonce <jue la jeune femme doit mourir par les plus affreux supplices, n Ne vaudrait-il pas mieux, » ■clit l'un d'eux, « la garder avec nous pour apprêter nos repas? — Non, a dit le chef, s il faut qu'elle périsse demain. » Or, pendant que les voleurs étaient allés faire une battue dans les environs, la vieille domestique des voleurs, à qui l'on avait confiée la prisonnière, coupa les cordes dont celle-ci était garrottée et lui rendit U liberté. La jeune femme délivrée se mit à
courir; tout à coup elle entend un coup de sifflet : c'étaient les voleurs. Enrayée, elle se cacha derrière un buisson, et toute la bande passa près d'elle sans l'apercevoir. Dès qu'elle le put, L*lle reprit sa course. Au sortir de la forêt elle rencontre une auberge. Elle y eotre, et raconte tout à l'aubergiste, en le priant de la cacher dans un endroit bien sûr. Celui-ci accepte volontiers et promet de garder le silence. Tout à coup, on frappe a la porte; après avoir caché la jeune femme, l'aubergiste va ouvrir. Plusieurs hommes se présentent. « N'auriez-vous pas aperçu une jeune femme," dirent-ils? —
ud^r, ,
épondit-i
S L-llu C
itde
l'autre côté de la route, et courait à toutes jambes, u Les voleurs, se fiant aux paroles de l'aubergiste, continuent leur recherche du côté de la route qui venait de leur être indiqué. Le père averti, vint chercher sa fille, et remercia l'aubergiste comme il le méritait. Un an après, un individu se présente chez le marchand. « J'ai, <• dit-il, a un chargement d'oranges, me permettrez-vous de les laisser en dépôt chez vous pnur peu de temps; je vous paierai, bien entendu, pour le dérangement que cela vous occasionnera. » Le marchand consentit, on déchargea les caisses, on en déposa dans le magasin, dans diverses pièces de la maison, et même dans la chambre de la fille. Le soir venu, cette der-