LA BELLE ET LA BETE
Il y avait, une fois, un marchand ayant trois filles. Les deux premières étaient laides, la troisième, au contraire, était d'une surprenante beauté; elle s'appelait Délinda. Le négociant reçut un jour la nouvelle que toutes ses richesses étaient perdues et il jugea nécessaire de partir pour aller s'assurer si ce qu'on lui écrivait était vrai. Avant de se mettre en route, bien que malheureux, il dit à l'aînée de ses filles : « Dis-moi ce que tu veux que je t'apporte; si je trouve que je n'ai point tout perdu, je te contenterai. » Celle-ci, qui était ambitieuse, répondit : « Je voudrais une belle parure de diamants. » La seconde, interrogée, demanda une belle épingle pour retenir ses cheveux. La troisième ne demanda qu'une rose. « Ce n'est pas le moment de dépenser, » dit-elle, « d'ail-
belles oranges. » Le lîls du roi se mit à rire Ju souhait et continua son chemin. Mais dès ce jour-là il commença à maigrir si bien que les parents finirent par s'inquiéter et consulter les médecins qui ne purent rien faire d'utile. Enfin, un jour, le prince dit à son père quel souhait lui avait fait la vieille. Le roi lui donna un cheval et de l'argent et le laissa partir. Le long du chemin il ne cessait de- demander à ceux qu'il rencontrait des nouvelles des trois belles oranges. Il marcha, marcha longtemps et un soir il aperçut une petite lumière lointaine. Il finit par arriver à un vieux portail tout couvert par des toiles d'araignée et il frappe. Une vois rauque et caverneuse demande : « Qui est là, qui vient frapper à ma porte qui depuis cent ans et plus ne s'est ouverte pour personne? » Le fils du mi répondit : « Ayez pitié d'un pauvre jeune homme qui n'a aucune mauvaise intention, ouvrez, ouvrez par pitié! « La porte s'ouvrit avec un bruit terrible et sur le seuil une vieille femme, avec les cheveux raidis, les yeux rouges, les dents et les ongles longs, apparut qui, avec une voix éraillée, lui dit : « Que veux-tu de moi ? — Je demande si vous voudriez me donner des nouvelles des trois belles oranges? — Malheureux jeune homme, » dît la vieille, « rf as-tu tombé; quiconque vient ici, monmarî, le Vent Boa le mange d'une seule bouchée I ■